• Gustave FlaubertJ'avais dit ici mon admiration Pour Saint Genet comédien et martyr, de Sartre. C'est la raison qui m'a fait commencer L'Idiot de la famille, que le même Sartre a consacré à Flaubert, avec les mêmes intentions. Faire un essai de psychanalyse existentielle qui unit l'analyse sociale marxiste et la psychanalyse freudienne. Ce qui était, disent certains, un prétexte de Sartre pour s'auto-analyser.
    L'entreprise, inachevée, compte trois tomes. J'en ai lu la moitié du premier qui a 1104 pages. Une belle illustration de cette « méthode " régressive-progressive ", qui procède par un va-et-vient constant entre la " constitution " (comment nous avons été faits) et la " personnalisation " (ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous) » (Michel Contat).
    Mais la volonté de tout dire, qu'a Sartre, sa minutie, son retour incessant sur les mêmes événements fait de ce texte quelque chose de répétitif et de harassant.
    Enfin, il s'agit d'une curiosité. Ce qu'on appelle un monstre littéraire.

    Gustave Flaubert, L'idiot de la famille, par Jean-Paul Sartre, Gallimard

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  • Dark_City_by_DaStafiZ.jpgIl y a certains matins comme ça où le monde nous parle. On a feuilleté les journaux, on a eu les nouvelles.
    Un nouveau World Economic Forum à Davos décortique a posteriori la crise de la finance mondiale. Tout était prévisible : les "subprimes", la consommation excessive, l'endettement trop élevé, des analyses des risques trop lâches et des réglementations trop médiocres conduisaient forcément à la débâcle, explique-t-on aujourd'hui. Mais, bon, étrangement, on n'a rien vu venir.
    De l'autre côté, en France, des millions de manifestants préviennent le président du pouvoir d'achat, lui signalent qu'ils trouvent tout de même un peu gonflé, après toutes ses promesses et ses slogans, que les revenus du capital soient plus valorisés que ceux du travail et qu'ils vivent moins bien, avec moins d'argent et moins de liberté individuelle. Bon, vous me direz, c'est bizarre qu'ils n'aient rien vu venir. Tout était prévisible: quand on élit un président de cet acabit...
    Ici en Suisse, un sondage parle des intentions des citoyens. On va bientôt voter pour savoir si le peuple est d'accord d'étendre la libre circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne à la Bulgarie et à la Roumanie. Les enjeux sont expliqués, les conséquences annoncées, les spécialistes font le point (ici). Il semble que les suites soient prévisibles.
    Et pourtant, selon l'étude de l'Institut gfs.berne, si la moitié (50%) des sondés est favorable à la reconduction et à l'extension de l'accord, 43% des Suisses sont prêts à dire non le 8 février et il reste 7% d'indécis.
    Faisons l'hypothèse que les citoyens refusent la libre circulation. Ça peut arriver. On sait en gros ce qui va alors se passer.
    Eh bien je fais le pari que dans ce cas, on expliquera bientôt partout qu'on n'a rien vu venir.

    (Publié aussi dans Blogres .)


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  • La sirène du misssissippiC'est un avatar d'une l'histoire récurrente. Le brave type sur le retour séduit par une jeune salope.
    Ici, il s'appelle Louis Durand. Il a 37 ans, possède une maison d'importation de café à La Nouvelle-Orléans et 100'000 dollars d'économies (on est en 1880 et c'est une somme). Et le voici fiancé par correspondance à une vieille fille de son âge qui habite Saint-Louis.
    Mais il s'en passe des choses sur les bateaux à aubes du Mississipi, un no man's land plutôt louche. Celle qui arrive par le fleuve est finalement une jeune fille dans la vingtaine, d'un sexy sidérant.
    Elle le prie de l'excuser pour la tromperie dont elle est coupable. Elle a expédié la photo de sa vieille tante afin de l'éprouver. Durand la croit, en tombe follement amoureux, l'épouse. Bien évidemment, elle n'est pas celle qu'il croit et une spirale infernale va suivre.
    Pour le suspense, on ne révélera pas tous ce qu'elle lui fait subir, dans ce roman noir où le héros bourgeois et naïf sombre dans le crime pour l'amour d'une garce excitante qui le manipule avant de l'empoisonner. Mais il y a un happy end. Enfin, c'est selon.
    Rebondissements, tension continue, caractères bien dessinés, euphémismes suggestifs, écriture classique. Bravo Irish (1903-1958)! Difficile de lâcher le livre une fois qu'on l'a commencé.
    Truffaut l'a d'ailleurs adapté au cinéma et c'est à lui que le roman doit désormais de s'appeler La sirène du Mississipi: il avait été publié une première fois sous le titre Valse dans les ténèbres (1947).

    William Irish, La sirène du Mississipi, Le livre de poche

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  •   Paris Hilton

    J'en connais que la popularité de Paris Hilton laisse pantois. Mais qu'a-t-elle fait ? (disent-ils.) Hériter d'une fortune ? Mettre ses vidéos de sexe sur le net ? Participer à des émissions de téléréalité ? Qu'a-t-elle réalisé pour devenir la personne la plus connue de la planète avec le Christ, Bouddha et quelques autres?
    J'ai une réponse. Paris Hilton, elle aussi, est un personnage liturgique. Peut-être pas une déesse, mais une prêtresse. Nous sommes dans les bancs, elle sur l'autel médiatique, c'est une sorte de messe et nous la regardons dans sa fonction sacrée : consommer. Consommer des objets, des produits de luxe, des services, des hôtels, de la mode, des transports en hélicoptère et en jet privé, des hommes...
    C'est sa fonction rituelle. Elle est l'interface entre le fidèle et le sacré. Entre le consommateur et la Consommation.
    Comme, jadis, le Roi dont parle Sartre dans Saint Genet comédien et martyr : « Il mange avec une générosité inlassable. » Et la foule est admise à le regarder bâfrer.
    Le Roi, Paris Hilton, tout du même. Ceux qui détruisent devant nous les produits que nous créons, et que nous admirons pour ça.
    Appartenir à cette catégorie privilégiée n'est pas à la portée de n'importe qui. Il faut deux critères pour y être admis. (En tout cas si on en croit Sartre.)
    D'abord être . Issu d'une lignée qui a formé le goût de l'aliment ou du luxe (les Bourbons, les Hilton).
    Ensuite, avoir le droit divin de consommer. C'est-à-dire être désigné. S'il est évident que c'était par Dieu jadis, quand on se trouvait dans une société théocratique, de nos jours, en démocratie, ce sont les médias qui donnent l'onction.
    Cependant c'est en même temps aussi un peu plus compliqué que ça. Paris Hilton n'est pas seulement une prêtresse. Elle est aussi un produit sacré, incarnant la Consommation, je l'ai dit, donc pourvue de Sa présence réelle. Une hostie, consommée par ses admirateurs.
    Et, donc, bientôt absorbée, détruite.
    Mais il y en aura d'autres après... Elles attendent déjà.

    (Publié aussi dans Blogres .)


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  • Maillot suisseEurofoot encore. C'est fini et bien fini, certes. Mais il me reste quelques questions, pour avoir observé tous ces fans de foot, tous ces adultes enroulés dans des drapeaux, portant le maillot de leur équipe, roulant dans des voitures qui arborent les emblèmes d'un pays. Le phénomène était d'une telle ampleur qu'il y avait de quoi s'interroger.

    Un retour au nationalisme ? Evidemment non. Ce n'étaient pas les vertus d'un pays que proclamaient tous ces gens, c'était leur identité. Identité dans le sens identique, et pas singulier.

    C'est que, dans cette société post-moderne qui impose l'individualisme, qui détruit le lien social, qui impose à cause du marché une masse d'éléments constitutifs à chacun, liés à ce qu'il croit être ses goûts et sa personnalité, et qui sont en fait les caractéristiques du consommateur qu'il est et que le marché suscite, il est impossible désormais que les gens se sentent liés profondément, qu'ils considèrent qu'ils appartiennent à un groupe homogène avec sa culture propre, comme c'était le cas jadis. (« Jadis » que d'ailleurs je ne regrette aucunement, croyez-moi !)

    Aussi, perdus dans une masse de ces caractères qui les constituent hétérogènes, différents malgré eux, isolés, et ayant la nostalgie du lien, les supporters de foot sélectionnent une caractéristique simple dans l'ensemble de ce qui les constitue. Une origine, un drapeau, une nostalgie ou un exotisme. Ils retrouvent grâce à ça la fusion, le lien social, l'agglomération. Rassemblement, essai de transe, vibration commune, sentiment d'être fondu dans un groupe symbolisé par l'équipe.

    Un petit moment collectif. Et le lendemain, on retourne à son gentil rôle d'individu consommateur !


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