• Billy Rags par Ted LewisBilly Rags fait partie du genre des polars documentés. Ceux qui racontent comme une sorte de reportage en caméra-vérité ce qui se passe dans les couloirs des quartiers de haute sécurité pendant les évasions, les préparations de braquage et les attaques de fourgons blindés, ceux qui vont fouiner dans l'enfance des criminels dangereux pour rechercher ces événements déclencheurs qui puissent expliquer leur trajectoire. Enormément d'effets de vérité. Dans les dialogues, les situations, les relations, les descriptions de personnages.
    Le personnage principal de Billy Rags est inspiré par MacVicar, un célèbre ennemi public de l'Angleterre dans les années soixante.
    Billy Rags (Billy la loque) condamné à des dizaines d'années de prison, ne plie pas devant l'administration, défie l'autorité carcérale et veut s'évader. Il y arrive en s'arrangeant pour se mettre à dos le caïd de la prison, qui va expédier ses hommes restés à l'extérieur pour le punir. Traqué, sans le sou, Billy accepte de faire un dernier coup avec de jeunes voyous arrogants et peu professionnels...
    Qu'est-ce qu'on apprend dans ce livre? Que le grand banditisme est beaucoup moins organisé qu'on ne le pense ou qu'on peut le croire en voyant certains films. Que les relations entre les voyous sont au rasoir. La méfiance prédomine. Ils ne peuvent compter sur personne mais sont obligés de confier leur vie à quelqu'un sur une impulsion, en une fraction de seconde, comme un quitte ou double.
    Intéressant, donc, dans son registre, Billy Rags. Mais dans le genre, n'oubliez pas surtout de lire Jean Chauma, qui, lui, a vécu ces situations, et ne s'est pas contenté comme Ted Lewis d'interroger un prisonnier et d'utiliser ses souvenirs...

    Ted Lewis, Billy Rags, Rivages noir


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  • Michael Connelly, La glace noireVoilà ce que c'est que de lire en désordre: dans la dernière aventure où je l'ai suivi, Hyéronimus Bosch devait se glisser clandestinement dans sa maison sur pilotis qui était condamnée par un quelconque service d'hygiène après un tremblement de terre, et était  destinée à la démolition. Dans La glace noire, que je viens de terminer, la maison est encore saine. Bosch y amène la médecin légiste de Los Angeles pour des parties de jambes en l'air après quoi il lui arrache des renseignements qu'il ne devrait pas savoir.

    Ce qui rappelle que, quel que soit le roman dans lequel il apparaît, Bosch est un franc-tireur. Toujours tenu à l'œil par la police des polices qui l'a dégradé, faisant toujours le désespoir de ses chefs à qui il n'obéit que si ça l'arrange, toujours à un doigt de se faire expulser de la police criminelle. Toujours, aussi, en train d'accumuler des résultats qu'il est seul à obtenir grâce à ses intuitions, à son individualisme, à sa méfiance de la hiérarchie et à sa tendance à s'appuyer sur ceux qu'il juge digne de sa confiance.

    Ici, il s'agit d'un flic qui a passé la ligne. Moore était dans la brigade des stups et il semble qu'il ait travaillé à répandre la black ice, une nouvelle drogue-cocktail élaborée au Mexique.

    Moore se suicide au fusil de chasse, mais il a laissé des documents pour Bosch. Celui-ci ne croit pas à la version officielle et va à son habitude tout bouleverser. Pour finalement découvrir une vérité inattendue qui mêle drogue, désir du père, mouches, ambition féminine, tunnels et violence.

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    Michael Connelly, La glace noire, Points policiers


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  • Tony HillermanTony Hillerman est mort dimanche, âgé de 83 ans. Il était célèbre à cause de ses polars qui se passent dans les réserves indiennes, avec deux héros récurrents. Le lieutenant Joe Leaphorn, officier de la police tribale navajo, un homme mûr et détaché. Jim Chee, un jeune enthousiaste qui est aussi apprenti chaman.
    Le monde des Indiens, Hillerman le connaissait bien. Il avait été élevé avec des Séminoles et des Pottawatomies, éduqué dans les écoles indiennes, et notamment, disent les renseignements glanés ici et là, dans l'école Konawa. Non que je sache ce qu'est l'école Konawa, mais ça sonne bien. Exotique. L'école Konawa.
    Enfin, j'en parle comme si j'en étais un spécialiste, mais je n'ai lu que trois de ses livres, réunis en volume par Rivages. La Trilogie Joe Leaphorn, qui réunit La Voie de l'Ennemi (1970), Là où dansent les Morts (1973), Femme qui écoute (1978).
    On y trouve morts, disparitions, assassinats brutaux. Des sorciers indiens interviennent, les événements du passé remontent, une femme aveugle perçoit ce que d'autres ne remarquent pas, un ethnologue  introduit sur le terrain de faux indices pour démontrer sa théorie et est prêt à tuer pour que ça ne se découvre pas...
    il y a
    tout ce qu'il faut pour faire de bons polars : des intrigues, du suspense, de la violence. Et en plus du dépaysement. Ces cérémonies que l'on approche, mais pas de trop près. Ces mœurs étranges, exotiques. Mystère et dépaysement. Plongée ethnologique dans une réserve navajo (avec son enclave zuni et les tensions entre les deux communautés). Mais sans complaisance ni idéalisation.

