• Les expressionnistes venant de la montagne, au Kunstmuseum de Berne

       Blick auf Davos, par Ernst Ludwig Kirchner

    Tout est de la faute de Kirchner. En 1917, à 37 ans, il est venu se soigner à Davos. Il était blessé, drogué, psychiquement détruit. Ce séjour lui a paru si bénéfique qu'ils s'est installé là et y est resté jusqu'à son suicide en 1938.
    Et bien sûr, ça a influencé sa peinture. Formellement d'abord. La nervosité de la période berlinoise Brücke se calme. Les toiles sont plus apaisées, plus ordonnées, plus lumineuses. Bien.
    Mais cette exposition ne retrace pas seulement ça. Surtout une histoire d'amitiés, en fait. L'année 1920, Philipp Bauknecht, peintre allemand expressionniste et autodidacte, est à Davos pour soigner sa tuberculose. Même chose la même année pour le peintre néerlandais Jan Wiegers. Ils rencontrent Kirchner, se lient avec lui, sont tous deux fortement influencés par sa peinture - et l'influencent un peu. Dans ces situations d'échange...
    Puis c'est le tour de trois artistes bâles. Albert Müller, Herman Scherer et Paul Camenish voient des œuvres de Kirchner en 23, s'extasient, travaillent à le rencontrer, font des séjours fréquents et prolongés à Davos. Des œuvres avec de fortes parentés se créent, transposant le langage de Kirchner.
    Je laisse aux spécialistes ou aux visiteurs de l'expo le jeu de voir qui est plus ceci ou cela, ordonné, décoratif, structuré, dramatique, spontané, émotionnel, etc. L'ensemble en tout cas est d'un langage étonnamment commun.
    L'exposition est magnifique. Des paysages incandescents, habités, animistes, des scènes montagnardes monumentales au hiératisme sacralisant, des nus édéniques dans une nature bienveillante et innocente, des portraits mutuels qui baignent dans l'amitié, l'estime et le désir de percer l'autre dans son identité la plus intime...
    Puis drames. Fin de l'espoir qu'avait Kirchner de voir reprendre son héritage artistique par une génération jeune. Müller meurt en 26, Scherer en 27, Bauknecht en 33, Camenisch se tourne vers  le naturalisme, etc.
    Mais les toiles qui témoignent de cette collaboration amicale et peut-être un peu exaltée font revivre une période heureuse, fertile, enviable.
    Quand on invente ensemble. Qu'on se stimule. Quand tout semble possible. Un peu comme quand Braque et Picasso inventaient ensemble le cubisme autour de 1910...


  • Commentaires

    1
    Lundi 6 Août 2007 à 20:17
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    Excellente note. Cela donne envie d'y faire un tour mais c'est fini le 19. Il y a un livre à faire sur la synergie qui peut résulter de la réunion plus ou moins fortuite d'un groupe d'artistes. Pont-Aven, Dada à Zurich...
    2
    Mardi 7 Août 2007 à 12:18
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    Merci. Oui, je pense que de telles rencontres provoquent des envies de travail, de l'énergie supplémentaire, des échanges fertiles. Ce sont de petits moments privilégiés, des carrefours importants. Mais bien entendu, la création collective est rare en général, tant chaque artiste se doit d'exprimer une vision personnelle.
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