• Eugénie RebetezMy name is Gina.
    I come from Jura.
    Maybe one day I'll be a diva.


    Sur scène, ça commence par une naissance à reculons, ça continue avec de l'accent jurassien dans un sketch qui évoque Zouc: «ben oui», «ben non», « salut »... Gina chante : «Je me sens la plus nulle, la plus bête…» Mais l'enfance dans le village de Mervelier mène au rêve des paillettes.
    Gina veut devenir danseuse professionnelle mais son physique ne correspond pas aux critères admis. Elle aime manger, elle est rondelette. Elle cherche son identité, l'amour de soi et des autres. Le spectacle se termine devant un miroir entouré de lumières, un miroir vide où ne se reflète rien.
    Le naturel, la sensualité, l'humour d'Eugénie Rebetez se conjuguent avec une technique maîtrisée et une présence étonnante. Elle parle un peu, joue de la trompette, chante, danse merveilleusement bien et fait ce qu'elle veut avec son corps.
    Gracieuse ou grotesque, sensuelle ou balourde, superbe ou difforme à volonté, elle peut aussi à la manière des Mummenschanz se transformer en monstre ou en créature fabuleuse. Les sketchs sont surtout visuels, et ce qui doit être dit l'est dans des chansons irrésistibles en trois langues.
    J'ai adoré et je n'étais pas le seul, samedi, à la Salle des Eaux-Vives, dans les locaux de l'ADC (Association pour la danse contemporaine). Allez, des adjectifs: émouvant, drôle, sincère, sensible, souvent bouleversant!
    Je voudrais bien avoir quelques réticences pour donner un peu de poivre à ce commentaire, mais non: ce premier spectacle d'Eugénie Rebetez m'a paru une réussite parfaite.
    Vous avez encore une chance de le voir ce soir, dimanche 21, à 18h, 82-84 Salle des Eaux-Vives (022 320 06 06).


    (Tiré du site d'Eugénie Rebetez.)


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  • René- Claude EmeryOn peut lire d'une façon particulière Oedipe Roi de Sophocle, mis en scène par Gisèle Salin et magnifiquement interprété par René-Claude Emery, en même temps fort, innocent, exigeant et pur: comme une fable qui montre l'humiliation du mâle.
    Le roi, campé au début comme un macho dominateur, dictateur paternaliste, perd peut à peu ses certitudes en même temps qu'il se découvre lui-même et que deviennent visibles à ses propres yeux les ressorts qui l'animent, le constituent, à mesure que le personnage public, social, historique qu'il s'est construit cède devant la vérité intime, oubliée ou niée.
    Toute sa virilité cède alors petit à petit. Le doute la fissure, révélant ses côtés féminins, puis transformant finalement Oedipe en une larve rampante, à la fin de la pièce.
    Il y a un deuxième volet à cette mise en scène, une deuxième pièce qui était jouée ensuite, le soir où j'étais à Sierre, aux Halles (le 5 décembre). Jocaste Reine, de Nancy Huston.
    Je n'ai pas vu ça. Il me fallait rentrer et les horaires des chemins de fer sont plus implacables encore que les oracles des dieux grecs.
    Mais je serais curieux de savoir si un point de vue complémentaire à celui que j'ai vu dans Oedipe Roi, un point de vue féminin ou féministe, s'y manifeste...

    Théâtre des Osses, jusqu'au 12 décembre, supplémentaires 22 et 23 décembre à 19 h


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  • Tsimtsoum, Mariama SyllaJ'ai appris un nouveau mot. Tsimtsoum. Oui ça existe. C'est même très sérieux. Sa définition: « La théorie du Tsimtsoum dérive des enseignements de Isaac Louria et peut se résumer comme étant le phénomène de contraction divine dans le but de permettre à la Création de prendre place. » Pour le reste, je vous renvoie ici, à l'indispensable et pas toujours sûr Wikipédia - à propos, Wikipédia est-il masculin?)
    Comment j'ai appris ce mot? Tsimtsoum est le titre d'une pièce jouée actuellement auThéâtre Le Poche à Genève. Une création.
    Le texte de Sandra Korol parle de Dieu. Thème séduisant et peu à la mode. La situation aussi est singulière. La mère supérieure d'un couvent a découvert que des scientifiques ont démontré l'inexistence de Dieu. Quatre sœurs se réunissent pour prouver le contraire.
    Le texte est circulaire, un peu tarabiscoté, parfois un peu répétitif, intéressant. On ne comprend pas tout mais on s'en fiche, ça fait souvent mouche.
    Le décor représente des cellules en forme d'alvéoles. Dans cette ruche, quatre nonnes aux irrésistibles costumes qui les mettent entre abeilles et érudites. Elles se disputent, papotent, cherchent des arguments ou des preuves dans la raison ou le sentiment.
    Tout est censé se passer dans la tête de la mère supérieure, qui est en train de mourir et dont on entend la voix de temps à autre. Option un peu obscure mais on s'en fiche aussi: une ambiance est là. Et les actrices sont magnifiques. Des bêtes de scène. La pièce a été écrite exprès pour elles.
    Ça semble avoir un peu castré le metteur en scène, ici. Mettez-vous à sa place, face à quatre grandes comédiennes de théâtre: cette force, ce rayonnement, cet abattage!
    C'est comme un conducteur de char romain derrière quatre pur-sangs. Comment ne pas se laisser emporter? L'aurige semble débordé par ces galops fougueux, ces puissances individuelles et ces effets bouillonnants, volant sur son char fragile, cramponné, tout content déjà de ne pas être éjecté dans un virage.
    Oui, j'ai trouvé ça un peu débridé. Défaut de rodage sans doute, d'une création encore toute jeune (j'ai vu la quatrième), dont on peut parier, à voir son potentiel, que ça va s'épurer, se cadrer. Mais je conseille. Ne serait-ce que pour ses comédiennes. Ah, ces comédiennes!

