• Il a donc dû exister un Paco Ignacio Taibo I, dont j'ignore tout. Pour le II, j'ai regardé ici .
    Où j'ai appris que Paco Ignacio Taibo II (on ne se lasse pas de répéter un si joli nom : Paco Ignacio Taibo II) aurait à peu près introduit le polar au Mexique. Wikipédia révèle aussi qu'en avril 2005, il a écrit un roman avec le sous-commandant Marcos. Des Morts qui dérangent. Un polar social semble-t-il.
    Comme dans La vie même. Taibo y
    invente une ville minière, Santa Ana, au centre-nord du Mexique. Il suppose que sa municipalité est rouge, a l'appui du peuple et s'oppose aux crapules du PRI. Le PRI. Le Parti Révolutionnaire Institutionnel (comme on vous dit !) qui a dirigé le Mexique jusqu'en 2000 et qui est, pour Taibo, le père de tous les maux. Corruption, mainmise absolue, oppression, malversations, etc.
    Donc, Jose Daniel Fierro, un auteur célèbre de polars, est appelé comme chef de la police de Santa Ana après que deux personnes ont été assassinées à ce poste. Il découvre la réalité de la ville et les conflits municipalité/Etat.
    Finalement, après quelques affaires courantes, il y a bien un meurtre. Celui d'une gringa blonde retrouvée nue dans une église. Mais on voit bien que la résolution de l'énigme intéresse moins Taibo que la mise en accusation du système.
    Courts chapitres, détachement un peu désenchanté de la narration, exotisme, personnages attachants, désillusionnés mais décidés à faire leur devoir jusqu'au bout : ça fonctionne bien. Le livre a même reçu le prestigieux Prix Hammett, décerné par l'Association Internationale des Ecrivains de Romans Policiers, en 1987.


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  • Omnibus a republié en volume les chefs-d'œuvre de la collection Un mystère, parue aux Presses de la Cité. Celle avec le petit éléphant sur la couverture. Les amateurs de polars se souviendront.
    Il existe à ma connaissance deux volumes concernant les années cinquante, avec huit romans à chaque fois. Des noms oubliés. On se souvient de Peter Cheyney, Ellery Queen, William Irish, mais pas beaucoup de Bill Ballinger, William Krasner ou Helen Nielsen.
    Là, je viens de lire Choc en retour de Ferguson Findley. Auteur américain né en 1910, m'apprend la notice. Marine pendant la deuxième guerre mondiale. Participe à l'invasion d'Okinawa. Puis travaille dans les relations publiques. Cinq polars entre 50 et 56. On ignore ce qu'il est devenu  ensuite.
    Un jeune flic recherche celui qui a tué son père, flic aussi. Il prend une fausse identité, se transforme, se fond dans la pègre, infiltre un réseau. La description des milieux de la drogue, de la petite société des revendeurs, des bars et des boîtes de nuit, est réaliste. Il y a une violence à fleur de gestes, des dialogues tendus, une ambiance d'époque.
    Ce qui frappe, c'est la liberté dont jouissait (dans le polar en tout cas) la police. Ça défouraille à tout-va, sans états d'âme, et puisque c'est un flic qui tire, il a forcément raison. L'érotisme, lui, est moins relâché. Les personnages sont chauds, mais il y a des ellipses à chaque moment un peu tendu. Du genre : « Ensuite, nous parlâmes de choses tout à fait différentes et, à un certain moment, nous cessâmes complètement de parler. Puis la pendule nous rappela à l'ordre. »
    Pour compenser ces silences par un peu de visuel (voir aussi ici), on trouve ici et là de petites perles de sensualité. Tenez, une scène. Le flic livre de la drogue dans la haute société :« La pièce maîtresse du mobilier rose et or était un immense canapé de trois à quatre mètres de long, surchargé de coussins dorés, et situé directement en face de la porte par laquelle j'étais entré.
    « - Vous avez quelque chose pour moi, monsieur Murphy ? demanda la voix.
    « Je me dirigeai vers le canapé géant et dans l'amoncellement des coussins, découvris la comtesse de Callène.
    « Nonchalamment allongée à plat ventre, sous le faisceau brunissant d'une lampe à rayons ultraviolets, elle n'avait pas un fil sur le corps. Elle pouvait avoir vingt-huit ans et sa peau était lisse et douce à voir et d'un magnifique brun doré, depuis les extrémités de ses orteils en passant par ses fesses rondes et fermes jusqu'à ses épaules, sur lesquelles déferlait une cascade de longs cheveux châtains. Les rayons ultraviolets donnaient à son maquillage une teinte verdâtre.
    « - Excusez cette tenue assez peu conventionnelle, Murphy. Vos épaules sont-elles vraiment aussi larges, ou bien votre veston est-il outrageusement rembourré. Combien pesez-vous ? »
    Pas mal, non ?  

