• Jacques ChessexDans L'Hebdo d'aujourd'hui, quelques écrivains romands répondent à une question: «  Etes-vous jaloux de Jacques Chessex? »
    Il faut expliquer, pour ceux qui seraient d'ailleurs, que Chessex, ancien Prix Goncourt, occupe massivement les pages littéraires ou culturelles de notre pays. Comme dit L'Hebdo: « Il n'y en a que pour l'auteur de Un juif pour l'exemple»
    (son dernier livre aux Editions Grasset.).
    Vous voulez ma réponse à la question? Elle est dans L'Hebdo!
    Vous y avez aussi les opinions de quatre collègues: Blaise Hofmann, Jean Romain, Jean-Michel Olivier, Olivier Sillig. C'est évidemment lié au salon du livre de Genève, avec dates des signatures et tout ça.
    Donc, ne vous privez pas de vous procurer le magazine.


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  • Ce n'est pas pour me vanter, mais s'il y a bien quelque chose que je n'oublie pas, c'est mon dossier de presse. On trouvera donc ici un article de l'écrivain Serge Bimpage sur Le Jour du dragon, qui est paru également dans La Vie protestante. Comme d'habitude, je le colle sur ce blog. Par narcissisme, évidemment, qu'on me pardonne! Mais, laissez-moi me justifier, c'est aussi une manière, entre autres, de pouvoir le retrouver plus tard dans mes archives.

    AB

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                        Le Valais selon Alain Bagnoud, épisode 2

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    Refermé Le Jour du dragon de Alain Bagnoud, on retourne à la 4e de couverture et on mire sa photo en médaillon. Histoire de prolonger ce moment exceptionnel passé avec lui en Valais à revivre les années soixante-dix  de son adolescence. Ses petits yeux plissés en permanence vous scannent les humains comme les événements avec une acuité de lynx…
    La chronique fait suite au remarqué La Leçon de choses en un jour, qui campait la famille valaisanne et son destin entre plaine et montagne, passé et futur, clans et rivalités bonhommes et enthousiastes. Ici, le progrès évoluant dans un sens aussi exalté que tendu, comme a pu le décrire un Maurice Chappaz, l’adolescent ouvre les yeux sur une réalité plus prosaïque.
    L’idéologie fait irruption dans l’univers du narrateur, en même temps que l’amour. Pas facile à gérer, difficile de se situer entre l’atavisme identitaire et l’attrait des promesses de la ville. Et, métaphore magnifique de ces pages ciselées et tellement bien senties : la fanfare, qui demeure le lieu de toutes les rencontres, la mise en abyme de toutes les tensions.
    Emouvante, cette évocation impressionniste contient en même temps sa part d’histoire et d’anthropologie. Beaucoup de qualités pour ce Jour du dragon qui marquera sans conteste la littérature suisse romande du genre. Celle, ramuzienne en particulier, de parvenir, partant du terroir, à toucher à l’universel.

    Serge Bimpage


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  •  Et un article sur Le Jour du dragon dans le dernier Scènes Magazine (numéro 10, février 2009). Le texte est de Jean-Michel Olivier (voir ici).
    J'en profite pour briser une lance en faveur de ce magazine culturel très bien fait et très complet, publié à Genève sous la direction de Frank Fredenrich, Jean-Michel Olivier et Jérôme Zanetta. Cinéma, opéra, théâtre, danse, musique, expositions, livres : si Scènes Magazine fait très bien son travail en ce qui concerne l'offre culturelle régionale, l'actualité européenne y est également traitée, et ceux qui aiment les voyages dans les capitales y trouveront des renseignement sur la saison parisienne, l'opéra à Avignon, Berlin, Marseille ou Milan. De quoi donner des idées et des envies.

    Scènes Magazine case postale 48, 1211 Genève 4 http://www.scenesmagazine.com/


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  • Chose promise, chose due: voici l'article du Courrier dont je vous parlais ici.
    AB

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    D'UN MONDE A L'AUTRE

    Par ANNE PITTELOUD

    Alain BagnoudAprès La Leçon de choses en un jour, qui racontait l'entrée d'un enfant dans l'âge de raison, le Valaisan Alain Bagnoud se concentre sur les contradictions et les émois de l'adolescence dans son septième roman, Le Jour du dragon. Ici aussi, l'action se déroule sur une journée, initiatique: pendant la Saint-Georges, jour de fête dans ce petit village montagnard, le jeune narrateur va vivre de nouvelles expériences ­ premiers pas dans la fanfare, premier baiser, rencontre avec un peintre citadin, première boum et premier joint ­, autant d'étapes rituelles vers une émancipation désirée. On est au début des années 1970, et aux bouleversements de l'adolescence s'ajoutent ceux de l'époque: tiraillé entre catholicisme et bouddhisme, fendant et haschich, fanfare et rock, conformisme et rébellion, le jeune homme se cherche dans le regard des autres ­ ses deux copains, la famille, la communauté... Un entre-deux inconfortable mais riche d'émotions, décrit avec finesse. Poursuivant son entreprise autobiographique, Alain Bagnoud ressuscite une société paysanne ressentie comme étouffante par le narrateur, en esquissant une foule de thèmes: traditions archaïques ­ ainsi de ces deux clans qui s'opposent par le biais de leurs fanfares ­, émergence des promoteurs et de la spéculation, combines politiques et misogynie, obligations sociales rigides, pouvoir de la religion... Mais c'est l'homme d'aujourd'hui qui raconte: cette distance lui permet de donner vie à ce monde ancien avec tendresse, sans juger, dans des scènes savoureuses; elle favorise aussi l'ironie envers celui qu'il était ­ ce garçon lâche et maladroit fasciné par les nouvelles valeurs mais pétri de tabous, qui change d'avis au gré des opinions des autres, s'en désole, se sent seul et nulle part à sa place... Le Jour du dragon mêle langage parlé des villageois et envolées littéraires du narrateur, rêveur, grand lecteur, qui prendra conscience de sa vocation face aux étoiles: il ressent alors une «exaltation vague et mal définie», un sentiment d'appartenance au-delà des jeux sociaux, et le désir de s'emparer «du souffle du dragon, de sa puissance, de son pouvoir». Car le dragon n'est pas seulement l'animal terrassé par Saint-Georges: il représente «le symbole de la vie intérieure, de la créativité, de la profondeur qui est en nous», explique Sinerrois, le peintre, aux trois amis médusés.


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  • Comme promis hier, voici l'un des articles dont je parlais, paru le 14 février dans 24 Heures et repris aujourd'hui dans Les carnets de JLK. L'entretien est ici en version intégrale, comme dans ces derniers  (il était un peu raccourci dans la version papier du quotidien).

    AB

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    Le Valais de coeur d'Alain Bagnoud

    Par Jean-Louis Kuffer

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    ENTRETIEN L'écrivain quasi quinqua revient avec Le Jour du dragon, très vivante évocation autobiographique de la bascule des «seventies», à Chermignon.
    Alain Bagnoud, issu d'une tribu valaisanne comme les a peintes Maurice Chappaz dans son Portrait des Valaisans, a connu de l'intérieur cette société que le sociologue Uli Windisch étudia, à Chermignon, dans un essai au titre significatif, Lutte de clans, lutte de classes. C'est là que Bagnoud est né, en 1959, et que se déroulait déjà La Leçon de choses en un jour, parue en 2006, épatante chronique d'un adieu à l'enfance. Avec Le Jour du dragon, l'initiation sociale de l'adolescent se prolonge entre fanfare, messe et potes, débats politiques et surboum, premier baiser et premier joint...