    TSIMTSOUM (SANDRA KOROL / GEORGES GUERREIRO) jusqu'au 27 décembre 2009 , avec Aline Gampert, Kathia Marquis, Brigitte Rosset, Mariama Sylla, Théâtre Le Poche


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  • Les chevaliers Jedi ont-ils un bouton sur le nez? Beaucoup de niveaux dans Les chevaliers Jedi ont-ils un bouton sur le nez? Pourtant, l'intrigue de la pièce est simple. Une petite fille se met au lit. Sa mère sort pour voir un monsieur rencontré sur un site de rencontre. Son père est ailleurs, suroccupé, toujours absent. Une baby-sitter vient la garder. Confrontée aux cauchemars, la fillette décide de partir vers l'aventure.
    Présentation officielle: « Alors, telle une moderne Alice, elle s’échappe dans un monde imaginaire et croise au cours de son voyage sous l’eau ou dans les airs un bestiaire fantastique: un ver super luisant, une pieuvre qui cherche un sens à sa vie, un requin qui pleure, la petite sirène, un ange tout nu, un éléphant rose… et, surtout, un enfant-ballon, qui la soutient et l’accompagne. »
    Ce voyage se tient dans une fantaisie débridée et mêle la comédie musicale, les personnages de conte, les moments poétiques et les cavalcades. Le décor simple, une chambre pourvue d'un seul lit, pièce qui grandit au fil du spectacle, se révèle piégé par des trappes, des fosses, des fenêtres qui laissent surgir de partout des personnages. La belle animation de Claude Barras et Jérôme Nyffeler, projetée sur la scène, enrichit tout le spectacle.
    Le texte de Camille Rebetez, lui, s'entend de plusieurs manières. A l'histoire de la petite fille isolée, à qui ses parents manquent se surajoute un questionnement sur les mythologies d'aujourd'hui, la communication, les emblèmes de la modernité et les problèmes que les médias rendent branchés.
    Mais surabondance de biens ne nuit pas. Tout le monde peut trouver son compte dans cette complexité: les parents visés par les références et la problématique actuelles; les enfants (le spectacle les attend depuis 7 ans) qui s'émeuvent à la triste solitude de l'héroïne et goûtent fortement le coloré loufoque de la pièce.

    Les chevaliers Jedi ont-ils un bouton sur le nez? de Camille Rebetez. Avec Pierre-Isaïe Duc, Lionel Frésard, Valérie Liengme, Véronique Montel et Anne-Catherine Savoy. Jusqu'au 25 octobre, Théâtre Am Stram Gram


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  • Il vous reste une semaine pour y courir, amis genevois et d'ailleurs. Jusqu'au 30 août, pas un jour de plus. Et après le succès médiatique et public que l'affaire a connu, il est prudent de réserver.
    Mis en scène par Cyril Kaiser, Calvin un itinéraire fait partie des événements organisés à l'occasion du 500ème annniversaire de Jean Calvin. Son originalité est de mêler le théâtre de rue et des scènes jouées dans quelques-uns des endroits les plus intéressants de la vieille ville de Genève. Dans la cour de la société de Lecture, Calvin débat avec un humaniste et passe des textes antiques à la Bible. Puis dans l'ancienne maison de Calvin, il y a une scène d'amour (oui oui) entre le réformateur et sa femme, Idelette de Bure: Calvin est à Strasbourg, chassé de Genève, et peu désireux d'y revenir malgré les sollicitations.
    La cour de l'Hôtel de ville le montre aux prises avec un jeune pasteur choqué par la mort de Michel Servet, qui a été brûlé vif pour cause de divergence sur la Trinité. Calvin, un itinéraireOn y voit aussi ses opposants, qui veulent boire, danser, et s'insurgent contre tous ces étrangers qui envahissent la ville.
    Enfin, à l'auditoire Calvin, le magnifique Vincent Babel, qui incarne le grand homme, dit trois de ses textes. Superbe moment final. Complètement habité, Babel fait entendre cette langue magnifique comme s'il l'inventait.
    Tous les acteurs sont excellents d'ailleurs. L'équilibre entre les scènes synthétiques écrites par Catherine Fuchs et les moments de théâtre de rue est parfait. On rit beaucoup, on est aussi ému. La dramaturgie, subtile, entoure les acteurs de cadres. D'abord dorés et scintillants comme la Renaissance, ils se dépouillent petit à petit pour laisser place en fin de parcours à ce qui importe: le texte, la parole.
    Fait pour un public peu spécialisé, l'Itinéraire donne une image équilibrée de Calvin et donne la parole aussi à ses opposants. Bien entendu, le Réformateur en ressort grandi malgré ses contradictions soulignées. Mais enfin, on célèbre son 500ème. Ce n'est tout de même ni le lieu ni le moment de tirer à boulets rouges sur un écrivain dont la richesse de l'expression a favorisé le développement du français comme langue littéraire.

    Calvin, un itinéraire, jusqu'au 30 aût


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