
Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
DERNIERES PARUTIONS
Depuis le 14-09-2006 :
2841027 visiteurs
Depuis le début du mois :
48066 visiteurs
Billets :
903 billets
Un grand modèle plane sur les Mémoires d'Outre-Tombe: Rousseau et ses Confessions. Les références abondent. Chateaubriand voit Mme d'Houdetot et Saint-Lambert, il visite des endroits décrits par Rousseau, et à chaque fois, il évoque, il cite, il explique. En ce qui concerne le chant de la langue et la position romantique, la filiation est évidente... Tout naturellement, quand il retrace ses premières tentatives d'écrire ses mémoires, c'est à Jean-Jacques qu'il se réfère, mais pour s'en distancer.
Lui ne veut pas tout dire. Il ne gardera que ce qui est convenable à sa dignité d'homme et à l'élévation de son cœur. « Ce n'est pas, qu'au fond, j'aie rien à cacher; je n'ai ni fait chasser une servante pour un ruban volé, ni abandonné mon ami mourant dans une rue, ni déshonoré une femme qui m'a recueilli, ni mis mes bâtards aux Enfants-Trouvés; mais j'ai eu mes faiblesses, mes abattements de coeur... »
L'aristocratique Vicomte a une conduite moins trouble que le plébéien genevois. Surtout, ils n'ont ni les mêmes valeurs ni les mêmes buts.
Chateaubriand tend à défendre la religion, moraliser ses lecteurs. Il glisse donc avec majesté sur ses « faiblesses », par exemple les aventures nombreuses que ce grand séducteur a vécues, trompant sa femme avec des maîtresses officielles, et celles-ci avec d'autres plus occasionnelles. Peu importe en soi, évidemment. On s'en fiche, ou au pire on admire. Seulement, pour un défenseur de l'Eglise, la chose est bien entendu de quelque conséquence.
Une autre atténuation amusante, c'est celle de son caractère colérique. Il se représente partout complètement irénique, détaché, surplombant le monde et ses petits tracas. Les extraits qu'il cite du journal tenu par Julien, son valet et compagnon dans le voyage vers Jérusalem le montrent au contraire emporté, irascible, bilieux...
C'est que Chateaubriand, nourri par l'admiration générale, couvert de gloire, s'occupe de polir un peu sa statue. Se sentant au contraire méprisé par les autres, se croyant persécuté, Rousseau est comme un animal blessé qui montre sa faiblesse, offre sa gorge pour qu'on ne l'achève pas. Il veut se justifier devant les hommes, montrer le fond de sa nature, il doit donc tout dire.
Mais surtout, si Chateaubriand attaque Rousseau, c'est parce que, en littérature comme partout, il est nécessaire de tuer le père pour qu'il ne nous écrase pas complètement.
Publié par Alain Bagnoud à 11:35:53 dans Chateaubriand | Commentaires (0) | Permaliens
Comme un lundi...
Publié par Alain Bagnoud à 09:48:56 dans Chansons | Commentaires (0) | Permaliens
On reparle beaucoup du Marquis de Sade, dans ces régions, à cause du dernier livre de Jacques Chessex, Le dernier crâne de M. de Sade, que l'on trouve en piles dans toutes les librairies, sous cellophane publicitaire, et qui se vend avec abondance.
C'est le cas où deux écrivains se soutiennent mutuellement. La notoriété actuelle de Chessex, celle de Sade se réunissent et se conjuguent. Deux écrivains, car Sade, seigneur arrogant et libertin impie qui a donné un nom commun à la langue française, était surtout un auteur, qui se voulait tel, et qui avait deux faces.
Il a publié pendant la Révolution des oeuvres officielles signées et des oeuvres anonymes et clandestines, bien plus intéressantes que les autres. Je n'avais pas pensé grand bien des Crimes de l'amour. J'ai trouvé magnétique Les Infortunes de la vertu, première version (1787) de Justine ou les Malheurs de la vertu. Ce livre, écrit quand il était encore en prison sous la royauté, lui a valu la prison sous la Révolution puis l'enfermement chez les fous.
Parce qu'il est obscène, mais surtout subversif. La pauvre Justine veut faire le bien et ne récolte que tourments et malheurs alors que les méchants sont récompensés. Des dissertations rousseauistes démontrent que le mal est dans la nature et qu'il lui est indifférent. Zadig de Voltaire est cité pour prouver qu'il n'est pas de mal dont il ne naisse un bien.
Toute la machinerie fantasmatique est assez voilée dans Les Infortunes. Les pratiques elles-mêmes sont éludées, signalées simplement, paraphrasées, mais pas décrites explicitement comme le marquis s'acharnera à le faire au fur et à mesure des versions successives qui dilateront le texte. Le texte se construit sur des oppositions. Entre vertus publiques et vices privés, entre le désordre de la débauche et l'ordre des endroits où elle se pratique, maisons bourgeoises ou, emblématiquement, couvent réglé parfaitement, avec une minutie et une organisation qui accusent ce qu'on y fait.
C'est une question de mise en scène, mais aussi une démarche artistique. Il y a une figure de style qu'on peut accoler à cette esthétique, et c'est elle qui donne à la prose de Sade cette flamboyance: c'est l'oxymore.
Jacques Chessex, Le dernier crâne de M. de Sade, Grasset
Sade, Les Infortunes de la vertu, GF
Publié aussi dans Blogres.