    - Qu'est-ce quoi vous a poussé à cette double entreprise autobiographique ?
    - C'est l'âge... La maturité m'a fait m'interroger sur mon passé et a donné un autre sens aux questions qu'on se pose tous, il me semble: Qu'est-ce que je suis? Qu'est-ce qu'il y a en moi de semblable aux autres? De différent? Qu'est-ce qui me relie aux hommes et qu'est-ce qui me sépare d'eux? L'autobiographie, ça permet de chercher assez directement des réponses à ça. De confronter celui qu'on croit avoir été avec les circonstances, de se demander en quoi elles nous ont formés et en quoi on a pu échapper aux déterminismes. De voir ce qui est commun en nous à toutes les périodes. Donc de rechercher qui on est.
    - Est-ce que c'est un moyen d'atteindre une vérité ?
    - De la reconstituer pléutôt. Ou alors de la constituer. On se recrée par la mémoire, on se réécrit un destin ou une existence par la forme qu'on lui donne en l'utilisant comme matériel d'écriture, en la modifiant forcément. On se resaisit de soi-même, c'est comme si on se refaisait, si on s'appropriait. De nouveau. Et puis il y a la question de la vocation.
    - La question de savoir pourquoi l'on devient écrivain?
    - Oui. Cette envie est peut-être assez fréquente, mais enfin, ça me stupéfie toujours que certains y arrivent. Parce que c'est difficile, vous le savez, il y a beaucoup plus d'appelés que d'élus. C'est un appel, mais aussi un travail, et il y a une position à prendre par rapport à soi-même et un rapport avec la langue à trouver. Ce n'est jamais donné. Il y a une maturation à faire. J'aimerais comprendre comment j'ai cherché ma voie dans le langage.
    - En quoi la communauté que vous décrivez a-t-elle changé depuis les années que vous évoquez ?
    - Les différences sont énormes. Moi, je suis né dans un petit village de 170 habitants où tout le monde connaissait les grands-parents, les arrières-grands-parents de chacun. On était tous plus ou moins cousins, au deuxième, troisième degré. Cette homogénéité a disparu. Beaucoup de filles et de fils sont partis, et des inconnus ont acheté des maisons. La communauté est très amincie. Avec cet amincissement, il y a toute une idéologie, des normes, des obligations qui se sont évaporées. Et puis il y a eu une transformation historique. Mes grands-parents étaient nés presque encore au Moyen Age: ils soignaient des terres pour d'autres, avaient peu d'outils, pas d'argent, ne connaissaient rien de l'extérieur...
    - Quelles ont été les difficultés techniques que vous avez rencontrées pour ces deux récits ?
    - La composition d'abord. Il fallait s'arranger pour que ça ne soit pas un simple recueil de souvenirs disparates. C'est pour ça que j'ai donné à chaque livre le cadre d'une journée, en tâchant de donner une direction, de hiérarchiser le texte pour que ça avance dans une direction précise. Et puis, autre difficulté: le langage. La nature même de ce qui était évoqué, ce monde villageois, je ne voulais pas en donner une image savante ou méprisante ou extérieure. Ça m'a incité à simplifier, à adopter un ton neutre, souvent oral, un peu amusé parfois. En tout cas pas savant ou exagérément littéraire.
    - Entendez-vous développer plus avant ce « tableau » de votre pays ?
    - Oui. Le projet initial, c'était un cycle de sept livres qui se passaient tous les sept ans. Bon, ça ne va pas se faire, en tout cas pas sous cette forme. Parce que si les âges de sept, quatorze et vingt-et-un ans tombent bien pour représenter l'enfance, l'adolescence et la jeunesse, ça se gâte après. Pour l'instant, je travaille au troisième volet. Le passage à la grande ville et à l'université. Après, on verra.
    - Comment votre entourage (et le Valais) a-t-il reçu ces deux ouvrages ?
    - Étonnamment bien. J'avais un peu d'appréhension, même si j'avais fait lire les textes à ma famille. Il y a quand même des attaques franches contre un système local pas très transparent et des personnages qui pourraient se reconnaître. Mais les gens ont apprécié. Par nostalgie en partie, peut-être, mais aussi parce que nous partageons le même humour, et qu'il fait passer bien des choses.
    - Quel est, pour vous personnellement, l'héritage de Maurice Chappaz, et quels autres auteurs vous tiennent-ils lieu de « guides » éventuels ?
    - Chappaz, quand j'étais adolescent, c'était le maître, l'exemple à suivre. Cette langue dense, forte, solaire. Cette présence dans le canton. Ce mélange de thèmes locaux et universel. Il montrait qu'on pouvait parler d'un lieu sans verser dans le régionalisme ou la complaisance. Sinon, il y a des écrivains que je relis constamment. Ramuz, Céline, Stendhal. Proust surtout.
    - Qu'avez-vous à cœur de transmettre ?
    - Peut-être qu'il faut refuser de parler les langages convenus qu'on essaie de nous imposer. Tout conspire à nous emprisonner, à nous rapetisser. Langage de la pub, celui des entreprises, celui des idéologies, celui des groupes, des communautés. Il faut voir plus loin, notamment dans les livres. En les fréquentant, il me semble que chacun peut trouver sa propre langue, dans laquelle il peut se réaliser, qui peut lui permettre de dire ce qu'il a de personnel, de singulier. Et je ne parle pas ici seulement pour ceux qui veulent écrire, mais pour tout le monde...

    Un dragon à pattes d'éléphant

    Après la chronique quasiment « exotique » de La Leçon de choses en un jour, évoquant une enfance villageoise de la fin des années 60, Alain Bagnoud aborde, avec Le jour du dragon, correspondant aux festivités initiatiques de la Saint-Georges, une matière personnelle et collective beaucoup plus délicate à traiter : une adolescence en province, d'une musique à l'autre : entre trompette de fanfare et guitare électrique. Dire la mutation de toute une société à travers la mue d'un ado touchant à l'âge d'homme, et le dire en restituant à la fois le langage de la tribu et les nouvelles façon de parler correspondant au vent nouveau soufflant d'Amérique, n'est pas une sinécure pour qui veut échapper à la fois aux clichés et au documentaire sociologique. Le tout est de trouver la bonne distance et le ton juste, à quoi parvient Alain Bagnoud avec une sorte de générosité souriante, mais jamais sucrée, de malice et d'honnêteté, autant que de netteté dans la peinture. Slalomer, en un jour, entre fanfare du clan doré (qui fait la pige aux argentés, ces nuls...) et copains à récentes collections de 33tours, paternel excité par sa première voiture et tonton bâtisseur, pudeurs de puceau et mécaniques roulées à l'instar des plus délurés, fidélité familiale et tentation de rejoindre la boum ou l'atelier de tel artiste bohème – tout cela ne va pas de soi dans un récit suivi. Or Alain Bagnoud, jouant à merveille de l'alternance des temps et des points de vue, y parvient avec autant de naturel que d'ironique et tendre empathie.
    LireBagnoud.jpgAlain Bagnoud. Le Jour du dragon. L'Aire, 264p.

    Portrait d'Alain Bagnoud: Pascal Frautschi.


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