• "Des taxes universitaires à 8000 francs?

    Le secrétaire d’Etat Mauro Dell’Ambrogio propose d’augmenter les tarifs d’inscription pour désengorger les auditoires. [...] Le montant, quatre fois plus élevé que ceux prélevés aujourd’hui par la plupart des hautes écoles, paraît «justifiable» aux yeux de Mauro Dell’Ambrogio, secrétaire d’Etat à la formation et à la recherche..."

                                         Journal Le Temps, 21.12.2010 (voir ici)


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  • MurBerlin.jpgC’était clair dans les années 90: les idéologies, c’était fini. On avait eu la chute du mur de Berlin l’effondrement du communisme, on se retrouvait avec un mode de fonctionnement qui n’était plus une science des idées mais une nature: le libéralisme.

    L’échange, le marché, le renvoi de tout à la norme financière, l’intérêt personnel, c’était cohérent, évident, normal, nous disait-on. L’homme y tendait automatiquement.

    Avec ça, se développait quelque chose que les moralistes déploreraient: l’individualisme, l’égoïsme. Les hommes semble-t-il, ne pensaient plus qu’à leur profit.

    Eh bien, cette période, c’est terminé.

    Je l’ai déduit en m’interrogeant sur les motivations des électeurs suisses, qui votent systématiquement contre leurs intérêts. Prenons déjà les soutiens aux partis.

    La grande majorité de ceux qui suivent l’UDC, parti d’extrême-droite agrarien, vient du peuple. Or, la politique économique de ce parti les appauvrirait fortement. Même chose avec les électeurs du Parti socialiste: les pauvres, qu’ils défendent, ne votent pas pour eux, et c’est la classe moyenne qui les soutient. Cette classe moyenne, pourtant, serait défavorisée si les principes du PS étaient appliqués en bloc.

    Même chose encore avec les deux initiatives qui seront votées le 28 novembre en Suisse.

    Les derniers sondages montrent que la majorité du peuple va refuser l’initiative populaire «Pour des impôts équitables.» Elle demande l’introduction dans la Constitution fédérale de dispositions minimales concernant les barèmes et les taux d’imposition des personnes physiques, ainsi que l’interdiction des impôts dégressifs.

    Affiche_Oui_initiative_impots_equitables.jpgOr, si je cite les arguments du comité interpartis qui soutient l’initiative: « Seul 1% des contribuables helvétiques – les plus aisés, établis dans les paradis fiscaux de Suisse centrale - seront touchés. Grâce à l’initiative, les 99% restant profiteront d’un allégement de la charge fiscale globale, mais aussi du rétablissement de la justice devant l‘impôt. »

    On retrouve le même paradoxe en ce qui concerne l’initiative dite « sur le renvoi des étrangers criminels » qui exige le renvoi automatique des personnes étrangères condamnées, indépendamment de leur statut et de la gravité de l’acte commis.

    Xénophobe, contraire aux normes fondamentales des droits humains, inapplicable même, cette initiative va, selon les sondages, être plébiscitée par le peuple. Or elle fera de la Suisse la honte de l’Europe et rendra nos rapports avec les autres pays très délicats.

    Conclusion: là encore, les gens votent contre leur intérêt. L’égoïsme, on le voit, c’est terminé. On est bel et bien revenu à cette chose qu’on avait annoncée comme définitivement morte: l’idéologie.

    Et je me demande, tout compte fait, si l’intérêt personnel, ce n’était pas mieux...


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  • ziriako_1096198287_l__armee_suisse.jpgEn temps de crise, on revient aux valeurs sûres. C’est Le Temps qui en parle. «  L’Association suisse d’assurances (ASA), l’association faîtière de la branche, qui représente 74 compagnies d’assurances ainsi que 49 000 postes de travail en Suisse, a organisé le 20 mai dernier une conférence de presse intitulée Pour le développement du personnel, les assureurs privés misent sur la formation militaire au commandement».

    Cette initiative nous rappelle le bon vieux temps, à nous vieux nostalgiques! Celui où les officiers de l’armée suisse étaient tous cadres. Celui où les cadres des entreprises étaient tous officiers.