Publié par Alain Bagnoud à 09:59:01 dans Auteurs | Commentaires (4) | Permaliens

Le Caravage devait intéresser Dominique Fernandez. Il a quelques traits communs avec l'autre grande figure tutélaire de l'écrivain: Pier Paolo Pasolini, dont l'histoire nourrit Dans la main de l'ange, Prix Goncourt 1982. Tous deux sont artistes en rupture, provocateurs, marginaux-né, homosexuels, tous deux sont morts sur une plage, l'un assassiné par un gigolo, l'autre on ne sait pas.
On ne sait pas grand chose du Caravage, d'ailleurs. Dominique Fernandez invente donc sa vie en utilisant une érudition bien amenée. Ça prend d'abord bien. Restitution d'une époque, enjeux politiques et culturels, questions de peinture.Mais au milieu du livre (j'en ai lu quand même 300 pages sur les 650), j'ai abandonné, lassé. D'abord parce que Fernandez, voulant établir un contraste savoureux avec les gloses savantes citées dans le livre, n'explique les tableaux du Caravage que par rapport à ses ébats amoureux, chaque toile révélant un épisode de sa sexualité. Pour expliquer l'expression d'un visage ou la raison d'un vêtement, il phantasme une scène intime. Une jalousie de l'amant a fourni l'expression de la tête de Méduse. Un drap de lit taché de sperme est le vêtement de Bacchus. Le garçon qui épluche une pomme n'a pas de boutons à sa chemise parce que Le Caravage les a arrachés dans la fureur des transports qui ont précédé la peinture. Etc.
D'autre part, ce peintre dont il annonce une vie de scandales et d'aventures, devient sous sa plume tout à fait pépère. Il a des amants plus jeunes que lui avec lesquels il entretient de longues relations matrimoniales. Mais l'interdit de l'homosexualité, le clandestin de la chose, le danger, qui excitent beaucoup Dominique Fernandez, ne m'ont pas tenu autant en haleine qu'il le voudrait.
Mais il est vrai que ça peut encore s'animer dans les 350 pages qui suivent...
Dominique Fernandez, La course à l'abîme, Grasset, 2002
Publié par Alain Bagnoud à 13:19:52 dans Pas fini | Commentaires (0) | Permaliens
Le poète Jacques Tornay (voir ici, ici et ici) rend hommage sur ce blog à son ami Vital Bender, poète décédé en 2002 (voir ici, ici et ici). Ci-dessous, la première partie de son texte:
Vital Bender, je l'ai rencontré une première fois à l'automne 1988, lors d'une assemblée générale de l'Association valaisanne des écrivains, qui lui avait décerné son prix annuel. Il était déjà un peu connu grâce à ses deux premiers livres de poésie : Lettre à Jeanne, suivie de Sommeil levant et L'instant indompté. Il suffisait d'ouvrir l'un de ces recueils au hasard et d'en lire deux ou trois vers pour se rendre compte que l'on avait affaire à un poète à part, d'une fibre jusqu'alors inconnue en Valais.
Au repas qui suivit, chacun était censé payer son dû. Vital fila à l'anglaise sans bourse délier avec un ami qu'il avait invité à notre table pour la circonstance. Ils sont partis ensemble faire la bringue avec les cinq cents francs du prix. Quelques-uns, dont Ronald Fornerod et moi, étions plutôt amusés de cette resquille, sans trop le montrer car l'indignation prévalait.
Ce fameux samedi j'assistais à une extravagance typique du personnage. Beaucoup d'autres suivront. Si l'on recueillait auprès des témoins ses farces et fantaisies on aurait une impressionnante série d'anecdotes hors pair.
Vital était un champion du canular. Je l'interviewais dans le cadre d'une émission littéraire que j'animais sur Radio-Martigny. Après une demi-heure avait lieu un concours sous forme de quizz au terme duquel on distribuait des livres selon le nombre de réponses justes. Vital : «Bravo, Madame, vous avez gagné une allumette brisée, que je casse ici, en direct, exprès pour vous». Et de joindre le geste à la parole à deux centimètres du micro.
Ce soir-là, il désirait entendre sur les ondes la chanson Seul de Jacques Brel, artiste auquel il vouait une admiration inconditionnelle. Ce n'est donc pas un hasard si au terme du service religieux, dans l'église archicomble de Fully où il reposait, on diffusa Quand on n'a que l'amour, composition du chanteur belge. Rarement j'ai éprouvé une émotion aussi intense en pareille occasion.
Jacques Tornay
Publié par Alain Bagnoud à 09:38:35 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| 22| 23| 24| 25| 26| 27| 28| 29| 30| 31| 32| 33| 34| 35| 36| 37| 38| 39| 40| 41| 42| 43| 44| 45| 46| 47| 48| 49| 50| 51| 52| 53| 54| 55| 56| 57| 58| 59| 60| 61| 62| 63| 64| 65| 66| 67| 68| 69| 70| 71| 72| 73| 74| 75| 76| 77| 78| 79| 80| 81| 82| 83| 84| 85| 86| 87| 88| 89| 90| 91| 92| 93| 94| 95| 96| 97| 98| 99| 100| 101| 102| 103| 104| 105| 106| 107| 108| 109| 110| 111| 112| 113| 114| 115| 116| 117| 118| 119| 120| 121| 122| 123| 124| 125| 126| 127| 128| 129| 130| 131| 132| 133| 134| 135| 136| 137| 138| 139| 140| 141| 142| 143| 144| 145| 146| 147| 148| 149| 150| 151| 152| 153| 154| 155| 156| 157| 158| 159| 160| 161| 162| 163| 164| 165| 166| 167| 168| 169| 170| 171| 172| 173| 174| 175| 176| 177| 178| >>
Commentaires