
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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Eurofoot encore. C'est fini et bien fini, certes. Mais il me reste quelques questions, pour avoir observé tous ces fans de foot, tous ces adultes enroulés dans des drapeaux, portant le maillot de leur équipe, roulant dans des voitures qui arborent les emblèmes d'un pays. Le phénomène était d'une telle ampleur qu'il y avait de quoi s'interroger.
Un retour au nationalisme ? Evidemment non. Ce n'étaient pas les vertus d'un pays que proclamaient tous ces gens, c'était leur identité. Identité dans le sens identique, et pas singulier.
C'est que, dans cette société post-moderne qui impose l'individualisme, qui détruit le lien social, qui impose à cause du marché une masse d'éléments constitutifs à chacun, liés à ce qu'il croit être ses goûts et sa personnalité, et qui sont en fait les caractéristiques du consommateur qu'il est et que le marché suscite, il est impossible désormais que les gens se sentent liés profondément, qu'ils considèrent qu'ils appartiennent à un groupe homogène avec sa culture propre, comme c'était le cas jadis. (« Jadis » que d'ailleurs je ne regrette aucunement, croyez-moi !)
Aussi, perdus dans une masse de ces caractères qui les constituent hétérogènes, différents malgré eux, isolés, et ayant la nostalgie du lien, les supporters de foot sélectionnent une caractéristique simple dans l'ensemble de ce qui les constitue. Une origine, un drapeau, une nostalgie ou un exotisme. Ils retrouvent grâce à ça la fusion, le lien social, l'agglomération. Rassemblement, essai de transe, vibration commune, sentiment d'être fondu dans un groupe symbolisé par l'équipe.
Un petit moment collectif. Et le lendemain, on retourne à son gentil rôle d'individu consommateur !
Publié par Alain Bagnoud à 09:08:53 dans Polémique | Commentaires (4) | Permaliens
J'avais critiqué ici la fan zone. Permettez-moi de faire amende honorable. J'avais tort. J'ai compris par la pratique que ce genre de défouloir est indispensable à la paix sociale, et désormais, l'admiration m'envahit : bien joué, messieurs ! Beau travail !Publié par Alain Bagnoud à 09:17:08 dans Polémique | Commentaires (12) | Permaliens
Il faut rappeler, pour ceux qui vivraient sur une autre planète, ce qui agite la presse suisse ces jours-ci. Une vidéo qui montre un député valaisan nu et sniffant de la coke, filmé par une de ses maîtresses. Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vue, elle est ici.
Bon, je vous ai bien eu, n'est-ce pas ? Ne comptez pas sur moi pour participer à ce voyeurisme qui... que... dont... Vertueuses protestations. Etc.
L'existence de cette vidéo a donc provoqué une curée médiatique contre l'élu PDC. On expose ses maîtresses, on parle de l'argent qu'il leur donnait, on interroge les maris de celles-ci, on fait le compte du patrimoine étendu de ce notable...
Les journaux justifient ce déballage en affirmant que l'affaire est publique. Elle concerne un élu dont les actes contredisent complètement le programme électoral. En Valais en effet, le PDC est un parti de droite, chrétien, moralisateur, conservateur.
Ils ont raison sur ce point. Les électeurs doivent être informés. Ensuite à eux de décider. Veulent-ils que leurs délégués mettent en concordance leurs principes et leur conduite ? Se contentent-ils de savoir qu'ils font leur travail de politicien et défendent efficacement des préceptes même sans les appliquer ? Ça les regarde.
Seulement, les électeurs concernés sont en Valais. C'est au journal local d'exposer les faits. (Journal local, qui reste d'ailleurs très discret sur l'affaire. Un seul article à ce jour. Il est vrai qu'il a toujours été lié au PDC majoritaire, mais c'est une autre question...)
Or il ne se passe pas un jour sans que la presse de boulevard suisse ne sorte deux ou trois pages sur notre homme. Pour informer les électeurs valaisans ? Allons donc. C'est déjà fait depuis longtemps.
Il s'agit d'autre chose. De voyeurisme et de moralisation.
