• Les communistes ne sont pas morts. A Genève par exemple, ils font partie d'A gauche toute. Une coalition. 20 élus dans 4 communes quand même. A gauche toute qui vient de virer une candidate femme pour la remplacer par un homme lors de la future élection à l'exécutif de la ville.
    Et bien Les Communistes ont un site officiel. Avec, dedans, un article très intéressant. C'est dans la rubrique Le communisme. Un programme et des plans à long terme. « Pour éviter tout faux départ dans l'instauration du communisme », explique-t-il. Parfait, on s'y penche.  
    Donc, il y aura bientôt la Révolution. Faite par le prolétariat évidemment, dont le PC est la tête pensante « et peut-être le bras armé ». Notons déjà un exploit : les cocos ont retrouvé ce fameux prolétariat qui avait disparu depuis quelque temps et ils vont le Prise du palais d'hiver par P. Brouéremettre sur les rails. Très bien.
    Que feront-ils ensuite de leurs alliés actuels d'A gauche toute, quand ils auront gagné ? Mais ceux-ci auront une place au sein du PC « après une petite autocritique ». Quant aux partis bourgeois, il faudra soit leur retirer leurs droits civiques, soit les contrôler étroitement. Mais on ne va plus refaire les erreurs du passé, on se trouvera quand même dans un système multi-partis :
    « Ce qu'il faudrait, c'est un système où le Parti Communiste gère ; l'extrême gauche non communiste ait son mot à dire ; quand aux partis bourgeois, ils seront là juste pour faire joli - bien qu'ils pourront s'exprimer durant les séances, ils ne disposeront d'aucuns moyens de propagande officielle. »
    Et alors, ce sera le paradis. Gratuité des biens. Tout le monde se servira dans les entrepôts. Mais quand même, il faut prévoir le pire :
    « Si les gens n'auraient aucun sens de la mesure (ils prennent chacun 20 armoires, comme se sera gratuit), on serait obligé d'installer un système des tickets de rationnements ou de louer les biens collectifs en échange d'argent, plutôt que de les proposer gratuitement. »
    L'argent sera en effet là, de façon transitoire. Mais il n'y aura plus besoin de travailler pour en avoir puisqu'il y aura un revenu universel. Enfin, certains devront quand même y aller, au turbin, pour expier :
    « Cependant, il n'est pas exclu qu'on punisse la lascivité des anciens grands bourgeois en leur confiant les tâches les plus pénibles, mais ce ne serait qu'en cas de force majeure et jusqu'à ce qu'ils cèdent. »

    Quant aux logements, ils seront collectifs : « Ce qu'il faudrait, ce serait d'immenses HLM, avec des chambres individuelles de 10 m2 minimum et le reste des pièces seraient collectives : toilettes, salles de bain, cuisines et salons. »
    Ça fait rêver, n'est-ce pas ? Ça donne envie d'y être ?
    N'hésitez donc plus, votez pour eux. Ou allez voir les autres propositions précises, détaillées, contenues dans leur site.
    Toutes plus alléchantes les unes que les autres. (Les commentaires des articles sont aussi très instructifs.)


