• Je me posais hier matin des questions sur Madame de Warens.

    Le hasard, qui fait parfois bien les choses, s'est déguisé en facteur et a déposé le même jour à midi dans ma boîte aux lettres un livre qui devrait ne laisser aucune zone d'ombre sur le sujet. Une biograhie de Madame de Warens par Anne Noschis, dont le titre est intrigant à souhait: Madame de Warens, éducatrice de Rousseau, espionne, femme d'affaires, libertine.

    Anne Noschis, passionnée d'histoire, fouilleuse d'archives, a écrit des romans historiques sur des femmes inconnues ou méconnues, dit le quatrième de couverture. Ils sont publiés sous le pseudonyme d'Anne Faussigny à L'Age d'Homme. Elle est également l'auteur d'une pièce sur Villon, Moi, François Villon, escholier... jouée au Théâtre de Beausobre, à Morges, en 1995.

    Madame de Warens est sa première biographie. Parue à point, en cette année du trois centième anniversaire de la naissance de Rousseau. Nous en reparlerons. Le temps de lire ces 500 pages.

     

    Anne Noschis, Madame de Warens,  Editions de L'Aire


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  • Chose étonnante: Rousseau qui veut tout dire n’explique pas quelles conditions Madame de Warens lui a fixées avant qu’ils ne couchent ensemble.

    On sait que Jean-Jacques a sept jours pour y réfléchir calmement, qu’il accepte, mais on ne devine pas de quoi il s’agit.

    Il est vrai que ça concernait peut-être l’honneur de quelqu’un d’autre que lui, et que ces « conditions »montreraient peut-être Madame de Warens sous un jour ambigu.

    C’est un des grands problèmes de l’autobiographie: l’image qu’on donne des autres, volontairement ou pas.

    Rousseau ménage peut-être celle qu'il appelait maman. En tout cas dans ce moment-là. Car il est vrai qu'à d'autres moment, notre homme ne s'est pas gêné.


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  • Il est intéressant de voir aussi combien Rousseau, si ombrageux, si attaché à sa liberté, est mené, par d'autres ou par une idée qu'il se fait de lui.

    Même sa grande réforme « romaine » qui le fait quitter sa place de caissier, ses vêtements de cour et se marginaliser, même ce suicide social est une sorte de comédie sincère et exaltée à la fois, liée au succès de ses premiers écrits. Il s'agit de se mettre en conformité avec eux.


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  • Mme de WarensL’ambition de Rousseau étant de montrer en quoi il est différent, on peut s’attacher à ses singularités. Sa relation avec Madame de Warens, par exemple est effectivement peu commune.

    Son amour avec maman n’est pas filial. Il l’aime comme on aime une maîtresse, mais sans les emportements de la passion, même sensuelle.

    Quand ils deviennent amants, c’est raisonnablement, parce qu’elle l’a décidé, parce qu’il est en âge (22 ans si je me souviens biens), toujours puceau, et que quelques agaceries faites par une dame ont laissé craindre à Mme de Warens qu’il allait se faire déniaiser – et donc, peut-être, lui échapper en se fixant sur sa maîtresse.

    Elle l’aime sincèrement. Elle le protège, le nourrit, a de grands projets pour lui. C’est pour le préserver qu’elle se donne à lui.

    Peu sensuelle, dit Rousseau, elle ne voit pas d’autre intérêt au sexe que celui de s’attacher ses amis, renforcer une relation. Sa facilité à prendre des amants vient paradoxalement du fait qu’elle est froide.


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  • Jean-Jacques Rousseau

     L’année Rousseau a donc été lancée officiellement avant-hier. Ce qui nous donne un bon prétexte pour lire ou relire cet auteur genevois.

    Je conseille évidemment Les Confessions, qui est un récit éminemment vivant. Ce livre autobiographique, qui nous fait connaître la vie de Jean-Jacques, a un aspect qui intéressera surtout notre époque. Rousseau est le premier sans doute qui a parlé clairement de sa sexualité.

    Il y avant bien avant lui les romans lestes du XVIIIème, mais ils appartenaient à des catégories convenues qui mènent en droite ligne à ces productions actuelles que sont la pornographie et l’érotisme. Lui, Jean-Jacques a parlé de sa sexualité propre avec ce que celle-ci avait de personnel, de spécifique - et a révélé aussi en passant la vie intime de ceux qui l’entouraient, Mme de Warens, Mme de Larnage, par exemple.

    C’est ça qui choquait si fort Chateaubriand. Lui, grand séducteur pourtant – ce que Rousseau n’était assurément pas – glisse sur ses amours dans ses Mémoires d’outre-tombe, lâche parfois une allusion, garde le plus souvent le silence. Ce n’est pas le cas de Jean-Jacques qui s’attache à tout dire.

    Et pour l’irruption de l’intime, dans la littérature, c’est une irruption explosive. L’auteur ne cache rien. Sur Thérèse: « je n’ai jamais senti la moindre étincelle d’amour pour elle, [...] je n’ai pas plus désiré de la posséder que Mme de Warens et [...] les besoins des sens, que j’ai satisfaits auprès d’elle, ont uniquement été pour moi ceux du sexe, sans avoir rien de propre à l’individu. » Il a tout de même connu l’exaltation charnelle grâce à Mme de Larnage, qui avait vingt ans de plus que lui, et était mère d’une fillette de quinze ans, dont elle lui avait promis qu’il serait fort caressé. Ce qui plongeait Jean-Jacques, qui en avait 26, dans des rêveries délicieuses et coupables...

    Plus choquant, on apprend tout sur son masochisme, son exhibitionnisme, son goût du plaisir solitaire. Ce qui est surtout moderne dans cet étalement, c’est qu’en bon analyste, Rousseau, après avoir dévoilé ses goûts, tente de remonter à leur source.

    Mlle Lambercier, sœur du pasteur chez qui il était en pension enfant, serait ainsi à l’origine de son attirance pour un amusement qu’il a pratiqué seulement avec la petite Goton de la rue de Coutance, faute d’oser le demander à ses autres partenaires, parce qu’il était trop honteux pour le faire. La fessée. C’est ainsi qu’elle l’a puni à deux reprises. Voici la cause et voici l’effet.

    L'explication a le mérite d'exister. Mais on ne peut s'empêcher de penser que tous les enfants de l'époque se faisaient fouetter. Pourtant ils ne développaient pas systématiquement cette envie qu’avait Jean-Jacques d'être aux genoux d'une maîtresse impérieuse, d'en recevoir des ordres, d'obéir avec délices...


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