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Le blog d'Alain Bagnoud...

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Alain Bagnoud

Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)

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Le manteau de Proust, par Lorenza Foschini | 17 juin 2008

Lorenza FoschiniLorenza Foschini, journaliste à la RAI et proustienne émérite, donne avec Le manteau de Proust un petit récit fascinant, qui se lit comme un polar.

Il s'agit évidemment du célèbre manteau du romancier. Cette pelisse qui ne le quittait pas, qu'on peut voir sur lui en 1905 dans une photo prise à Evian, qu'il a portée toute sa vie, qui a suscité l'original de la scène où Saint-Loup saute sur les banquettes d'un restaurant pour apporter un pardessus au narrateur. Ce manteau qui servait de couverture à l'auteur, posé sur le lit où il écrivait couché, les bras levés.

Ce manteau, donc, existe encore. Il est au Musée Carnavalet, dans un carton. Lorenza Foschini raconte comment l'habit a été découvert et sauvé par Jacques Guérin, industriel parfumeur, mécène, bibliophile et collectionneur. Jacques Guérin qui, entre parenthèses, a été un des grands amours de Violette Leduc.

On voit passer dans cette petite recherche le frère de Proust, Robert, qui a assuré la publication de l'œuvre de son frère, après sa mort, mais à sa manière. Sa femme, dont l'histoire est étonnante.

C'est Adrien Proust, le père de Marcel et de Robert qui a organisé le mariage de Marthe avec son fils. Et pour une raison curieuse : elle était la fille de sa maîtresse à lui.

Malgré cet antécédent scandaleux, qu'elle ignorait d'ailleurs peut-être, Marthe n'a jamais trouvé Marcel convenable. Elle n'a jamais lu une ligne de lui, proclamait partout qu'il n'avait écrit que des mensonges, se voulait la gardienne de la respectabilité de la famille. Elle a donc brûlé des quantités de lettres, de livres, de photos. Un autodafé bourgeois destiné à sauvegarder l'honneur des Proust menacé par l'homosexualité de l'écrivain.

Comment Jacques Guérin a réussi toutefois à sauver quelques papiers, quelques meubles de la chambre de Proust et son fameux manteau, c'est ce que vous découvrirez dans ce petit livre passionnant...

 

Lorenza Foschini, Le manteau de Proust, Portaparole

Publié par Alain Bagnoud à 10:48:30 dans Proust | Commentaires (0) |

Les nerveux | 04 juin 2008

                      Jeune homme à sa fenêtre par Gustave Caillebotte
« Supportez d'être appelée une nerveuse. Vous appartenez à cette famille magnifique et lamentable qui est le sel de la terre. Tout ce que nous connaissons de grand nous vient des nerveux. Ce sont eux et non pas d'autres qui ont fondé les religions et composé les chefs-d'œuvre. »
Cette explication du docteur Du Boulbon à la grand'mère du narrateur, dans Le côté de Guermantes, est devenue incompréhensible si on ne se rappelle pas la théorie des tempéraments d'Hippocrate. Le grand médecin séparait les hommes en lymphatiques, sanguins, bilieux et nerveux ( (Sources ici.)
Chaque tempérament est lié à un élément, La terre (pour le nerveux), le feu (le bilieux), l'air (le sanguin) et l'eau (le lymphatique).
Le nerveux  a le front ridé, connaît l'angoisse, l'inquiétude, la peur vit complètement dans sa tête et ne jouit pas de son corps. Je cite la suite : 
« Il ne s'engage pas, ne peut passer à l'acte. angoisse permanente qui l'habite ; doit se protéger ; sentiment de peur de plein de choses (notamment peur des gens) : l'extérieur est toujours perçu comme agressif. A un besoin immense de sécurité sur tous les plans. Méticuleux : si quelque chose est dérangée = angoisse.
 « Peut fonctionner comme un dilaté (L/S) mais dans un univers réduit. Brûle ses réserves, presque gêné par son corps ; se met à part du groupe. 
 « Suiveur : ne prend pas véritablement d'initiative, n'arrive pas à se décider.   « S'épuise sur le plan nerveux : épuise son mental parce qu'il n'a jamais de réponse = jamais satisfait des réponses : il y a toujours un "oui, mais ...". Remet en cause, toujours besoin de décortiquer. Analyse à l'extrême, pose sans cesse des questions, décortique tout. Oui et non, bien et mal : toujours dans dualité.
 « Quelque chose qui se finit est une véritable mort. Le monde est trop dur, c'est pénible la vie ; il crée deux univers, et séparer ses univers pour s'y retrouver ; côté obsessionnel ; il est distant, ne va jamais vers l'autre ; il souffre de l'autre, le fuit. »
Bon, j'ai respecté le texte originel  malgré sa syntaxe, parce que les éléments sont assez intéressants pour les proustiens, non ?
C'est un peu le portrait du narrateur de la Recherche.

