• Exposition des oeuvres de Dürrenmatt
    Plusieurs points très positifs sont à porter au crédit du Centre Dürrenmatt .
    D'abord la vue. Elle est magnifique. Depuis la forêt où se trouve la petite maison isolée que l'écrivain avait achetée parce qu'elle était très bon marché, on voit le lac de Neuchâtel bien plus bas, avec une ouverture saisissante sur l'eau, la lumière, les berges au loin. Ensuite la situation. A l'écart, à côté du joli jardin botanique. Puis l'architecture de Mario Botta, qui a rajouté à la petite maison initiale un bâtimen
    t pour la réception et une terrasse circulaire de plusieurs étages sous laquelle se troupe l'exposition.
    Des documents, affiches de théâtre, manuscrits, films de fiction, interviews. Et tout en bas, un étage consacré aux tableaux de Dürrenmatt.
    Il
    voulait d'abord se consacrer à la peinture et a pratiqué toute sa vie cette activité. Avec modestie. Il reconnaissait qu'il était écrivain, pas plasticien. Ce qui prouverait sa lucidité si elle était à démontrer.
    Il prétendait créer comme un enfant mais en voyant ses toiles, on pense plutôt à un
    adolescent revendicateur. Des tableaux apocalyptiques ou allégoriques. Centre DürrenmattDes thèmes récurrents, le minotaure, le labyrinthe, la fin du monde, le chaos. Ça nous donne un aperçu intéressant sur ce qui hantait son imaginaire.
    Celui qu'on retrouve dans ses livres. Mais bon, là, en ce qui concerne le traitement de ce matériel et l'esthétique de l'oeuvre, là, c'est autre chose!

    Centre Dürrenmatt Neuchâtel 74, chemin du Pertuis-du-Sault


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  •   Kilian Rüthemann, Sans Titre, 2008. (photo : Sully Balmassière)

    Le CAN (Centre d'art de Neuchâtel) est un de ces centres d'art contemporains dans des décors intérieurs d'anciennes usines. Pas l'extérieur. L'extérieur est tout ce qu'il y a de vieille ville, avec un très beau café à côté, Chauffage compris, depuis lequel on peut accéder directement au CAN. Quoi de mieux?
    Le CAN, donc, a organisé un laboratoire d'été. Le Summerlab. Deux artistes qui y ont participé se retrouvent dans l'exposition actuelle,
    Masse critique.
    Kilian Rüthemann (1979, vit et travaille à Bâle) et Niklaus Wenger (1978, vit et travaille à Berne). Quelques caractéristiques de leurs travaux: utilisation de matériaux bruts ou en voie de transformation (sel, ciment, carton, asphalte, plâtre, etc.), interventions sur le site, refus du marché de l'art.
    Niklaus Wenger, par exemple, a arraché le revêtement en plastique du sol dans un passage, l'a replié sur le mur en vague qui masque le passage. Il s'est associé à Kilian Rutheman pour deux oeuvres murales: murs creusés selon des critères précis avec les décombres au pied. Celui-ci a imaginé les plaques de sucre fracassées au sol dont on voit une photo ci-dessus, qui continuent de fondre pendant l'exposition.
    A la cave et dans le studio,
    Massimiliano Baldassarri (1968, vit et travaille entre La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel et Genève) propose une installation. Il chantait dans le groupe rock Autopsy disparu il y a dix ans. La reformation du groupe aujourd'hui dans le but de rejouer un disque datant de 1995 est le prétexte de son travail sur le souvenir et le revival. Concert enregistré, reliques, météore. Intéressant.

    Centre d'art Neuchâtel, 37, Rue des Moulins, 2000 Neuchâtel, Masse critique, jusqu'au 30 novembre.


