• Minutieux. Ce roman, Le pont des soupirs, par Richard Russo, est minutieux.

    L'auteur ne nous épargne rien de ce qui arrive à son héros, Louis C. Lynch, surnommé Lucy. L'attribution de ce sobriquet est d'ailleurs une des deux grandes choses qui lui soient jamais arrivées. Le premier jour d'école, la maîtresse a lu ainsi son nom: Lou C. Lucy. Bon.

    Le deuxième grand fait de sa vie, est ce qu'il appelle un drame. Des camarades enfants l'ont enfermé dans une malle et ont fait mine de la scier. Il s'est évanoui.

    Tout le reste de sa vie est d'une banalité exemplaire. Il reprend les épiceries de papa, appartient aux divers comités de la petite ville, a un enfant.

    Pour essayer d'animer un peu son livre, Russo veut mettre Lucy en opposition avec Bobby, son ami épisodique, qui, lui, était un ado révolté et est devenu un peintre de renom établi à Venise.

    Autant le dire tout de suite, Russo a autant idée de ce qu'est un peintre que je sais ce qu'est un scaphandrier. Les clichés se suivent: l'artiste a des maîtresses, il est tourmenté par son génie, il a un magnifique atelier et des dettes...

    Le livre fait 730 pages très serrées. J'ai abandonné à la 395ème. La personne qui m'a offert ce livre m'a expliqué que j'avais tort, que tout s'explique à la fin, 335 pages plus loin.

    C'est au-dessus de mes forces...


    Richard Russo, Le pont des soupirs, Quai Voltaire


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  • Le Caravage, Bacchus

    Le Caravage devait intéresser Dominique Fernandez. Il a quelques traits communs avec l'autre grande figure tutélaire de l'écrivain: Pier Paolo Pasolini, dont l'histoire nourrit Dans la main de l'ange, Prix Goncourt 1982. Tous deux sont artistes en rupture, provocateurs, marginaux-né, homosexuels, tous deux sont morts sur une plage, l'un assassiné par un gigolo, l'autre on ne sait pas.
    On ne sait pas grand chose du Caravage, d'ailleurs. Dominique Fernandez invente donc sa vie en utilisant une érudition bien amenée. Ça prend d'abord bien. Restitution d'une époque, enjeux politiques et culturels, questions de peinture.Mais au milieu du livre (j'en ai lu quand même 300 pages sur les 650), j'ai abandonné, lassé. D'abord parce que Fernandez, voulant établir un contraste savoureux avec les gloses savantes citées dans le livre, n'explique les tableaux du Caravage que par rapport à ses ébats amoureux, chaque toile révélant un épisode de sa sexualité. Pour expliquer l'expression d'un visage ou la raison d'un vêtement, il phantasme une scène intime. Une jalousie de l'amant a fourni l'expression de la tête de Méduse. Un drap de lit taché de sperme est le vêtement de Bacchus. Le garçon qui épluche une pomme n'a pas de boutons à sa chemise parce que Le Caravage les a arrachés dans la fureur des transports qui ont précédé la peinture. Etc.
    D'autre part, ce peintre dont il annonce une vie de scandales et d'aventures, devient sous sa plume tout à fait pépère. Il a des amants plus jeunes que lui avec lesquels il entretient de longues relations matrimoniales. Mais l'interdit de l'homosexualité, le clandestin de la chose, le danger, qui excitent beaucoup Dominique Fernandez, ne m'ont pas tenu autant en haleine qu'il le voudrait.
    Mais il est vrai que ça peut encore s'animer dans les 350 pages qui suivent...

