• C'est la République des livres qui signale (le 12 février) cet extrait de film où on voit Céline, ou plutôt le docteur Destouches, figurant dans un film de Jacques Deval, Tovarich, de 1935. Il sort d'une épicerie.

                    Céline ACTEUR FIGURANT dans Tovaritch 1935


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  • Annonce à toutes les céliniennes et à tous les céliniens:
    Nuit d'Amérique, Un spectacle d'après les chapitres américains du "Voyage au bout de la nuit" de L. F. Céline, sera joué du 17 au 28 février à Paris, au Théâtre du Temps, 9 rue de Morva ( 01 43 55 10 88)
    Version scénique / Mise en scène :  Julien Bal
    Avec : Guillaume Paulette, Valentina Sanges, Giulio Serafini, Julien Ratel, Renaud Amalbert, David Augerot.
    Musique : Paul Anka
    Chorégraphies : d'après Gene Kelly
    Lumières : Renaud Amalbert
    décor : lightcorner


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  • Céline, le VoyageCéline a passé sa vie à dire qu'il ne republierait plus le Voyage au bout de la nuit, qu'il lui devait tous ses ennuis, qu'on ne lui pardonnerait jamais l'innovation décisive qu'il avait introduite dans la littérature, l'oral dans l'écrit. Innovation relative semble-t-il. Vallès avait osé, 50 ans avant l'auteur du Voyage, un récit oralisé du même type qui a d'ailleurs inspiré Céline, d'après Jérôme Meizoz qui travaille actuellement là-dessus.
    Quoi qu'il en soit, c'est dans ce côté seul contre tous qu'on peut voir la certitude que Celine avait d'avoir imposé une voix nouvelle, un style dont il était fier.
    Le style: un mot qui connote la droite: le styliste est privilégié, élitaire. A gauche, les auteurs parlent de langue, terme plus collectif: la langue englobe tout. Le style est l'apanage de quelques êtres supérieurs.
    Il est probablement possible de trouver un lien entre la langue d'un écrivain et son idéologie. On peut voir dans le style de Céline quelque chose du tribun qui impose sa parole aux autres: il ne s'agirait pas pour lui de la partager mais de l'imposer.
    Il est vrai que Céline infuse son écriture dans l'oral, et particulièrement l'oral populaire du petit Paris. Mais les fascismes sont populistes et il n'est pas si étonnant qu'un auteur finalement proche de cette idéologie crée un tel lien.
    Le paradoxe serait donc dans le contraste entre l'élitaire réclamé du style dont Céline écrivain fait grand cas, et le matériau langagier de la rue qui lui sert de base. C'est peut-être cette tension qui rend son écriture si intéressante.


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  • Il y a un obstacle  quand on commence un livre de Boudard: la langue. On se demande très sérieusement au début si on est en train de lire un pastiche ou une parodie de Céline.
    Mais on se rend vite compte que c'est du sérieux. Boudard ne veut pas amuser, citer. Il n'y a aucune ironie dans son propos. Il écrit comme Céline, avec un ajout supplémentaire d'argot actualisé (l'argot d'après-guerre), mais en respectant le style du maître dont il s'est approprié l'écriture.
    J'ai cherché à comprendre cette servilité. Une des ses explications m'a éclairé. Je cite : 
    « 
    À partir du moment où j'ai lu Céline, où j'ai compris Céline, je me suis dit : "La littérature n'est pas une chose fermée." J'ai trouvé chez lui un langage qui venait de la rue, qui n'était pas celui des livres que j'avais lus jusque-là. »
    Où on voit que Boudard fait une erreur !
    Céline n'a pas trouvé son langage dans la rue, il l'a inventé. Il était obsédé par la littérature, par la forme, par l'innovation, la recherche de formules. Boudard, lui, Alphonse Boudardtrouve son langage dans Céline.
     C'est dire qu'il n'en a pas de propre. On est dans l'imitation.
    C'est ce qui gêne, au début. Après quelques dizaines de pages, ça passe mieux. On oublie ces tics, cette appropriation soumise. On s'ouvre à l'univers d'Alphonse. Venu d'un milieu modeste, comme Céline. Ayant frôlé le monde des voyous, comme Céline à Londres, étant tombé dedans, lui, Boudard. Anarchiste naturel, comme Bardamu du Voyage. Obsédé par le sexe, comme le Céline des premiers livres.
    C'est, si on veut, un petit Céline optimiste et mineur.
    Je me fais ces réflexions après avoir lu L'éducation d'Alphonse. Je vous en parle bientôt.


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  • Finalement, non. Céline n'aura pas sa plaque à Genève. Vous vous souvenez ? On en avait parlé ici. Il s'agissait de signaler qu'il y avait vécu presque deux ans. Il y avait notamment rencontré dans une librairie Elisabeth Craig, danseuse américaine de 22 ans à qui il a dédicacé plus tard le Voyage.
    Assouline avait révélé l'affaire. Eh bien, c'est en quelque sorte sa faute si la pose n'aura pas lieu.Elisabeth Craig
    La Tribune de Genève nous explique ça aujourd'hui. Le propriétaire de l'immeuble où Céline a vécu, où la plaque, donc, devait être placée, a reçu une lettre anonyme. Comme on vous dit. Accompagnée d'une photocopie de l'article d'Assouline. Ce que la lettre contenait encore comme menaces ou intimidations, on ne le dit pas. Mais le propriétaire a renoncé et retiré son autorisation.
    Une lettre anonyme. Bravo. C'est se placer au même niveau de bassesse que le pire de Céline. C'est opposer la lâcheté et l'abjection anonyme à la haine maladive, à la rage, au délire malsain de Céline antisémite, tels qu'ils se sont exprimés dans les journaux de son époque et les trois pamphlets qu'il a publiés. Bagatelles pour un massacre
    (1937), L'Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941).
    D'une violence extrême, affreux et grotesques dans l'outrance.
    Bon, je ne les ai pas lus en entiers (ils ne sont pas republiés à cause de la volonté de sa femme Lucette, mais on les trouve facilement sur internet). Ça ne m'intéresse pas et les extraits parcourus me répugnent.
    Mais j'admire sans réserve ses romans.
    Peut-on, allez-vous me dire, ne garder que cet aspect en oubliant le reste ? On peut. Elisabeth Scharzkopf, magnifique soprano, s'est inscrite au parti nazi en 38, a eu des accointances avec Goebbels. Ce n'est pas pour ça qu'on doit contester son talent et faire un autodafé de ses enregistrements.
    Bien sûr, le statut des pamphlets est ambigu. Pas une interprétation musicale mais du langage avec du sens. Invention verbale et contenu fétide. A quoi d'ailleurs l'outrance semble enlever toute crédibilité.
    Mais dans ses romans, Céline ne parle pas d'antisémitisme. Ce sont uniquement des textes littéraires, à considérer comme tels, et on peut célébrer l'auteur qui les a écrits. Si on est amateur de célébrations.
    Parce qu'une plaque sur un mur, enfin, c'est assez dérisoire pour exalter un écrivain. Mieux vaut le lire.


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