Publié par Alain Bagnoud à 09:24:49 dans Proust | Commentaires (3) |

Céline et Proust | 01 mars 2008

Manuscrit de Proust
Manuscrit de Céline

















1ère page du Voyage au bout de la nuit            Dernière page du Temps retrouvé

Résultat final de la course littéraire, section lettres françaises du XXème siècle. On s'arrache les cheveux devant la photo-finish. Il y a deux gagnants qu'on n'arrive pas à départager.
On a beau pour essayer de trancher les jucher sur des podiums construits en empilant biographies et ouvrages critiques à chacun consacrés, impossible de voir qui est finalement le plus haut
A ma gauche, Marcel Proust. A ma droite, Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline. Lequel est le premier? Lequel le plus grand?
On se dispute. On jauge les oeuvres. On fait s'affronter la littérarité de l'un et l'oral que l'autre a introduit dans l'écrit. On glose sur leurs origines sociales dissemblables. Leurs existences contraires. Leurs idées, leurs goûts, le caractère volontaire ou imposé de l'isolement dans lequel ils ont fini tous deux par écrire.
Décidément, on n'arrive pas à savoir lequel aura le privilège d'orner la couverture des manuels de l'avenir destinés aux collégiens. « XXème siècle français, l'âge des convulsions ».
Dans ce combat, Céline a pourtant quelques casseroles parce qu'entre 1936 et 1941, il a écrit quatre pamphlets que personne ne lit plus puisqu'ils ne sont pas republiés. Pas par censure. A cause de la volonté de sa femme, Lucette. Des pamphlets qui paraît-il (je ne les ai pas) sont de la dynamite.
Céline y exprimerait sa haine du communisme, un antisémitisme quasiment névrotique et finalement, sous l'Occupation même, des opinions très favorables aux nazis.
La disparition de ces textes laisse le champ clos aux suppositions et aux rumeurs. Certains y ont admiré la création verbale, l'inventivité dans l'invective, le souffle épique. Des thuriféraires ont minimisé leur portée idéologique.
De toute façon, disait ultérieurement Céline qui se posait en victime, il n'était pas un homme à idées mais un « homme à style ».
On s'en aperçoit dans ses romans. Un style si particulier qu'il est impossible de l'imiter sans le pasticher. Chaque phrase de lui est reconnaissable. La langue et la grammaire rendues plastiques par les richesses des tournures populaires, par les trous des fameux points de suspension, par le lyrisme émotif, donnent à son écriture une beauté hypnotique.
Ce travail sur la langue a commencé dès son premier roman. Le célèbre « Voyage au bout de la nuit », un texte semi-autobiographique. Son double, Ferdinand Bardamu, y raconte la guerre de 14 (où Céline, engagé volontaire, a été grièvement blessé), les voyages en Afrique et en Amérique, la médecine, que le docteur Destouches pratiquait à Clichy, puis à Meudon.
Tout est travaillé selon une célèbre méthode: prendre le réel en le noircissant. Le lecteur se retrouve ainsi dans un monde épique, lyrique, burlesque, peuplé de personnages épinglés par un regard de caricaturiste, mais aussi profondément humain. Un monde où l'ennemi, c'est l'argent qui agit comme un cancer de l'âme.
Un monde qui, comme celui de Proust, est autonome, individualisé, et paraît finalement plus profond, plus puissant, plus riche et plus réel que le vrai.

