• Ça commence doucement. Les premiers livres nous ont été offerts, puis il y a eu les classiques de l'école, et les premiers enthousiasmes de l'adolescence. Quand on s'installe enfin chez soi, on a une petite bibliothèque chérie.

    Bientôt, il en faut une deuxième. On s'en occupe, on classe les livres, par ordre alphabétique des auteurs, taille, couleurs, genres, thèmes ou maisons d'éditions (c'est mon cas : c'est ainsi que je les retrouve le plus facilement). Bientôt, on achète une troisième bibliothèque. Une quatrième.

    C'est encore gérable. Puis progressivement, ça ne l'est plus. Il y a des livres partout. Les rayons sont occupés sur deux rangées, et il y a des livres couchés au-dessus, glissés dans les moindres interstices. Sur le sol, des piles s'élèvent dangereusement. Et sur le bureau. A droite et à gauche de l'espace où on écrit.

    En plus, évidemment, ça a insidieusement gagné les autres pièces. La chambre à coucher, avec ses envahisseurs qui cernent le lit, la tête d'abord, puis le reste. Le salon, ses étagères aux beaux livres conquises aussi. Bientôt, on n'en peut plus. Comment faire ? Comment lutter ?

    J'ai de nouveau aujourd'hui sept sacs de livres à mes côtés, prêts pour le marché au puces. Inutile de dire que ma journée d'hier a été un cauchemar. Il a fallu épurer, choisir, séparer, exclure. J'ai fini complètement déprimé. Une autre épreuve sera d'apporter les livres chez un bouquiniste. Et il faudra éviter ensuite d'y retourner. Ça m'est déjà arrivé de racheter mes propres exemplaires.

    Pour le moment, ma bibliothèque a retrouvé une certaine dignité. Mais elle est boudinée comme un monsieur de cinquante ans qui remet un costume acheté des années plus tôt. Et je sais que tout va recommencer, les livres qui arrivent, qui s'étagent, s'insinuent...

    C'est décidé : je vais acheter une liseuse.


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