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  •  Il y a des choses qui m'agacent, dans Festins secrets de Pierre Jourde, que je suis en train de lire. Cette rengaine à la mode, par exemple, contre les élèves qu'on trouve aujourd'hui dans les classes : des voyous, des analphabètes, des brutes, des mafieux. Des barbares agressifs, incultes, possédant un vocabulaire de 40 mots dont 30 insultes, maintenus dans l'ignorance par une éducation inadaptée qui s'efforce de ne rien leur apprendre, qui leur passe tous leurs caprices, qui se met systématiquement à plat-ventre devant eux.
    C'est vrai, c'est vrai, le système de l'éducation est efficace pour ceux qui sont déjà favorisés socio-culturellement, mais pas pour les autres. C'est vrai, il faut fixer des règles claires et des valeurs partagées plutôt que se mettre à genoux devant le terrorisme de la violence et de l'inculture. C'est vrai, les pédagogues du système ronronnent dans leur inadéquation kafkaïenne. C'est vrai mais quand tout le monde hurle dans le même sens, quand le réac devient politically correct, ça donne envie de prendre la position opposée.
    Par exemple, de rappeler que la violence dans les écoles, ce n'est pas neuf. Tenez, je vous parle de mon adolescence. C'était dans une petite ville de 10'000 âmes, un milieu presque rural. Pas de banlieue, des immigrés en dose homéopathique et venus des pays proches. On était dans les années 70. Les années flower power. Les slogans étaient à la paix, à l'amour, à la non-violence.
    Et qu'est-ce qu'il se passait, dans la cour de récréation ? Phénomènes de bandes identitaires (ceux de telle vallée, de tel village ou de tel quartier), violences, rackets, admiration pour la force, leaders auto-proclamés exerçant une influence prépondérante tels de petits mafieux entourés de leurs troupes... Et dans les classes, des petits chefs qui  provoquaient les maîtres (« Mais faut pas vous exciter. Maintenant, vous vous calmez ! Eh, les autres, vous laissez parler le prof. »). Chahuts quand c'était le vieil enseignant de math, celui qui voulait nous intéresser aux échecs et qui nous en causait avec des trémolos dans la voix. Projets collectifs contre la nouvelle maîtresse  (« Aujourd'hui, on la fait pleurer ! »)
    Il ne faut pas idéaliser le passé. La violence dans les écoles, c'est intolérable mais ce n'est pas neuf. Ce qui a changé aujourd'hui, c'est qu'elle est démonstrative, affichée. Elle fait partie de la panoplie d'une certaine jeunesse comme un signe valorisant. Et le fait que ses manifestations soient exhibées par la presse de boulevard sous prétexte de dénonciation n'améliore pas les choses.
    Qu'est-ce que vous voulez, la violence croît quand les disproportions sociales sont odieuses, comme aujourd'hui, quand la tendance est à l'égoïsme, au rejet et au repli, comme aujourd'hui, mais fondamentalement, c'est structurel. A l'école, un maître, des élèves, du pouvoir en jeu, c'est comme ça, et s'il faut s'interroger, c'est sur la structure de ce pouvoir-là et sur sa légitimité...
    Bon, je me calme. Je vous parle de Festins secrets un autre jour.


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  •                        Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830

    Il faut lire de temps en temps ce que proposent les partis. Pour savoir à quelle sauce on va être mangé. Tenez, le Parti Radical Suisse, au hasard. Il a un site.
    www.prd.ch. Et là dedans, c'est tout un programme !
    Intéressons-nous à la Politique sociétale (sic) de ses Position et programme d'action. Les grandes options, quoi. Une vision de la société.
    Ça commence par une proclamation grandiose : « La dignité, l'individualité et la liberté de l'homme ainsi que sa responsabilité à l'égard de lui-même et à celui des autres figurent au centre de la société libérale. » D'accord ! On s'incline. Dignité, individualité, liberté, responsabilité. Au centre. Chapeau !
    Pour cela, il y a des recommandations: «Réduire à un minimum les interventions de l'État dans la sphère privée et la liberté des individus dans leur environnement.»
    Qu'est-ce que ça veut dire, cette deuxième partie de phrase ? Première hypothèse : «Réduire à un minimum la liberté des individus dans leur environnement ?» Deuxième hypothèse, qui nous donne un sens complètement opposé : « Réduire à un minimum les interventions de l'Etat dans la liberté des individus dans leur environnement ? » Phrase mal foutue. Fâcheuse ambiguïté. Il leur faudrait un correcteur, aux radicaux. Mais peut-être jouent-ils subtilement de la polysémie, en tout état de cause.
    Eclaircissons ça. Les individus dans leur environnement. Je cherche dans leur table des matières. « Politique financière, Politique des étrangers, Politique d'asile... Politique en matière de stupéfiants. » Non, rien sur l'environnement. Ah si, dans Politique des transports : « Il faut tenir compte de la protection de l'environnement dans la politique des transports sans toutefois réduire la capacité concurrentielle de la Suisse. »
    Bon, c'est mesuré, comme position. Tenir compte. Mais surtout ne pas oublier la concurrence. Elle prime. Elle libère la société.
    C'est un point fort des recommandations « Supprimer les interventions de l'État dans les processus de changement de la société. »
    Mais quelques lignes plus bas, voici le PRD qui défend la diversité culturelle : « L'État doit y apporter son soutien, au risque de mettre en cause la survie de certains de ses éléments. »
    Une exigence qui a le mérite d'être claire. Maintenant, c'est vive l'Etat ! Merci l'Etat !
    Quoique ! Claire ? Et si on relisait ça. Faut-il comprendre : « L'Etat doit y apporter son soutien, ce qui risque de mettre en cause la survie de la culture » ou au contraire «L'État doit y apporter son soutien, sinon il y a un risque de mettre en cause la survie... » ? Impossible de trancher !
    Pourrait-il donc enfin, ce cher Etat, déléguer au nom de la survie de la langue française un correcteur au PRD ? Si en plus on ouvre Actualité de ce jour, on peut en effet lire (le 1.2.07) une Lettre ouvere (sic) dont voici le début : « [...]"Nous sommes très volontiers prêt à débattre de la politique fiscale". Parla (sic) suite, vous vous livrez à une critique des positions du parti radical.... »
    Une manière d'illustrer encore la liberté de la langue et la diversité culturelle ?