    Tony Hillerman, La Trilogie Joe Leaphorn, Rivages


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  • Encore un qui nous parle de sa mère. Un héros de polar, je veux dire.
    Nous avons vu ce qu'en faisait Michael Conelly dans Le dernier coyote. Son personnageBayou en Louisiane, Hiéronimus Bosch y découvrait finalement l'assassin de sa mère, une prostituée dont on avait défoncé le crâne et qu'on avait étranglée avec sa ceinture.
    La maman de Dave Robicheaux, le flic de James Lee Burke, s'appelait Mae et avait fui la maison en laissant derrière elle Dave enfant et son mari alcoolique. Puis avait suivi une destinée proche de celle de la mère de Bosch, mais en plus sordide encore. Serveuse dans une boîte de Purple Cane Road, considérée comme une fille facile et vénale, elle avait été assassinée pas très loin de son lieu de travail. 
    Donc, bien des années plus tard, il y a le meurtre d'un petit maquereau nommé Zipper Clum. Et une histoire où se mêlent l'ancien bourreau de l'Etat, assassiné par l'une des deux jumelles dont il aurait abusé quand elles étaient gamines, un tueur à gages, une ancienne star de cinéma, l'épouse de Robicheaux qui a été la maîtresse d'un autre personnage du roman...
    Ça se passe en Louisiane, dans le bayou, où notre héros possède aussi une buvette qui vend du matériel de pêche. C'est âpre, rude, détaillé, complexe, avec des accélérations vertigineuses dans les dialogues et une manière très sereine de poser ses décors. Très fort.

    James Lee Bucke, Purple Cane road, Rivages


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  • L'inspecteur Bosch se penche sur son enfance et sur la mort de sa mère, une prostituée dont on a défoncé le crâne et qu'on a étranglée avec sa ceinture. On n'a jamais retrouvé l'assassin. Hiéronymus Bosch veut résoudre cette affaire.
    Enfin, ce n'est pas exactement par choix. Il y est quasiment obligé. Il vient de s'énerver contre son supérieur, il l'a fait passer par la porte en verre de son bureau. A la suite de cet exploit, on le met en congé d'office, on l'oblige à aller voir une psychologue, de qui dépendra sa réintégration. Une réintégration que Bosch veut absolument, et le plus rapidement possible.

    Elle diagnostique en lui une violence anormale, un stress post-traumatique, elle lui demande de s'interroger sur le sens de sa mission. Du coup ça remonte. La mort de sa mère, jamais élucidée.
    Il rouvre le dossier, découvre que des pièces ont disparu. Retrouve des témoins : l'amie de la morte, une call-girl, un ancien policier qui s'était occupé de l'enquête. Cherche à reconstituer ce qui s'est passé la nuit du meurtre, après une soirée donnée par un jeune loup de la justice, meneur d'une croisade morale contre le vice.
    Du coup, Bosch, combatif, violent, tenace et impulsif, fait irruption dans le monde de la politique, des élections, des leveurs de fonds pour les candidats au sénat. Des gens qui sont devenus très puissants depuis l'affaire, et qui se révèlent de sacrées ordures. Que Bosch terrasse, avant de découvrir, surprise finale, que l'assassin était quelqu'un d'autre.
    Documentation impeccable, enquête minutieuse, procédures reconstituées : tout ce qui fait le charme des romans de Conelly. Avec en plus ce personnage solitaire, décalé, perdu, ultime rejeton d'une race en train de disparaître. Comme le coyote qu'il aperçoit de temps à autre sur les collines de Los Angeles, qui se bat pour survivre dans un monde hostile. Son animal totem.

    Michael Conelly, Le dernier coyote, Seuil Policiers


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