Vous avez observé comment, depuis quelque temps, le retour aux normes les plus étroites fleurit. Comment la presse populaire étale les scandales et jette en pâture les vies privées dans le but de définir des modèles de comportement, de mettre au pilori les comportements déviants.
Dans le monde nouveau qui s'installe, chacun doit être impeccable socialement mais aussi personnellement. Si les vices sont désormais publics, les vertus doivent régner jusque dans le privé, dont la sphère se restreint jusqu'à ne plus exister.
Et si vous n'êtes pas exemplaire et transparent, la presse de caniveau se chargera de vous dénoncer, de vous condamner et de vous châtier.
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 10:21:01 dans Polémique | Commentaires (7) | Permaliens
Ouf, nous voilà rassurés ! Le suspense était intolérable.
On savait bien entendu que Medvedev serait élu. Mais la fourchette était étroite.
Les Russes devaient le plébisciter, mais il était impensable que Medvedev fasse plus que le grand Poutine à sa dernière élection en mars 2004, c'est-à-dire 71 % des voix.
Ce matin, les résultats sont tombés. Medvedev : 70 %.
Et c'est ainsi qu'Allah est grand.
Publié par Alain Bagnoud à 09:23:42 dans Polémique | Commentaires (4) | Permaliens
Loin de moi l'idée de me mêler des affaires de nos amis français, mais on peut quand même les remercier d'avoir élu un homme qui fait le spectacle avec une telle régularité et propose tant de réjouissance et d'amusement au monde entier.
Car son audience ne se limite pas à la France. Les multiples traductions (avec les problèmes de fidélité qui vont avec) de son dernier sketch au Salon de l'agriculture en témoignent. Comment restituer « casse-toi pauvre con » en finlandais, en allemand, en hongrois ? Comment rester fidèle à l'esprit du maître ? Important dilemme ! On entend déjà hurler les puristes. Traduttore-traditore ! Etc.
Enfin, vous avez déjà été couverts d'analyses et d'explications sur ce mouvement d'humeur du président, je ne veux pas insister. Simplement souligner la vraie stratégie sarkozienne, que je viens de comprendre et qui me semble diablement fine.
Cet homme, qui déclarait vouloir en finir avec mai 68, est au contraire en train de mener à bien une révolution issue de cette époque.
Avec d'abord, comme premier principe, la libération de la parole, chère à cette période. Mais ce n'est pas tout.
Sarkozy prônait le retour à la politesse, aux bonnes mœurs, voici qu'au contraire il montre par l'exemple aux jeunes comment traiter quelqu'un qui ne serait pas d'accord avec eux.
Il prétendait restaurer l'autorité, voici qu'au contraire il sape la sienne propre, l'autorité présidentielle, et de façon peut-être décisive.
Il voulait montrer qu'il aimait les riches, les stars, les Bolloré, les Carla Bruni, la jet set, le voici désormais classé, comme je l'ai entendu hier au Café de la Paix, boulevard Carl-Vogt, dans une de ces délicieuses discussions de bistrot peu argumentées mais si ardentes : « le premier et le seul président qui est proche du peuple. »
Devant ces réalisations si contraires à ses intentions déclarées, tout le monde politique et journalistique se demande comment il va bien pouvoir s'en sortir désormais, Sarkozy. Eh bien, j'ai la solution.
Il lui suffit de prendre exemple sur une auguste élue genevoise, chargée de diriger la ville, et qui se propose de lever le pied dans les mois prochains :
« Mais je continuerai à donner des orientations à mes cadres. Jusqu'à présent, je me suis beaucoup concentrée sur l'opérationnel. Ce qui était nécessaire en début de mandat, pour prendre connaissance personnellement des dossiers. Ce congé m'offrira l'opportunité du recul, je pourrai me consacrer aux priorités stratégiques et politiques, celles pour lesquelles j'ai effectivement été élue.»
Allez Sarko, tu peux reprendre le programme de Salerno. Disparaître. Et sans qu'on te fasse le moindre reproche. Avec des félicitations même.
Pour ça, il suffit que tu tombes enceinte et que tu transformes ça en grossesse militante !
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 10:05:34 dans Polémique | Commentaires (8) | Permaliens
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