• Quand l'armée japonaise a envahi Nankin, la capitale de la Chine continentale, en 1937, il s'esMo Haydert passé des choses effrayantes et abominables. La perte de toutes règles et de tout repère. Un mois de fureur, de déchaînement, de viols, de tortures, de meurtres systématiques commis avec une variété de procédés qui rendent hommage à l'imagination humaine. 300'000 cadavres civils.
    Une jeune Anglaise, obsédée par ce fait historique d'ailleurs mal établi, et plus particulièrement par une scène atroce qui est censée avoir eu lieu à Nankin, débarque en 1990 à Tokyo pour retrouver un film sur le sujet, dont elle a entendu parler.
    Grey est folle, ou du moins on la tient comme telle. Elle est en tout cas imprévoyante. Elle se retrouve sans ressources dans la ville, s'attache à Jason, un jeune Américain ambigu qui la fait entrer dans un bar à hôtesses privé où elle rencontre des personnages bizarres : un vieil yakuza cruel et malade, sa nurse, une géante impitoyable... Le vénérable universitaire qui détient le film que Grey convoite passe un marché avec elle : elle doit lui fournir quelque chose que possède le yakuza si elle veut avoir accès aux images.
    Un milieu que Mo Hayder  (née en 1962) connaît bien si l'on en croit Wikipédia : « À 26 ans, après dix années de vie mouvementée sur fond de « sexe, drogue et rock'n'roll », elle décide, un aller simple en poche, de s'envoler pour l'empire du Soleil-Levant. Une fois arrivée à Tokyo, c'est la désillusion. Mo Hayder mène une existence austère, vit dans une seule pièce et n'en sort que pour aller travailler. Elle y exerce les métiers de barmaid, éducatrice et enfin professeur d'anglais... »
    Tokyo est un thriller. Passé et présent qui font résonance, implication de tout dans la vie de personnages bien typés, coïncidences heureuses, impression que derrière le désordre apparent de l'existence, il y a une organisation cachée, inquiétante, un secret fondamental qui doit être révélé. Puis la fin est apaisée, même si elle reste pessimiste...
    Tokyo a reçu le grand prix littéraire des lectrices de ELLE en 2006 et le prix SNCF du polar européen. C'est un livre qui est fait pour que le lecteur soit capturé et dévore l'histoire d'un trait, avide de mettre au jour la trame esquissée derrière l'éclatement des faits.
    Et ça fonctionne très bien. 


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  • Ça se passe après, juste après que le mur de Berlin soit tombé. En 1992. La brigade criminelle de la ville enquête sur un infanticide.
    Comme vous le savez, l'originalité dans un roman policier moderne consiste à créer des flics qui ne ressemblent pas à l'idée qu'on se fait de cette profession. Donc, ici, un d'entre eux est un homosexuel qui sent le bouc parce qu'il passe sa nuit à baiser avec un noir, une est lesbienne et vit avec une femme sculpteur atteinte de la sclérose en plaques, la chef est très liée avec une association de prostituées confrontées à la concurrence des filles de l'est soutenues par des maquereaux à l'ancienne, violents et hyper-machos...
    Il y a des trafics d'organes, des organisations clandestines d'anciens agents de la Stasi, des groupuscules d'extrême droite, l'histoire et le passé qui remontent dans une valse de scènes éclatées qui se suivent, se superposent comme les pièces d'un puzzle, et le lecteur a parfois de la peine à suivre, emporté dans un tourbillon rapide qui le ballote un peu de tous les côtés.
    Comme la vie à Berlin, comme la ville de Berlin, peut-être.

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  • Les oiseaux de nuit, par Hopper, Art institute, Chicago

