• Le Sommeil séfarade, par Eric Masserey (Bernard Campiche Editeur)


    J'ai fini le livre d'Eric Masserey. Court mais dense. Et complexe. Le vieil et aveugle Gaspar Camerarius (le nom vous dit quelque chose ?) engage la jeune Pélagie pour qu'elle lui fasse la lecture d'Anna Karénine. Une relation d'amitié ou d'amour se noue peu à peu entre le vieil homme mourant et la toute jeune fille de dix-neuf ou vingt ans. Ensemble ils partent pour Salonique où Gaspar veut retrouver une senteur de mer venue de son enfance, puis pour Kasos, où Pélagie est née, dont elle veut lui donner les odeurs. Kasos où meurt finalement Gaspar.
    Derrière cette histoire simple, les fondements sont subtils et ambitieux. Le texte s'interroge sur le rôle de la littérature. Un questionnement qui passe ici par l'expérience des limites. 
    Gaspar a toujours vécu dans les livres. D'une famille séfarade exilée d'Espagne en 1492, qui s'est finalement installée à Salonique, dans la librairie, avant de quitter l'endroit quand Gaspar a sept ans. Puis vient la guerre et, pour Gaspar, le Lager dont il réchappe. Mais il ne se souvient plus de rien quand il en sort. Il est recueilli par Constantin Levine, dont le récit de la mort ouvre le livre, Constantin qui tient une Librairie-Buchhandlung-Bookshop et lui enjoint, pour travail initial, de coller la première édition russe et reliée d'Anna Karénine, qui avait paru en feuilleton dans Le Messager. Depuis, ce roman et quelques grands autres (Le Quatuor d'Alexandrie, Pays de neige, La Chute, Mémoires d'Hadrien...) peuplent la mémoire de Gaspar, lui servent de passé et de présent. Il y a un autre niveau encore, les relations entre Gaspar, Komako, sa femme japonaise, et Constantin dont elle devient la maîtresse, à cause sans doute de l'impuissance de Gaspar suite à l'assassinat par un officier allemand de la femme vénale à qui il venait de faire l'amour pour la première fois de sa vie. Une relation triangulaire sur fond d'Anna Karénine, qui interroge le roman et se mêle à lui. Et puis également, suggérée, esquissée, l'histoire des juifs séfarades.
    Complexe, donc, on le voit, Le Sommeil séfarade. Un concentré de littéraire. Un texte évocateur et intéressant, habité de citations et d'échos. Un roman qui ne conclut pas, qui ouvre des voies en nombre. Et donne notamment envie de relire Anna Karénine (858 pages dans l'éditions de la Pléiade).


  • Commentaires

    1
    Claclaclara
    Dimanche 25 Novembre 2007 à 16:30
    surgonflage de pneus
    Pas la peine de se faire passer pour ce que l'on est pas... Vous pouvez dire, en toute simplicité, "de lire", et pas "de relire"; Vous pensez que 99 % de la population a lu Tolstoï ? Je sais bien que depuis la concierge hérisson, ça fait bien de faire croire qu'on a lu Tolstoï, mais quand même... Un peu de modestie, c'est mieux, surtout quand on est face à de vrais lecteurs qui n'usurpent pas le titre...
    2
    Lundi 26 Novembre 2007 à 09:52
    Claclaclara
    Désolé de vous décevoir mais il fallait comprendre "qui ME donne envie de relire..." (de qui d'autre aurais-je parlé, puisqu'il s'agissait de ma lecture de Masserey et que j'ignore profondément ce que celle-ci donne comme envie aux autres personnes). Et j'ai lu Anna Karénine. Donc, "relire" est bien correct. Parce que, il faut que vous le sachiez, il y a quand même de vrais lecteurs qui n'usurpent pas le titre et qui, eux, ont quand même lu un minimum.
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :