• Le Blog littéraire de Philippe Renaud

    Un nouveau blog littéraire dans le paysage du web ! Celui-ci est assez remarquable pour qu'on le signale.

     

    D'abord à cause de la personnalité de son auteur. Philippe Renaud est bien connu de ceux qui s'intéressent à la littérature romande. Il l'a enseignée à l'université de Genève pendant des années, a écrit de nombreux articles et livres consacrés à des auteurs de chez nous et d'ailleurs - notamment un magistral Ramuz ou L’intensité d’en bas, paru à Lausanne, aux éditions de l’Aire, en 1986. Son activité d'écrivain englobe aussi un « roman-feuilleton pataphysique » ( Marcel Duchamp ou Les Mystères de la Porte, paru à Genève, aux éditions coaltar, en 2012) et de la fiction (Sept Histoires à rebrousse-poil, Vevey, éditions de l’Aire, 2013). Les curieux pourront voir les recensions que j'ai faites sur ces deux livres ici et ici.

     

    Deuxième raison de s'intéresser à ce nouveau blog littéraire: son originalité par rapport aux autres. Plutôt que suivre l'actualité à coups de nombreuses publications, Philippe Renaud a choisi un rythme mensuel et se propose de faire une exploration attentive et approfondie des livres auxquels il s'intéresse. Établissant un dialogue avec son lecteur, il déploie dans ses analyses une parole érudite, imagée et libre, si on en juge par sa première publication, qui examine les deux livres de Marina Salzmann.

     

    « Je vous propose, y écrit-il, une excursion dans des régions encore peu explorées par la critique de cette œuvre si originale; mon propre parcours, qui s’inspire un peu de celui des nouvelles, laisse de côté certains aspects des deux ouvrages. S’il est nettement plus long qu’un article de journal, c’est à cause des, ou plutôt grâce aux richesses que l’on découvre à chaque pas... »

     

    On trouvera la suite en suivant le lien suivant : Le Blog littéraire de Philippe Renaud

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

    Le grand projet de Nicolas KisslingUn des intérêts du Grand Projet de Nicolas Kissling, c'est que le roman évoque l'immigration des années 50, c'est-à-dire la rudesse de la condition de saisonnier, un milieu de solidarité mais aussi de trahison et de pressions….

     

    A cette période, des trains entiers de jeunes Italiens débarquaient en Suisse pour construire les barrages et les maisons. Peu formés, confinés, ils se retrouvaient dans un univers bien différent de celui de leurs rêves, et essayaient de s'organiser pour vivre entre eux, ou encore de s'intégrer.

     

    C'est ce monde que découvre Antoine, le narrateur, secondo, graphiste genevois. Il déteste son père italien, mort quand il était tout petit, et qui avait la réputation d'être un mauvais mari, un coureur de jupon. Tout son amour filial va vers son beau-père, Marc, qui l'a élevé. Mais la mort de sa mère va changer la donne.

     

    Grâce à sa sœur, Antoine découvre la jeunesse de ce père biologique. Ivo Castelli est venu de Bergame, en 1947. Cet Ivo a gagné à la loterie. Ou plutôt, il a découvert un trésor. Un vrai. Dans une maison destinée à être noyée au fond du barrage qu'il construit.

     

    Ce qu'il va en faire est généreux. Mais il est dès lors obligé de mener une double vie, qu'on va découvrir peu à peu dans le livre. En même temps qu'Antoine décrit son existence dans un langage très oral, on suit le basculement de ses croyances et on découvre le passé de son père.

     

    Ces passages alternent avec d'autres, écrits de façon plus neutre, qui racontent l'arrivée du père et la constitution de son « grand projet » solidaire. Sorte de Robin des bois idéaliste, Ivo prend des risques, accepte l'anonymat et le manque de reconnaissance – jusqu'à ce que son fils, un demi-siècle plus tard, lui rende justice.

     

    Structurant ces éléments et ces découvertes, le roman est construit avec du suspense. Il y a même, comme dans tout bon roman à intrigue, une surprise finale.

     

     

     

    Nicolas Kissling, Le grand Projet, Editions de l'Aire

     


    votre commentaire
  •   Jacques Chessex, CarabasÀ lire Carabas, que viennent de rééditer les Editions de L'Aire, un lecteur comme moi se prend à regretter que Jacques Chessex ait reçu le Goncourt pour son livre suivant. Ce prix l'a en effet conduit à changer de trajectoire et a modelé sa vie et son écriture.

     

    Depuis lors, il s'est consacré à la production de romans post-naturalistes peu inventifs et inégaux, aux tentatives de domination du milieu littéraire, et à l'auto-statufication… C'est un moment que j'ai peu aimé. Il a fallu les derniers livres, parus, disons, après 2000 (Les Têtes, Le Dernier Crâne de M. de Sade, Un Juif pour l'exemple…) pour que je revienne à lui.

     

    Alors que Carabas… 

     

    Le texte fait partie de ce qu'on pourrait appeler la deuxième période de Chessex. Il y a eu d'abord de courts récits ramassés (La Confession du pasteur Burg...), sous l'influence de Paulhan qui était à l'époque le pape de la NRF.

     

    Puis est venu Le Portrait des Vaudois, influencé par Le Portrait des Valaisans de son ami Chappaz, qui a dé-corseté son écriture, laquelle éclot magnifiquement dans Carabas. Un texte baroque, une confession, un étalage du moi puissant et jouissif.

     

    Il y a de tout là-dedans : de l'alcool (beaucoup), du sexe (pas mal), de la bagarre, des amitiés littéraires, des mariages… Tout ce que l'auteur de trente-six ans a vécu - et il l'a vécu sur le mode de la frénésie. Les chapitres se succèdent, thématiques, qui parlent avec brio de la moustache de l'auteur, de la première fois qu'il a trompé sa femme, d'une pharmacienne masochiste, etc. dans un décousu qui construit peu à peu une autobiographie complète. Une énergie, une vitalité animent cette écriture pulsée, gargantuesque, libre.

     

    Jacques Chessex, Carabas, Éditions de L'Aire

     

     

     


    votre commentaire
  • Arnaud Maret, RusalkaArnaud Maret sait mener un récit. Ses livres (deux jusqu'à présent) s'inscrivent dans la catégorie des page turner. Ils forment le début d'une série : on retrouve dans Rusalka, qui vient de paraître, un personnage des Ecumes noires, son premier roman publié il y a quelques années chez le même éditeur (L'Aire).

     

    À quoi tient cette technique que Maret maîtrise ? La gestion des informations tout d'abord.

     

    Le prologue, déjà, pose des énigmes et retient leur explication. Il met en scène Julien Kelsen (le héros du précédent livre) et crée quelques mystères. Kelsen se remémore que la jeune femme avec laquelle il va travailler est... « Non, mieux valait essayer de ne pas y penser... » Plus loin, il se souvient que « vingt-trois ans avaient passé ». Depuis quoi ? Réponse cent ou deux cents pages plus loin...

     

    Cette manière de retenir les informations se retrouve dans la mise en scène des événements. La découverte du corps, par exemple. Car évidemment, il y a un corps, déchiqueté, mordu (serait-ce un loup ? On est en Valais), nu, vieux, qui serre une photo passée d'un jeune couple devant une église (Saint-Nicolas, dans le quartier de Mala Strana à Prague, mais on ne le saura bien entendu que plus tard.)

     

    Arnaud Maret, RusalkaMaret, avant de nous montrer le cadavre, suit le policier Valérien de Roten, 27 ans, de Sion, qui présente sa fiancée à ses parents. (Eléonore von Allmen, historienne chargée de cours à l'Université de Fribourg). Puis le flic est prévenu. Mais c'est dix-huit pages plus tard, après une approche bien décrite, qu'il voit le cadavre.

     

    Autre force de Maret : les ambiances liées au lieu. Le barrage de Mauvoisin, en Valais. Fribourg. Prague : on se balade.

     

    Et enfin, comme dans Les Ecumes noires : il s'agit d'Histoire. La petite histoire policière (cadavre inconnu, fiancée qui disparaît, voyage transgressif du policier, rencontre avec Kelsen, etc.) recouvre ici un fait divers qui éclaire un moment fort de l'Europe : l'écrasement du Printemps de Prague, le pouvoir de la police secrète, les conséquences sur des générations entières...

     

    Récit dont on a, comme il se doit, envie de tourner les pages. L'écriture (phrases courtes, descriptives, souvent nominales, vocabulaire accessible) ne gêne en rien ce désir. Et d'autant plus que Maret, depuis son dernier opus, a appris à maîtriser la longueur de ses descriptions : juste assez présentes pour créer une atmosphère, pas trop afin de ne pas lasser.

     



     

    Arnaud Maret, Rusalka, Editions de l'Aire

     



     


    votre commentaire
  •   Martin Amis, La Zone d'intérêtIl m'est arrivé ces derniers jours quelque chose qui se passait souvent quand j'avais dix-sept, vingt-trois, vingt-cinq ans. Vous savez, quand vous êtes plongé dans un livre, que chaque obligation de le quitter est un arrachement, quand on bâcle tout pour retourner le plus vite possible se livrer au vice coupable.

     

    Le roman s'appelle « La Zone d'intérêt », et il est de Martin Amis. Prix du meilleur livre étranger en 2015. Un « marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire », dit le quatrième de couverture.

     

    D'où polémique: triomphe anglo-saxon; mais en France, Gallimard refuse le livre, et certains hurlent au scandale. (Voir sur le net.) J'ai une (courte) explication à ces tumultes: l'humour d'Amis est très particulier.

     

    Comme on l'aura compris, le roman se passe dans un camp de concentration: le Kat Zet I en Pologne, dans les années 1942, 1943, avec un final après la guerre.

     

    Le reste ? Dans le livre.

     

    Martin Amis, La Zone d'intérêt, Le livre de poche

     


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires