• Simenon, Les fantômes du chapelier

    Simenon en maître du roman psychologique. On sait bien que ce qu'aime notre auteur, ce ne sont pas les constructions logiques et les suspenses qui permettent de découvrir finalement des assassins, mais plutôt les mécanismes mentaux qui les font agir, et dont la découverte permet, par exemple, à Maigret de démasquer le coupable.
    Ici, il est donné au départ. C'est Léon Labbé, un bourgeois de Concarneau, qui tient une boutique de chapeaux en face d'un tailleur d'origine arménienne, Kachoudas. Kachoudas, immigré récent, est fasciné par ce bourgeois issu d'une lignée de la ville, qui connaît et fréquente tous les notables depuis l'enfance, et il le suit comme son ombre, au bistrot, en promenade... C'est ainsi qu'il finit par le surprendre en train d'étrangler une vieille dame.
    Et ce n'est pas la première: la région vit dans la psychose depuis depuis deux mois. Mais Kachoudas hésite à dénoncer son voisin, renonce, tombe malade et meurt. Labbé est très affligé par ce décès qui le prive d'un témoin devant lequel il pouvait se justifier: il a assassiné sa femme et, pour dissimuler son crime, il lui faut éliminer toutes les amies de son épouse qui lui rendaient visite, à chacun de ses anniversaires. Ceci, c'est l'explication logique, et le tueur aimerait démontrer à quelqu'un la nécessité de ces meurtres.
    La vérité, c'est que Labbé, en suiveur résigné, a suivi les petites ornières de la vie, n'a pas réussi à se rendre libre, a repris le magasin de son père et épousé par résignation une femme qu'il n'aimait pas mais que sa mère lui destinait. Il est le jouet de lui-même, de ses frustrations, de ses pulsions, et il finit, en bon sérial killer, par étrangler sa bonne qu'il ne supportait plus, puis une prostituée aux côtés de laquelle il s'endort, se faisant prendre ainsi bêtement et lâchement par la police.
    Il y a un portrait de la bourgeoisie provinciale là-dedans, mais aussi toutes ces ambiances de petite ville que Simenon sait si bien recréer, et cette mesure de l'étroitesse et du désir de grandeur et de reconnaissance que sont toutes les existences, la nôtre comprise.
    Eh oui, le meurtre est un moyen d'en sortir, délicat cependant. Je ne le conseille pas trop. Mais si vous voulez quand même imiter Labbé, lisez attentivement ce livre pour connaître les rouages psychologiques qui risquent de vous faire commettre l'étranglement de trop...


  • Commentaires

    1
    Jean Chauma
    Mardi 27 Octobre 2009 à 18:06
    Paradoxe ?
    Il y a comme un paradoxe dans l'accomplissement d'un crime : voler ou tuer, c'est qu'il ne peut se faire en raison pur avec intelligence, il faut toujours quelque chose d'autre quelque chose de caché au criminel et à ceux qui regardent ou analyse le crime. Seul les romanciers semble pouvoir nous montrer quelque chose de juste. Le crime contrairement peut être à la malhonnêteté ne supporte pas la raison et le raisonnement. J'ai la conviction que raisonner son crime empêche de le commettre.
    2
    Mercredi 28 Octobre 2009 à 10:03
    crime
    Action ou réflexion: l'une empêcherait-elle l'autre?
    3
    rm
    Vendredi 30 Octobre 2009 à 10:04
    Film
    J'ai vu le film, et j'ai trouvé la fin décevante, comme la fin de "Psychose", de Hitchcock: tout s'explique un peu trop facilement par des sources repérables dans le souvenir.
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