    Max Frisch, alors, proposait une expérience intéressante: qu’un jour tout le monde vienne travailler en uniforme. On verrait de façon frappante, expliquait-il, l’adéquation entre le militaire et l’économique.

    Puis les temps ont changé. Dans les années 80, on s’est rendu compte que ça fonctionnait mieux si on demandait aux employés de participer. Avec plus d’identification et plus d’illusion de démocratie, on obtenait plus de rendement.

    Mais quelque chose d’autre s’est passé ensuite, que relève aussi le Temps. «Depuis dix ans, on observe qu’un nombre croissant de gens ne sont pas attirés par le management, note Eric ­Davoine. Ils veulent faire carrière et bien gagner leur vie, mais sans faire d’encadrement.» Eric Davoine est professeur en ressources humaines et organisation à l’Université de Fribourg.

    Donc, l’individualisme a pourri le beau modèle de dévouement à l’entreprise. Plus personne ne veut assumer des responsabilités, sans doute parce qu’elles ne donnent pas de plus-value, c’est-à-dire, en gros, de prestige. L’unique grandeur qui compte désormais, c’est celle de la paie. Elle seule détermine la position sociale.

    D’où le recours à l’armée pour réintroduire les vraies valeurs. Ah, ça va valser dans les bureaux! Compagnie, marche, front ma main, direction les écrans d’ordinateur! Finis les horaires fantaisistes, tout le monde sera là à zéro huit cents et je ne veux voir qu’une tête.

    Non. On peut plaisanter, mais il y a effectivement deux avantages indéniables à l’initiative de l’Association suisse d’assurances. D’abord, il est plus facile de se rebeller ou de tirer au flanc dans un modèle hiérarchique plutôt que participatif. Ensuite, le nouveau fonctionnement permettra d’éduquer les travailleuses. Elles pourront enfin goûter aux joies de l’armée, dont elles sont injustement privées depuis toujours. Au sein d’une société qui se féminise toujours plus, la revalorisation des compétences militaires dans le civil est donc, comme on le voit, tout à fait pertinente.

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  • grafitti-fun-crime.jpgCe n'est pas moi qui pose la question. C'est André Kuhn, qui a un cv long comme le bras: professeur de criminologie et de droit pénal aux Universités de Lausanne et de Neuchâtel, ancien juge d'instruction, directeur d'études scientifiques, collaborateur scientifique à l'Office fédéral de la justice, etc.
    A toute question, réponse. Celle-ci prend la forme d'un petit livre passionnant publié par les Editions de l'Hèbe, et qui remet en question quelques clichés sur le crime.
    Il y a bien sûr certains renseignements qui ne sont pas des surprises. Le profil type du criminel, par exemple répond à deux caractéristiques. 1: c'est un homme. 2: il est jeune. Peu de délits avant 15 ans, et ça baisse significativement dès 25 ans.
    La déviance juvénile des garçons serait donc normale, dit notre auteur. Et elle se termine un jour. Sauf si on fout les ados en prison. Le système judiciaire « a une fâcheuse tendance à « stigmatiser » les gens, c'est-à-dire à les étiqueter comme criminels, faisant ainsi perdurer le statut de criminel dans le temps. »
    D'ailleurs, les prisons sont pleines d'étrangers. Mais oui, en fait, pourquoi surpeuplent-ils nos geôles? Et c'est partout la même chose! En France, ce sont les maghrébins, en Suisse les Albanais, au Canada les Mexicains, etc. Ces individus respectent-ils moins les lois que nous?
    Pas du tout, dit André Kuhn. Les statistiques montrent que ceux qui commettent des délits sont, on l'a vu, jeunes et du genre masculin, mais aussi de niveau socio-économique défavorisé, de formation modeste et plus grands que 175 centimètres. Or, la migration est majoritairement composée de gens qui satisfont à ces critères. Les vieux et les riches restent chez eux (sauf Johnny, d'accord, et deux ou trois de ses copains). Donc, écrit Kuhn, « si l'on compare le taux de criminalité des étrangers à celui des nationaux du même sexe, de la même classe d'âge, de la même catégorie socio-économique et du même niveau de formation, on observe qu'il n'existe aucune différence entre eux. »
    Ce petit livre démontre aussi en passant que durcir la loi ne sert pas à grand chose en matière de prévention. Il vaut mieux par exemple augmenter la rapidité avec laquelle une sanction est prononcée. Il s'interroge sur les châtiments, montre les manières diverses qu'ont les différentes sociétés de résoudre les conflits nés d'une infraction pénale...
    Je ne vais pas tout résumer. Juste ce qu'il est nécessaire de savoir pour répondre à la question du titre. Car on ne peut rester sur un tel suspense. Surtout quand la chose est si claire: oui, nous sommes tous des criminels.
    Nous commettons tous des actes déviants, incivilités par exemple, ou infractions à la circulation routière. Mais « chacun d'entre nous est persuadé que lui-même ne commet pas d'acte criminel, puisqu'il ne vole rien et n'agresse pas physiquement autrui ». Conclusion: « la plupart d'entre nous appliquons deux définitions différentes à la notion de criminalité, selon que nous considérons celle qui nous vise ou celle que nous sommes susceptibles de commettre ». N'est-ce pas?