    Ce qui m'a accroché dans ce gros livre (près de 500 pages dans la collection Points), c'est la minutie de l'enquête, la description précise de son déroulement qui commence par ce qui semble une overdose de junkie dans une canalisations d'écoulement d'eaux de pluie à Hollywood, et qui se déploie petit à petit, englobant toujours plus de gens, d'époques et de lieux, pour se terminer par la classique trahison de la partenaire-équipière-maîtresse-consolatrice du flic. Nécessairement, la femme perfide est la personne qui tire les ficelles. On connaît ça depuis Hammet et c'est un peu faible.
    Mais le reste captive. Le policier s'appelle Hieronymus  Bosch. Une première référence à la peinture. Une autre est la présence d'une toile d'Edward Hopper, Oiseaux de nuits.
    Harry (on l'appelle comme ça, bien sûr - figurez-vous : Hieronymus...) est un ancien rat de tunnel du Vietnam. Il devait pénétrer dans les galeries occupées par les Vietcongs et les nettoyer.
    Manque de pot pour les méchants, le junkie mort était un de ses anciens camarades. Il examine attentivement le cas, conclut que ce n'est pas un suicide, et c'est parti pour un large déploiement où on trouve des tunnels creusés sous des banques, des pourris du FBI, une manipulatrice qui veut venger son frère, des anciens dignitaires du Vietnam du Sud qui prenaient leur part sur tout ce qui se passait à Saigon en fait de filles, drogues, jeu, et qui sont arrivés aux USA avec des kilos de diamants...
    Michael Conelly a été longtemps chroniqueur judiciaire au Los Angeles Times. Manifestement, il sait ce qu'est une enquête et également comment on peut être efficace quand on écrit un polar. Celui-ci a eu le Prix Calibre 38 en France et l'Edgar Awards aux USA.


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  • C'est un polar. Donc avec des morts. Des tas de morts inexplicables autour d'Alban Le Gall, nouveau manager du groupe de rock Last Exit to Brest. Tout tourne autour de ce groupe plutôt ringard mais dont les membres se raccrochent au rock comme à une Groupes rock de Brest, années 80-90dernière raison de vivre. Quelqu'un de leur entourage, un petit roquet, a malheureusement mis la main sur des sacs d'argent volés par la pègre locale dans des distributeurs automatiques. Et les ennuis commencent.
    Alban Le Gall raconte l'histoire en y insérant des articles de journaux mystérieux. Ça s'éclairera ensuite.
    Un type paradoxal, Alban Le Gall. Vous connaissez le principe de ces héros de polars. Ne pas être comme on s'attendrait qu'ils soient. Lui : un physique d'armoire à glace qui glace le sang. Videur dans les boîtes de nuit. S'occupe de sécurité privée. Secrètement homosexuel, sentimental et poète. Qui travaille jusqu'à sa mort (à la fin du livre) à un recueil de vers appelé Le Sansonnet armoricain.
    Dont voici le début d'un poème :
    Le rocker brestois,
    Je sais, l'expression
    Peut prêter à rire,
    Le rocker brestois,
    Il a la spirale de l'échec topographiquement entortillée dans les gènes
    Il a la justification de l'alcool sous ciel plombé à portée d'âme
    Et les miroitements bleus de la rade comme un souffle d'air greffé aux bronches les jours de nostalgies solaires...
    On aimerait bien être de temps à autre rocker brestois, pas vrai ?


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  • Le vieux Mr Paradise, ex-avocat et très riche, fait venir chez lui des filles. Vêtues en pompom-girls, qui se trémoussent de chaque côté de la télé, pendant qu'il regarde les matchs enregistrés de son équipe préférée. Ensuite, bon, il fait ce qu'il peut. C'est devenu un oral, Mr Paradise, à son âge.
    Mr ParadiseMais un soir, Mr Paradise offre une des deux filles qui sont là à Montez, son homme de confiance et larbin. Un ancien repris de justice qu'il a aidé à sortir. Le cuisinier aussi, d'ailleurs, entre parenthèses, est un de ses anciens clients. Et, pas de chance, c'est le jour où Mr Paradise reçoit deux balles et la fille qui restait avec lui aussi. Des cambrioleurs qui volent en tout et pour tout une bouteille de vodka.
    L'inspecteur Frank Delsa comprend que quelque chose ne joue pas. Que la fille qui reste essaie de se faire passer pour celle qui est morte. Que ce Montez est louche.
    Et c'est parti. Le scénario est impeccable, la tension palpable, les dialogues et les ambiances rappellent ces séries policières, vous savez, qui mettent en scène des commissariats. Elmore Leonard a aussi une bonne connaissance du milieu judiciaire et une conscience aiguë des rapports noirs/blancs. Le tout fait un très bon cocktail pour passer les heures creuses.

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