Publié par Alain Bagnoud à 11:16:10 dans Proust | Commentaires (5) |

Balzac et Proust (2) | 20 février 2008

Marcel (car le narrateur de Proust s'appelle Marcel, n'est-ce pas ? Je prends mes prHonoré de Balzac par Louis Boulangerécautions, mais on m'a reproché de pratiquer sans vergogne l'amalgame entre la biographie et l'œuvre).
Marcel, donc, sort de chez Mme de Villeparisis et est rattrapé par M. de Charlus, qui lui fait une proposition.
A ce moment, les lecteurs de Balzac dressent l'oreille, tant la parenté entre ce discours et celui que fait Carlos Herrera au jeune Lucien de Rubempré, quand il le rencontre, est patente.
Mêmes références entortillées et énigmatiques. Mêmes allusions à une franc-maçonnerie, à une société secrète mystérieuse dont on ne comprend pas les buts et les mœurs. Même offre d'amitié. Même proposition de l'homme âgé qui veut être le Pygmalion du jeune homme et le faire réussir par des moyens mystérieux, à condition que l'autre lui consacre sa vie exclusivement...
Est-ce que Proust entend reconnaître immédiatement sa dette ? Est-ce qu'il veut donner finement un indice d'intertextualité ? Est-ce que, tout baigné dans ses souvenirs et dans l'ambiance balzacienne de son modèle, il continue son évocation par d'autres moyens ?
En tout cas, le nom apparaît presque tout de suite après. Dans une sorte d'incise qui coupe le flux de la proposition que fait Charlus.
C'est Marcel, le naïf Marcel, qui l'introduit, tout obsédé par son amour présent et sans espoir, Marcel qui ne comprend rien et va provoquer l'agacement de son interlocuteur :
« - La duchesse de Guermantes semble très intelligente. Nous parlions tout à l'heure d'une guerre possible. Il paraît qu'elle a là-dessus des lumières spéciales.- Elle n'en a aucune, me répondit sèchement M. de Charlus. Les femmes d'ailleurs, n'entendent rien aux choses dont je voulais parler. Ma belle-sœur est une personne agréable qui s'imagine être encore au temps des romans de Balzac où les femmes influaient sur la politique.... »

Publié par Alain Bagnoud à 11:29:26 dans Proust | Commentaires (5) |

Contre Sainte-Beuve, par Marcel Proust | 08 février 2008

Contre Sainte-Beuve est un livre de critique. Une ébauche de livre plutôt. Proust ne l'a jamais fini.
Pendant sa rédaction, il a commencé les premières scènes de ce qui deviendra A la recherche du temps perdu, qui a commencé à dévorer tout son temps, s'est développé au Sainte-Beuvepoint de ne plus lui laisser le loisir de terminer l'essai. Mais celui-ci avait rempli sa fonction. C'est en essayant de clarifier sa notion de l'art, de la littérature, de la création, que Proust a pu se lancer dans le grand roman qui l'attendait.
En fait, tout part d'une irritation. Proust était agacé par Sainte-Beuve, ce critique célèbre et célébré du XIXème siècle.
A cause de sa conception de l'écrivain d'abord. Pour Sainte-Beuve, l'auteur idéal devait être un dilettante, un amateur éclairé qui se consacre aux relations, aux mondanités, aux conversations, qui passe agréablement le temps, avec légèreté, puis, touché par la muse, lâche ici ou là un texte délectable.
A cause de sa conception de la critique ensuite. Pour comprendre un livre, dit Sainte-Beuve, il faut tout savoir de celui qui l'a fait, interroger ceux qui l'ont connu, lire ses lettres, collectionner les anecdotes sur lui...
Deux conceptions qui ont amené Sainte-Beuve à beaucoup se tromper. Proust relève ses plus grossières erreurs de jugement et explique en quoi le critique ne comprenait rien à la littérature. Sur Balzac, sur Flaubert, sur Nerval, sur Baudelaire, sur Stendhal. Dans des analyses où se déploient la grande intelligence de Proust, sa sensibilité, sa connaissance de la grammaire, son oreille musicale et sa capacité exemplaire à l'explication de texte.
Pour ce travail, Proust s'appuie déjà sur ce qu'il deviendra, qu'il n'est pas encore au moment où il rédige Contre Sainte-Beuve : un auteur qui travaille, peu préoccupé des autres et de leur opinion mais obsédé par la mise au jour de relations exactes, imagées, poétiques, par la création d'une prose personnelle et cohérente, sans se disperser, sans rechercher directement le suffrage des autres, tout concentré sur une vérité intérieure qu'il veut faire surgir.
Et il sait bien, lui le mondain pas entièrement repenti, que le meilleur de lui est dans cette activité d'écriture, et non dans les prestations sociales, toutes brillantes et admirées fussent-elles.

Publié par Alain Bagnoud à 09:13:07 dans Proust | Commentaires (2) |

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