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  • Anthony C, probablement un brave garçon, s'interroge beaucoup : « Depuis peu je m'intéresse aux anges, aux archanges et surtout à mon ange gardien qui est MEBAHIAH. En quoi peut-il m'aider plus particulièrement ? Je voudrais par dessus tout rentrer en contact direct ou indirect avec lui, mais je n'y arrive pas. Pourtant je dis 3 fois son nom, je lui parle comme à un ami, lui dit (sic) tout - ainsi que des remerciements à mes demandes - mais j'ai l'impression qu'il ne m'entend pas ! Est-ce qu'il faut que je fasse un rituel spécifique, une prière spéciale ou autre chose ? »
    C'est dans le courrier des lecteurs du site de France lecture (« Le meilleur de l'ésotérisme »). Qui  apprend aussi aux avides de connaissance, dont je suis, que MEBAHIA est ange physique du 20 au 24 décembre et ange spirituel entre 18 heures et 18 heures 20. Entre autres tâches, il aide à équilibrer le chakra laryngé et permet de lutter contre l'hypocrisie. C'est un des 72 anges de la Kabbale - dont j'ignorais jusqu'ici le rapport avec le bouddhisme, via les chakra. On en apprend tous les jours !
    Mais revenons à cet excellent Anthony, à qui une mystérieuse et sans aucun doute compétente Madame F* répond:
    « Les Archanges ont des missions très importantes à remplir par rapport à la terre, à notre système solaire et à l'ensemble de l'humanité, et pour ces raisons notamment ils se manifestent rarement à des personnes en particulier. Et même lorsqu'ils le font, c'est souvent par l'entremise d'un intermédiaire comme un Guide de Lumière. »
    Ainsi, le brave Anthony comprend que MEBAHIA, tout occupé à faire tourner les planètes et à gérer la guerre en Irak, ne peut s'adresser à lui qu'à travers un Guide de Lumière, cette entité que Madame F* semble bien connaître, et qu'elle conseille dans une autre lettre de contacter via un bon médium. ( Par exemple « Judith voyante médium de grande renommée, vu sur TF1, France 3 » qui est sponsor du site - mais bien d'autres publicités de voyants en ornent les pages.)
    Emerveillons-nous ensemble, cher Anthony, devant toute cette science ! Et ce n'est qu'une petite partie des ressources de Madame F* qui donne des conseils sur les voyages astraux, les rêves, les êtres de l'au-delà ou les personnes que vous rencontrez pendant le sommeil, qui peuvent être « votre ange protecteur, un autre Etre de Lumière, une âme sœur, votre âme jumelle, ou même votre propre Moi spirituel ».
    Pour qu'on puisse être édifié par tant de pénétration, je mets ce courrier des lecteurs en lien sur mon blog.  Sous la rubrique Amusements. Parce que vraiment, la vie est trop courte pour qu'on la passe à s'indigner contre tous ceux qui exploitent la naïveté, l'espoir et l'ignorance des autres. 

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