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Contre Sainte-Beuve, par Marcel Proust | 08 février 2008
Contre Sainte-Beuve est un livre de critique. Une ébauche de livre plutôt. Proust ne l'a jamais fini.
Pendant sa rédaction, il a commencé les premières scènes de ce qui deviendra A la recherche du temps perdu, qui a commencé à dévorer tout son temps, s'est développé au
point de ne plus lui laisser le loisir de terminer l'essai. Mais celui-ci avait rempli sa fonction. C'est en essayant de clarifier sa notion de l'art, de la littérature, de la création, que Proust a pu se lancer dans le grand roman qui l'attendait.
En fait, tout part d'une irritation. Proust était agacé par Sainte-Beuve, ce critique célèbre et célébré du XIXème siècle.
A cause de sa conception de l'écrivain d'abord. Pour Sainte-Beuve, l'auteur idéal devait être un dilettante, un amateur éclairé qui se consacre aux relations, aux mondanités, aux conversations, qui passe agréablement le temps, avec légèreté, puis, touché par la muse, lâche ici ou là un texte délectable.
A cause de sa conception de la critique ensuite. Pour comprendre un livre, dit Sainte-Beuve, il faut tout savoir de celui qui l'a fait, interroger ceux qui l'ont connu, lire ses lettres, collectionner les anecdotes sur lui...
Deux conceptions qui ont amené Sainte-Beuve à beaucoup se tromper. Proust relève ses plus grossières erreurs de jugement et explique en quoi le critique ne comprenait rien à la littérature. Sur Balzac, sur Flaubert, sur Nerval, sur Baudelaire, sur Stendhal. Dans des analyses où se déploient la grande intelligence de Proust, sa sensibilité, sa connaissance de la grammaire, son oreille musicale et sa capacité exemplaire à l'explication de texte.
Pour ce travail, Proust s'appuie déjà sur ce qu'il deviendra, qu'il n'est pas encore au moment où il rédige Contre Sainte-Beuve : un auteur qui travaille, peu préoccupé des autres et de leur opinion mais obsédé par la mise au jour de relations exactes, imagées, poétiques, par la création d'une prose personnelle et cohérente, sans se disperser, sans rechercher directement le suffrage des autres, tout concentré sur une vérité intérieure qu'il veut faire surgir.
Et il sait bien, lui le mondain pas entièrement repenti, que le meilleur de lui est dans cette activité d'écriture, et non dans les prestations sociales, toutes brillantes et admirées fussent-elles.
Publié par Alain Bagnoud à 09:13:07 dans Proust
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