    Sommes-nous tous des criminels? André Kuhn, La question, Editions de l'Hèbe


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  • swisstxt20091015_11359802_5.jpgLe 29 novembre, donc, on votera en Suisse. Je rappelle que des représentants de l'extrême-droite, l'UDC et l'Union démocratique fédérale (UDF), ont lancé une initiative, qui a abouti, pour introduire dans la Constitution une interdiction de construire des minarets.
    Je voulais faire un papier là-dessus. Un texte objectif qui confronte les arguments pour et contre. Une vraie petite dissertation. Mais quelle difficulté! Il a fallu insister, c'était un exercice de style complexe. Car si les motifs pour refuser l'initiative abondent, il faut se battre les flancs pour en trouver de favorables. Mais enfin, j'ai réussi: et voici quatre raisons pour voter oui à l'initiative.
    1: Nous porterons des coups très durs à la religion. L'islam pour commencer, mais les autres suivront. La suite obligée étant bien sûr de détruire les clochers, bulbes, coupoles, etc. Aucune tolérance. La religion évidemment est le mal, Voltaire le disait déjà. Interdire les minarets est un premier pas intéressant. Nous nous occuperons des différents clergés ensuite.
    2: Nous empêcherons une prolifération incontrôlée, favorisée déjà par le laxisme actuel. N'oublions pas qu'il y a déjà quatre, oui, j'ai bien dit quatre, minarets dans l'ensemble de la Suisse. Mais que fait la police des constructions? Que le Conducteur et futur Gouverneur de Genève, de la Suisse, du Monde: Eric Stauffer, l'homme des chiffres (voir ici), mette un peu d'ordre dans tout ça! Car il a toutes les solutions, il éradique les dealers, il annihile les mendiants, il construit des logements, il donne du travail à tout le monde, il console les veuves et les affligés, il guérit les écrouelles, il soulève les montagnes, suffit de lui demander.
    3: Nous soutiendrons grâce à notre vote Oskar Freisinger, le grand poète d'extrême-droite, qui a été l'un des premiers à éructer contre les minarets. Voir ici. Nous remettrons dans les médias cet homme en perte de vitesse, considéré comme un guignol par l'UDC lui-même, son propre parti, qui lui préfère désormais les bien sérieux Yvan Perrin, policier neuchâtelois, et Yves Nidegger, ancien mooniste.
    4: Il y aura ensuite plein d'attentats de fanatiques islamistes contre la Suisse, et nous pourrons enfin montrer notre capacité de résistance et de lutte. Nous ferons la preuve de notre caractère intransigeant et guerrier, ce qui ne s'est plus vu depuis 1515, date de la bataille de Marignan, dernière à laquelle la Suisse a participé. Que nous avons perdue. Mais n'oublions pas que nous n'avons plus rien perdu depuis.
    Mes arguments vous ont convaincu? Je peux vous assurer que moi, en tout cas, au moment de voter, je n'aurai pas la moindre hésitation.

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