• Lawrence Durrell, Cléa

    Lawrence Durrell cléaCléa est le quatrième livre du Quatuor d'Alexandrie.

    Lawrence Durrell avait pour ambition d’y réintroduire le temps dans son ensemble, jusque là concentré sur quelques événements, toujours les mêmes, repris selon des angles différents, des points de vue autres et des interprétations parfois contradictoires dans les trois premiers livres, Justine, Balthasar et Montolive.

    Certes, ce dernier opus s'échappait un peu dans le passé, en retraçant les débuts du personnage éponyme, retournant quelques dizaines d'années avant les événements racontés dans Justine. Mais c'était simplement une manière nouvelle de les éclairer.

    Dans Cléa, Durrell revient encore sur certaines scènes, complétées, réexpliquées. Le lecteur apprend ainsi que la fille de Justine est morte non pas noyée comme l'expliquait Balthasar, mais par maladie, dans un bordel d'enfant, donnant ainsi une autre signification aux scènes diverses qui se sont passées dans cet endroit.

    Le suicide de Pursewarden est éclairci également: il a laissé le champ libre. Depuis toujours, il entretenait une relation incestueuse avec sa sœur Liza. Quand elle trouve l'homme qui lui convient (Montolive), Pursewarden choisit de disparaître.

    D'autres événements encore sont revus et corrigés. Mais ce qu'il y a de neuf, c'est que Cléa se place résolument dans l'Histoire en marche. Le Temps a repris, à la faveur de la guerre. La Deuxième guerre mondiale.

    Dans Cléa, le Temps est cautérisation, donc, mais aussi mutilation: Nessim perd un doigt et un oeil, Cléa une main, sa main de peintre. Mais ces blessures sont fertiles. Grâce à son amputation, Cléa devient paradoxalement enfin une artiste. Et à la fin du roman, Darley, qui avait renoncé à devenir écrivain, commence à écrire son Grand Livre.

    Une similitude avec Proust et son Temps retrouvé, qui n'est pas peut-être tout à fait un hasard!

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 24 Mai 2011 à 11:16
    Durrell et Proust
    Merci pour ce beau billet sur Durrell. Proust et Durrell sont des prospecteurs qui tournent autour de l'entrée de leur mine, et chaque fois qu'ils y entrent reprennent les mêmes galeries pour finalement y creuser plus profond. Ce sont des écrivains du cercle et de la droite. Avec eux, je trouve - mais c'est peut-être naïf de dire cela - qu'on s'approche au plus près du 'livre qui n'a pas de fin'. On a l'impression que, de chaque relecture de leur oeuvre respective, aurait pu naître un nouveau volume, une nouvelle paperolle à rallonge.
    2
    ab
    Samedi 28 Mai 2011 à 10:58
    les mêmes galeries
    Durrell avait même le projet, semble-t-il, d'ajouter un volume au quatuor, qui aurait parlé d'ésotérisme si je me souviens bien. Pour creuser enocre, comme vous le dites.
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