• Vertiges de W.G. Sebald

    C'est Jean-Jacques Bonvin (voir ici et ici) qui m'a fait découvrir Sebald, un des auteurs passionnants que je lui dois, avec, par exemple, Bolano dont j'ai parlé de 2666.

    Mais il faut tout lire de Bolano. Comme il faut tout lire de Sebald, né en Autriche en 44, élevé dans un petit village de Wertach, en Allemagne (on va y venir). Après avoir obtenu une licence es lettres dans notre bonne université de Fribourg, il est parti en Angleterre où il a effectué une carrière universitaire. Il est mort en 2001 « d'un accident cardiaque au volant de sa voiture » (wikipédia).

    Parlons de Vertiges, publié chez Gallimard en 2003.

    Dans un jeu d'échos entre plusieurs textes, illustrés de photos comme à son habitude, Sebald s'y interroge sur ses propres troubles. Ça tourne autour des lieux, surtout Vérone, Riva et Venise. Dans ces endroits, se retrouvent à des époques différentes Stendhal (ou plutôt sou double dans De l'amour), Casanova qui s'enfuit des plombs, Kafka en voyage en Italie et Sebald lui-même, sur la trace de ces écrivains dont certains aspects l'obsèdent, parce qu'ils lui ressemblent ou parce qu'il fantasme une parenté psychique.

    Perdu dans son propre labyrinthe temporel, Sebald suit ses auteurs sur les lieux de ses périples. À la fin, il se rend dans son village d'enfance, qu'il n'a plus revu depuis trente ans. L'auberge dont sa famille louait le premier étage a été transformée mais la chambre qu'il loue occupe exactement la place de leur ancien salon.

    Irruption de souvenirs, donc : les lieux où l'amenaient son grand-père, la servante de l'immeuble et son amant, la famille des anciens voisins...

    C'est une manière pour Sebald de retrouver cette époque du nazisme dont il se considère comme un produit : son père, sous-officier dans la Wehrmacht, a pu rencontrer et épouser sa mère grâce à cette promotion sociale qui l'a fait passer des chemins de fer à l'armée, et il a donné à son fils des prénoms que celui-ci détestait, les trouvant typiquement nazis : Winfried Georg.

    Sebald dans l'exploration du passé, le sien et les autres, c'est Sebald dans l'exploration de ses failles, de son origine et de sa vision du monde. La mort partout, dans les évocations et les métaphores. La déréalisation. La dissolution de l'être. La littérature comme antidote au non-sens, à l'angoisse, à l'absurde. Tout ça adouci par des touches d'humour à la Kafka. Humour noir, évidemment,

     

    Sebald, Vertiges, folio


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