• Article du Nouvelliste le 29.3 (suite)

    3) Comment avez-vous opéré ces choix?_Ont-ils été simples?

     Ces personnages m'ont tous obsédé à un moment ou à un autre. Il y a eu des périodes je me mettais à penser à un d'entre eux, à rechercher des renseignements, sans avoir d'ailleurs forcément l'intention d'en faire un texte. C'est souvent le hasard qui provoquait cette rumination. Pour Rory Gallagher, par exemple, on m'a rajouté à un groupe Facebook qui portait son nom. Jusque là, c'était un héros de mon adolescence, que j'avais perdu de vue. Le poète valaisan Vital Bender, je l'ai connu à cause de son cousin, Gabriel, le sociologue, qui a lu un texte sur lui lors d'une soirée littéraire. Dans d'autres cas, le déclencheur a pu être une commande : la revue coaltar, par exemple, m'avait sollicité pour participer à un numéro spécial consacré à Pessoa. Ça m'a amené à relire le grand auteur portugais et à m'interroger sur sa personnalité particulière.

    4)Y-a-t-il parfois de la nostalgie d’une époque dans l’évocation de ces destins hors du commun pour certains?

    Sans doute. Il faut quand même reconnaître que nous vivons dans une période de règles, de lois, de modèles de comportement, de hiérarchies. L'individualité, c'est-à-dire l'originalité, les différences, semblent aujourd'hui des crimes. J'ai la nostalgie d'une liberté et de moments plus ouverts, où l'homme, tous les hommes, avaient de l'espace pour être plus grands. Ce n'est pas un hasard si un des deux seuls personnages vivants du livre est un journaliste transgressif, hors normes, incompréhensible pour moi : Etienne Dumont, un homme tatoué des pieds à la tête, qui semble vivre dans un autre univers, donne l'impression qu'il se fiche éperdument de ce que les autres pensent de son apparence ou de ses articles parfois peu consensuels.

    5)Peut-on dire qu’il existe un jeu de miroirs dans cet ouvrage  entre les personnages et vous, entre les aspects sociétaux d’une certaine forme de radiographie littéraire et les structures intimes d’un narrateur qui se donne et qui se cherche?

    Vous avez raison. C'est exactement ça. L'idée de recherche de soi dans des autres est importante pour moi. Ces personnages sont contrastés, comme ma vie. Comme notre vie. On est toujours pluriel, divers – et peut-être qu'un des buts de l'existence, c'est de transformer cet écartèlement en une harmonie, d'intégrer les divers aspects qui nous bourrellent, de les unir en une personnalité unique, apaisée, acceptée. Pour moi, l'écriture sert aussi à ça.


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