• DiderotEn lisant les Confessions, et plus particulièrement les pages qui tournent autour de Madame d'Epinay, on se rend compte que si Diderot était indiscret, brouillon, dirigiste, certain de ses valeurs qu'il convenait d'imposer à tous et à Jean-Jacques, ce dernier a fait son malheur par son caractère méfiant et son idéalisme.

    Il voyait l'amitié comme un réservoir de vertus. Quel choc pour lui de constater que les amis sont tracassiers parfois, cancaniers toujours, médisants, intrigueurs, prêts à faire votre bonheur malgré vous et à vous expédier où vous n'avez ni intention ni goût d'aller. Qu'ils se régalent des intrigues et des commérages, trouvent leur bonheur à troubler les unes et propager les autres.

    Le naïf et infantile Jean-Jacques n'a découvert ça qu'à 45 ans. Et pour son esprit romain et sa pose de Citoyen vertueux et sourcilleux, quel scandale de voir l'homme tel qu'il est et non tel qu'on voudrait qu'il fût!

    Ce que Rousseau ne peut surtout pas comprendre, c'est que dans tout ça, avec tous ces défauts, les amis vous aiment quand même tendrement. Finalement, ils vous considèrent comme une partie d'eux-mêmes, ce qui fait qu'ils vous traitent sans égards particuliers, qu'ils valorisent la partie de vous qui leur ressemble et veulent réformer ce qui se différencie d'eux. Parce qu'ils vous aiment.

    Ainsi Diderot, D'Holbach, ets, se choquent de voir Rousseau à l'Hermitage parce qu'ils aiment Paris et qu'ils veulent que leur ami les y rejoignent. Et pour lui, c'est le début d'un complot!


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  • Quoiqu'on perçoive quelques mécanismes qui le font agir, Les Confessions n'arrivent pas à révéler autant qu'il l'aurait voulu la nature de Jean-Jacques, exposée à travers les événements de sa vie. Son attitude impétueuse et vite découragée, son caractère tendre, timide, ombrageux, son esprit d'escalier sont en faits donnés. Mais qu'est-ce qui les a formés? Qu'est-ce qui a formé aussi, par exemple, son masochisme?

    Il parle des deux fessées que lui a administrées Mlle Lambercier quand il avait dix ans mais d'autres ont subi de tels châtiments sans développer le même goût. De même, tous les persécutés ne confondent pas un groupe d'ennemis puissants avec un complot universel...


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  • Mme de Warens

    Grâce à la biographie d'Anne Noschis, on a eu un aperçu de la vie quotidienne à Vevey au début du XVIIIème siècle, et on a appris que Mme de Warens était agent secret, ce que Rousseau a toujours ignoré. 

    Par contre, il a connu et admis les mœurs libres de maman. Nous avions déjà rencontré quelques-uns des amants de la dame dans les Confessions : quatre avérés et d'autres suggérés. Mais malgré son libertinage, Rousseau affirme qu'elle n'a jamais fait commerce de ses charmes.

    Ce qui est faux, si on en croit Anne Noschis. Mme de Warens aurait pratiqué occasionnellement la galanterie, qui consistait à s'assurer la protection d'un vieux monsieur bien placé en échange de quelques faveurs...D'après Anne Noschis, c'était même sa manière de fonctionner: un notable âgé qui la réconfortait, et un ou deux jeunes pour le plaisir. Elle aurait été, en d'autres termes, entretenue discrètement.

    C'était une solution provisoire à des problèmes de fonds récurrents, dus à sa pension royale qui n'arrivait pas toujours, à sa générosité, à ses entreprises chimériques, à ses affaires incessantes et pas toujours fructueuses...

    Une catholique convertie ! me direz-vous. Quel exemple !

    Mais l'époque semblait assez tolérante. Anne Noschis parle de la complaisance de l'évêque du lieu qui savait fermer les yeux sur les écarts de conduite du clergé, pour autant qu'ils fassent leur travail correctement.

    Décidément, dans ce siècle libertin, il n'y a que le pauvre Rousseau qui ne profite pas de la vie !

     

    Anne Noschis, Madame de WarensEditions de L'Aire


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  • Mme de WarensRévélation d'Anne Noschis sur Madame de Warens, la protectrice veveysanne du jeune Rousseau. Le lecteur de sa biographie apprend quelque chose dont Jean-Jacques ne s'est jamais douté : Françoise-Louise était un agent secret.

    Ça semble romanesque. Ça l'est.

    Mais c'est vrai. Anne Noschis le démontre en citant des lettres et des documents.

    Mme de Warens, donc, après qu'elle a abjuré le protestantisme demande la protection du roi de Sardaigne. On sait qu'elle touche une pension pour son rôle de convertisseuse, puisque, en pleine concurrence féroce entre le catholicisme et le protestantisme, c'est à elle qu'on adresse les réformés qui renoncent à leur religion. Mais elle est également chargée de préparer la conquête du Pays de Vaud par le roi. Il a des ambitions, historiquement fondées, prétend-il, sur la région.

    Comme Vaud est occupé par les Bernois depuis deux siècles, l'arrivée du roi de Sardaigne pourrait être considérée comme une libération. C'est du moins ce que pensent Mme de Warens et ses acolytes. Mais le roi Victor-Amédée abdique en faveur de son fils, dont les ambitions territoriales se portent ailleurs, et c'est la fin du projet.

    Tout ça, y compris voyages, parfois sous une fausse identité, correspondance suivie et crépage de chignons entre agents secrets, se passe sous le nez de Jean-Jacques et pendant les années exactement où il vit avec maman. Il ne s'en doutera jamais.

     

    Anne Noschis, Madame de Warens,  Editions de L'Aire


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  • Mme de Warens

    La biographie de Madame de Warens par Anne Noschis commence par toutes sortes de détails intéressants qui concernent la vie quotidienne à Vevey dans les premières années du XVIIIème siècle.

    On se retrouve avec celle qui est encore Françoise-Louise de la Tour du Pil (née le 31 mars 16991) dans ce qu'Anne Noschis appelle « le deuxième cercle ». Dans le premier, on a tout ce qui touche au pouvoir direct, géré, rappelons-le, par Berne, qui occupe le canton de Vaud depuis 1536 et y place un bailli. Le deuxième est constitué par la petite noblesse vaudoise, tentée par le piétisme, doctrine où la piété personnelle prend le pas sur l'orthodoxie doctrinale. C'est aussi une manière de résister à Berne. Le troisième cercle, c'est le peuple, qui, maltraité partout, se fiche de savoir qui le dirige.

    Le livre de Noschis fourmille de détails sur ce deuxième cercle et sa manière de vivre : comment s'y organise la vie domestique, quels sont les ustensiles de cuisine, les aliments consommés, les menus, comment on s'y habille, ce qu'on y fait, etc.

    Ceci, c'est avant que Françoise-Louise ne quitte Vevey et son mari, ne se réfugie dans les Etats de Savoie, n'abjure le protestantisme et ne rencontre celui qui la rendra mondialement célèbre : Rousseau. On y reviendra.

     

    Anne Noschis, Madame de Warens,  Editions de L'Aire


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