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  •    Balthus, Sunny days
    Je suis donc allé voir, comme beaucoup de gens, l'exposition que la fondation Gianadda a montée pour les 100 ans de la naissance de Balthus.
    Eh bien autant le dire tout de suite: si Balthus n'est en tout cas pas le peintre de génie que certains réfractaires à l'art moderne célèbrent, il n'est pas non plus le nullard absolu que d'autres voient en lui.
    Bien entendu, c'est un mauvais peintre. Sa technique est lacunaire, il est incapable de représenter le mouvement, ses personnages et ses poses sont artificiels, etc.
    Mais il parvient justement à utiliser ses faiblesses pour en faire quelque chose. Il connaît ses limites et il porte son travail ailleurs que sur l'art pur et son rapport à l'histoire contemporaine. Sur la représentation. Les mises en scène. Les ambiances.
    C'est, en fait, un peintre à idées. Un peintre littéraire.
    Il sait évoquer ces moments lourds de l'adolescence, ces après-midis de dimanche interminables où l'ennui vous pousse vers le fantasme et l'envie de l'érotisme. N'ayant pas beaucoup d'imagination, il repique des scènes ou des thèmes classiques et chargés. Les chats et leur symbolisme. La confrontation entre des jeunesses nues et des vieilles femmes qui les contemplent ou qui les parent. Les portraits de fillettes plus ou moins dévêtues, entre innocence et perversité, à ce moment de l'éclosion de la sexualité qui fait qu'elles ne maîtrisent pas encore les codes de la séduction et qu'elles en laissent voir trop. D'où ce parfum de scandale si utile pour sortir un peu du lot.
    Ce sont des trucs, mais Balthus les maîtrise bien.
    C'est ainsi (et grâce à un travail de toute sa vie pour sculpter sa propre statue, établir des relations et se faire passer pour ce qu'il n'était pas - voir là-dessus Le Paradoxe Balthus, par Raphaël Aubert, La Différence, 2005) qu'il est devenu le peintre préféré de ceux qui n'aiment pas la peinture.

    Balthus, Fondation Gianadda , Martigny, jusqu'au 23 novembre
    (Publié aussi dans Blogres.)

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  • Philippe Ramette, « Paresse irrationnelle », 2003
Photographie couleur ; 150 x 120 cm
Photo : Marc Domage
Courtesy Galerie Xippas

    La chose la plus amusante, au musée, ce sont les guides. Les guides vivants, je veux dire, ceux qui se tiennent dans les salles à disposition du visiteur, comme il y en a au Mamco lors des journées portes ouvertes. Un louable effort pédagogique pour expliquer, convaincre.
    J'y étais mercredi soir, en famille.
    Donc on visite, on regarde les pièces, on apprécie ou moins, c'est selon (je vous conseille le cycle Philippe Ramette, Gardons nos illusions : beaucoup d'humour, d'absurde, des photos drôles et hardies, des sculptures parfois inquiétantes...)
    Finalement, on se retrouve devant une chose qui intrigue mon fils, quatorze ans et assez curieux de tout. C'est un socle de béton avec un pilier en acier boulonné sur lequel sont pendus trois sacs de cuir genre punching-ball en Y. Il me pose des questions, je ne sais que répondre.
    - Je vais demander au guide, dit-il.
    Je soupire, je tente de le retenir. Trop tard. Une sémillante personne est déjà là, avec un écriteau « guide volant ».
    « Alors, dit-elle, c'est un socle de béton avec un pilier boulonné sur lequel sont pendus trois sacs en cuir. Le Y des sacs peut faire penser aux chromosomes, le cuir à des punching-ball, il y a des sangles donc ça évoque un peu le sado-masochisme... » Et de continuer à décrire longuement ce que nous avions fort bien vu.
    Nous réussissons enfin à l'interrompre.
    - Ce sont donc deux oeuvres différentes? Le pilier et les sacs en Y.
    - Non, c'est une oeuvre qui veut confronter le pilier et les sacs en Y, le cuir et l'acier, le béton au-dessous... violence... contraste... etc.
    Inarrêtable. On y parvient quand même.
    - Mais il y a deux titres d'oeuvres, au mur.
    On lui montre les notices. « Pilier », et, séparé, au-dessous « Y ».
    - Ah, dit-elle, je ne savais pas.
    Elle regarde de nouveau et explique:
    - J'ai toujours vu les piliers et les sacs ensemble.
    Puis indémontable:
    - Donc, il s'agit en fait d'un assemblage. Il y a deux oeuvres : le pilier, le béton, et puis le cuir, violence, punching-ball, sangles, mais l'artiste les a rassemblées, pour que les sacs en Y questionnent la verticalité du pilier, lequel, sur son socle de béton... Etc.
    Allez au Mamco. Si vous ne vous intéressez pas aux oeuvres, parlez aux guides (ou plutôt écoutez-les). Leurs performances sont tout à fait étonnantes. Une interrogation constante des oeuvres et de leurs rapports au commentaire. Une oeuvre d'art en soi.

    (Publié aussi dans Blogres.)  


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