    Dominique Fernandez, La course à l'abîme, Grasset, 2002


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  • Pierre-Henri SimonC'est un petit roman de Pierre-Henri Simon, que j'ai trouvé dans un bac de livres d'occasion. En fait, je me suis trompé de nom. J'avais pensé à Henry-François Rey, un romancier un peu hippie dont j'avais lu quelques romans dans ma jeunesse, notamment Les pianos mécaniques, qui se passe à Cadaquès si ma mémoire est bonne. Non, c'est le Henri qui m'a fourvoyé.
    Ce Portrait d'un officier est assez dégoûtant. Son officier, c'est Jean de Larsan, d'une famille noble désargentée, mais qui a toujours fourni à la France des gradés. Il envisage la guerre comme une chevalerie, « la grande aventure concrète et vitale où le courage des combattants collabore obscurément à l'histoire ». Il déteste la populace, ces gros diables, espèce d'outres à vin rouge à qui il assène des paires de gifles Larsan de sa main gantée, cette populace qui mène une chouannerie rougeâtre (on est à la Libération, en 1944)...
    Pierre-Henri Simon a été officier de la Légion d'honneur et académicien français. On le voit ici pontifier sur la situation de la littérature française en 1967 (archives TSR). Il est assez pessimiste...

    Pierre-Henri Simon, Portrait d'un officier, Le livre de poche


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  • Le roi des aulnes, gravure de ?
    On ne lit plus Michel Tournier. Cet écrivain vedette des années 70 et 80 est au purgatoire. Je me suis demandé quelle en était la raison lorsque j'ai trouvé dans les bacs d'un marché aux puces deux de ses livres qui m'ont rappelé sa gloire passée.
    Pourquoi ne pas les relire? Aussitôt dit, aussitôt fait...
    Et maintenant, je comprends, sans avoir besoin d'une étude approfondie.
    Ces romans à thèses me sont tombés des mains. Quelques pages du Roi des Aulnes (le thème de l'ogre, Saint-Christophe, l'Enfant...), quelques-unes de Robinson ou les limbes du Pacifique (le puritanisme, les quatre éléments, le renversement des valeurs)... Et j'ai reposé les livres.
    Je me souvenais évidemment de Tournier comme d'une sorte de virtuose de la construction. Il accumule les thèmes, les symboles, il articule le tout avec science. Rien n'est gratuit, tout est récupéré, inséré, intégré, montré. La lecture en devient vite pesante, agaçante.
    L'auteur insiste lourdement sur la signification de chaque chose, met en avant, explique, revient. Ce qui chez d'autres, plus subtils, constituerait l'arrière-fonds, est chez lui exhibé. Les sous-entendus sont projetés à la surface. Il n'y a aucune possibilité pour le lecteur d'une interprétation personnelle: l'écrivain lui impose ses éclaircissements.
    Tournier est fils de son époque: ces années-théories, explicatives, dont il porte les valeurs et les transgressions, dans une écriture paradoxalement plutôt classique. On peut préférer des auteurs qui laissent un peu plus de place au lecteur...

    Michel Tournier, Le Roi des Aulnes, Robinson ou les limbes du Pacifique, Folio


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  • Coetzee, Le Maître de PétersbourgEt puis, toujours en ce qui concerne mes lectures de vacances, il y a des livres que je n'ai pas finis. Par exemple Le Maître de Pétersbourg. Un roman de Coetzee, cet écrivain que j'apprécie pourtant beaucoup (voir ici et ).
    Dans Le Maître de Pétersbourg, il s'agit d'Histoire. De la grande Histoire mêlée à l'histoire littéraire.
    Le personnage principal est un peu malpropre, sentimental, faible, repoussant. Il s'agit de Dostoïevski exilé qui revient à Pétersbourg parce que son beau-fils Pavel, un nihiliste, vient de mourir suite à ce qui est peut-être un accident, peut-être un suicide, peut-être un meurtre. L'écrivain russe s'installe dans la chambre de Pavel et tourne autour de la logeuse...
    Je ne peux pas vous en dire plus, ce roman m'a franchement repoussé.
    Peut-être parce que je n'ai pas du tout apprécié cette image veule de Dostoïevski qui y est présentée d'emblée...

    J.-M. Coetzee, Le Maître de Pétersbourg, Seuil.

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