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  •  Un polar à Toulouse. Il y a des maris qui disparaissent, un commissaire qui observe les oiseaux, un inspecteur dont le frère a une pieuvre dans la tête. Un tueur en série, qui est en fait une femme, Proserpine, laquelle comme son nom l'indique (Perséphone) a passablement à voir avec la mythologie.
    C'est ce livre, Une pieuvre dans la tête, qui a fait connaître Pascal Dessaint comme auteur de romans noirs.  Il l'a publié d'abord dans une petite maison d'édition, L'Incertain, en 94. Ça a été repris en 2000 par Rivages/Noir où Dessaint a émigré. Une promotion méritée.
    Dans Une pieuvre..., il fait montre d'une écriture personnelle, maîtrisée, de fantaisie dans les faits et la narration. Certains chapitres par exemple racontés à la première personne du singulier, les autres par un observateur omniscient.
    Et il a un superbe personnage principal. La ville de Toulouse. (On a envie d'y aller...)

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  •  Il me semble qu'il y a, dans les livres d'Ellroy, des tueurs en série plus crédibles que ce poète de Lune sanglante. Celui-ci est un type qui s'est fait violer par deux condisciples au lycée. Ensuite il les hait et les désire tout à la fois. Il érige une sorte de temple scatologique à leur gloire. Un homosexuel non assumé, qui tue des femmes. Qui considère comme une idole une fille du même lycée, auto-proclamée poétesse et cheffe de mouvement, laquelle vivra dans ses rêves d'adolescence les dix-huit années qui suivent.
    Et puis l'intrigue. Ça ne prend pas tout de suite. Ça commence par la scène du viol, puis suit une nuit d'émeutes où le héros policier tue un homme quand il est jeune. On saute dix-sept ans plus tard. Etc. Jusqu'à la fin, où l'ami du héros arrive comme la cavalerie, juste à temps.
    Mais, bon, il y a quand même une énorme force dans ce texte. Ça tient au sens qu'a Lloyd Hopkins de sa mission, ingrate, désespérante. A des univers intimes cloisonnés, liés à la folie. Au nécessaire désir d'innocence. A l'horreur du mal.
    Et à une écriture aussi, ambitieuse, qui cherche à exprimer de la complexité. Une écriture qu'Ellroy a abandonnée par la suite, si j'en juge par mes souvenirs de livres ultérieurs avec ces phrases sujet-verbe-complément. Je ne les pas tous lus jusqu'au bout. Je ne me souviens plus très bien des titres et des histoires.
    Par contre, je me rappelle parfaitement le Dahlia Noir. Et Ma part d'ombre, une autobiographie qui raconte les liens que faits Ellroy entre l'héroïne du Dahlia Noir et sa propre mère, assassinée un soir de fête après un flirt poussé. Deux chefs-d'œuvre !
    Quant aux autres livres de jeunesse qui constituent La trilogie Lloyd Hopkins, on en reparlera.
    A propos, bravo à Jean Winiger qui a réussi à faire sa première connexion avec ce blog (voir ici). Comme quoi on peut arriver à tout, avec de la volonté !

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