• Hier au théâtre. Une suite de la soirée de samedi chez Daniel et Diana. Daniel cuisine très bien et nous avons bu des vins magnifiques. Notamment un Amarone 97 grandiose, bien charpenté. Un vin de la région du Valpolicella Classico, sur les coteaux de Marano, à l'ouest de la Vénétie. (« La vendange est rigoureusement triée et les grappes sont mises à sécher sur des claies en bois, jusqu'au mois de février (à la façon du vin de paille du Jura). Les vins sont ensuite vinifiés (pressurage et fermentation). L'élevage est effectué dans des barriques de chêne pendant une durée pouvant aller jusqu'à 24 mois » Voir ici.)
    Et là, après l'Amarone, Daniel et Diana nous convainquent d'aller voir Lettre d'amour de Fernando Arrabal le lendemain à 17 heures. Une bonne manière de franchir ce cap du dimanche soir, toujours un peu délicat, en le passant dans le petit écrin rouge du Théâtre des Amis.
    Décor : la scène inclinée recouverte d'un drapeau espagnol parsemé de douilles, au centre un trou dans lequel est assise la mère devant un autel baroque dédié à son fils. Des références au franquisme et à l'histoire personnelle d'Arrabal, né en 32. Son père a été arrêté pour raisons politiques en 36, sur dénonciation de sa femme semble-t-il, condamné à mort, puis sa peine commuée en travaux forcés. Il s'échappe en 41 et disparaît à jamais. Fernando est élevé par sa mère, dans un amour total fusionnel qui efface le père.
    Mais un jour, il découvre l'histoire de ce géniteur emprisonné. C'est un traumatisme ineffaçable. Il ne cesse de s'interroger sur sa mère et de rechercher le disparu (voir son site http://www.arrabal.org/).
    Ces éléments composent Lettre d'amour. C'est très prenant. Lucide, violent, presque effrayant. La force du texte, bien sûr, mais aussi la simplicité du dispositif scénique, l'impressionnante Lise Ramu qui incarne la mère et la musique de José Barrense-Dias qui joue de la guitare et tient par fragments le rôle du fils.
    (Jusqu'au 7 février. Place du temple 8 - 1227 Carouge Tél.: 022 342 28 74)


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  • Soirée théâtre hier, à La Traverse (50 rue de Berne, Genève). La révolte est une pièce de Villiers de l'Isle-Adam qui avait été créée au Vaudeville à Paris en 1870. Elle était tombée au bout de cinq jours. A cause du sujet ?
    Un huis-clos entre deux personnages, mari et femme. Il est banquier, elle est devenue sa caissière. Ce soir-là, elle déclare qu'elle veut le quitter, révoltée par tout ce qu'il représente et par l'échec de sa propre vie. Ils échangent des répliques sans communiquer. On a des conflits bien marqués. Réalisme/romantisme. Rêve/réalité. Ordre paternalisme/libération de la femme. Une situation à la Ibsen, ou à la Strindberg.  L'épouse part donc pour vivre, respirer, mais revient quelques heures plus tard, résignée : il est trop tard, tout est mort en elle.
    Le Théâtre Versus a repris ce texte en l'allégeant, lui a donné une seconde partie : la même situation mais placée de nos jours. Une réécriture du texte de Villiers intéressante, qui insiste sur l'argent et les questions qu'il pose.
    Suit un débat pour ceux qui aiment ça. Il dure parfois, paraît-il, jusqu'au petit matin. C'est du théâtre engagé. Du théâtre off. Peu de moyens, un décor minimal mais une volonté d'en découdre.
    On ne regrette pas sa soirée. Jean-Claude Blanc à la mise en scène a pris le parti du comique et du décalage. On rit beaucoup. On réfléchit aussi. Les comédiens sont parfaits dans leur double version 1870 et 2007, la sémillante Cordélia Loup et le magistral René-Claude Emery. C'est jusqu'au 27 janvier à 20 heures 30 (réservation ici). Il y a en plus une grande discussion/controverse samedi à 17 h 00 (on y attend notamment un banquier).
    Et pour les intéressés : René-Claude Emery avec qui j'ai pris une bière à la buvette ensuite, me charge d'annoncer la reprise de La Mandragore, d'après Machiavel, au Teatro Comico, av. Ritz 18, Sion (027 321 22 08 ): voir ici. Les 1,2,3 et 8,9,10 février. 

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  •  Je suis allé à Sion, hier, au Petit Théâtre. Voir une pièce de, par, et avec Pierre-Isaïe Duc. Le Chant du Bouquetin. Revoir, serait un terme plus juste. Et même re-revoir.
    Pierre-Isaïe Duc est un comédien qui vient de la même commune que moi, Chermignon. Ceux qui découvrent s'esclaffent. Oui je sais, on peut faire toute sorte de jeux de mots sur ce nom. Sachez que ça ne nous touche pas, nous, les Chermignonards. Nous sommes au-dessus de ça. Nous en avons entendu d'autres.
    Je ne le connaissais pas, Pierre-Isaïe, ou simplement de vue. J'ai découvert sa pièce par hasard, lorsqu'elle a été créée au Théâtre du Loup, à Genève, il y a quelques mois.
    Et j'y suis retourné deux jours plus tard. Et j'y ai envoyé mes enfants, mes amis.
    C'est que ça parle d'une réalité que je connais bien. Chermignon justement.
    (Ah ah ah ah ah ! - Peuh !) Ses fanfares, son identité, ses modèles de comportement. C'est drôle, vif, tranchant, tendre, profond. Des amis qui n'ont rien à voir avec le lieu m'ont confirmé que ce n'est pas seulement une caricature locale, ça va très loin, ça touche à la question de l'identité, de l'origine, des racines, de l'exil, c'est universel. (Encore qu'universel soit un peu exagéré puisque nous ne connaissons pas les formes de vie extraterrestre.)
    Donc, à la sortie du spectacle (je parle de la première fois où je l'ai vu), j'ai attendu l'acteur. Il s'est avéré que nous sommes un peu cousins (mais nous sommes tous cousins, par là-bas). Nous avons sympathisé. Et c'est ainsi qu'il m'a invité lors de la reprise de la pièce à Sion, pour une soirée suivie d'un débat sur l'exil et l'identité. Mais ça, je vais vous en parler plus tard. J'ai entendu des choses intéressantes, j'y réfléchis, ça m'intéresse.
    En attendant, si vous êtes dans le coin, ne ratez pas Le Chant du Bouquetin. (http://www.petitheatre.ch/, 9 rue du Vieux-Collège, Sion, 027 321 23 41)
     

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  • Il m'est venu hier soir une idée, alors que j'assistais au spectacle Epiphaneia d'Oskar Gómez Mata : pourquoi est-ce que je ne parlerais pas de théâtre sur ce blog ? Après tout, je suis aussi incompétent sur ce sujet que sur les autres !
    Donc Epiphaneia. C'est la première fois que je vois le travail de Gómez Mata, personnage dont je ne sais d'ailleurs rien. Sinon qu'on l'a aperçu, avant le spectacle, juché sur une scène face au public qui attendait l'ouverture des portes, en train d'expliquer qu'il avait piqué tout ce qu'il y avait dans la pièce à d'autres spectacles.
    Il a ses fans. Des gens que je connaissais me prévenaient (toujours avant l'ouverture des portes) : « C'est un génie ! » Ou alors : « Il est complètement fou ! » Ou encore : « Il ne faut pas t'attendre à du théâtre, plutôt à une performance. »
    Effectivement, c'est assez décousu. Mais très drôle souvent. On teste l'absence du sens de la vue, on essaie de faire tenir une boule en équilibre sur un souffle d'air, on regarde des acteurs survoltés faire des sketchs sur le thème de la disparition. Avec quelques sujets qui reviennent. Je cite. « Perdre du poids/Considérer notre futur comme passé/Perdre du poids/Considérer sa propre disparition comme quelque chose d'inéluctable/D'étonnamment agréable/Aller vers l'avant/L'avant/Perdre du poids/AVANCER/Perde du poids/ Avancer. Perdre le poids du passé et du futur et faire du présent un présent absolu. » C'est le programme (ou la déclaration d'intention).
    Bref, on s'amuse bien, on s'émeut parfois, on s'interroge. Ça tient le coup presque jusqu'à la fin. Mais soudain, Gómez Mata veut faire faire l'éléphant au public. Vous savez, ce truc inspiré d'un Polonais qui se pratique dans tous les cours élémentaires de théâtre : on bande les yeux d'un groupe, on le met en file indienne, les mains sur les épaules du précédent, et on le balade. Là, il nous entraîne tout autour du théâtre, du sous-sol au 2ème étage. C'est très long, et c'est très con. On a compris au bout de 2 minutes, on ne s'amuse plus du tout. Ça se finit par une méditation bidon. Dommage, cette fin ! J'avais trouvé le spectacle alléchant jusque là.
    Le Grütli, d'ailleurs, j'aime bien ce qui s'y passe maintenant. La nouvelle direction réinvente un peu le théâtre, mais c'est ce qu'il faut faire de temps en temps. J'ai aimé leur Playstation penthésilée XY, d'après Heinrich von Kleist. Penthisélée, la reine des Amazones, contre Achile (l'excellent Pierre-Isaïe Duc). C'était très tendu, très sensuel, très plastique. Je me suis amusé au Concours Electre, où le public choisissait comme à Star Ac une version de l'histoire d'Eclectre qui serait montée plus tard. J'ai été intéressé par Les Perses, d'Eschyle, où quelques acteurs professionnels et 150 figurants interrogeaient la démocratie et la pédagogie au théâtre. La suite aussi promet. (Le Grütli, rue Général-Dufour 16, Genève, http://www.grutli.ch/.)


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  • C'est le théâtre underground de Genève. Au sens propre et figuré. Il est sous terre et s'occupe de « culture alternative, en marge de la société, à l'écart des médias de masse » (définition d'underground que je reprends à Wikipedia).
    Un petit appartement au sous-sol, géré par les rongeurs associés. Deux pièces, l'une pleine de livres, l'autre est une salle de réception, sur les murs blancs de laquelle courent les noms des auteurs et des acteurs qui ont participé à l'aventure. Auteurs vivants ou classiques. Un choix assez pointu, et pas toujours conventionnel.
    A côté, la salle de spectacle. Charmante ! 25 places en gradins. Une toute petite scène au décor de récupération, sur laquelle un acteur lit un texte. Car c'est la spécificité de ce petit théâtre. La mise en lecture par un professionnel d'un texte bien choisi.
    Hier, l'excellent Nicolas Rinuy lisait L'inondation d'Evgueni Zamiatine (1884-1937), dans un cadre
    minimaliste : une chaise, une carcasse de lit, une couverture pliée dessus. 
    C'est l'histoire prenante d'un couple sans enfants qui accueille une orpheline. Et la tragédie commence. Les désirs, les souffrances montent, la Neva proche déborde comme les pulsions des personnages, le récit d'apparence simple se dédouble et résonne en profondeur.
    Je cite là-dessus la présentation de la lecture par Marcel Cottier : « 
    Sans doute est-ce chez Zamiatine autant l'ingénieur en construction navale (son autre identité professionnelle, brillamment honorée par de nombreuses activités et réalisations) que l'homme de lettres qui ont dicté à sa plume le devoir (disons même:la discipline, car il faut y voir l'expression d'une position éthique dont la force et la clairvoyance paraissent aujourd'hui exemplaires) de ne jamais dissocier les lois du destin de l'homme de celles de la nature, de mettre la plus haute connaissance de celle-ci au service d'une meilleure intelligence de celui-là. » Bien dit !
    Pour Zamiatine, c'est trop tard. Mais si vous voulez être tenu au courant des prochaines lectures : leterrier@bluewin.ch.

    (« Le Terrier,
    Espace privé ouvert au public. Maison fondée en 1999. Un lieu singulier - des lectures choisies - une saison cadencée. 71, bd de la Cluse, 1205 Genève. Sous-sol, porte rouge. »)

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