• ziriako_1096198287_l__armee_suisse.jpgEn temps de crise, on revient aux valeurs sûres. C’est Le Temps qui en parle. «  L’Association suisse d’assurances (ASA), l’association faîtière de la branche, qui représente 74 compagnies d’assurances ainsi que 49 000 postes de travail en Suisse, a organisé le 20 mai dernier une conférence de presse intitulée Pour le développement du personnel, les assureurs privés misent sur la formation militaire au commandement».

    Cette initiative nous rappelle le bon vieux temps, à nous vieux nostalgiques! Celui où les officiers de l’armée suisse étaient tous cadres. Celui où les cadres des entreprises étaient tous officiers.

    Max Frisch, alors, proposait une expérience intéressante: qu’un jour tout le monde vienne travailler en uniforme. On verrait de façon frappante, expliquait-il, l’adéquation entre le militaire et l’économique.

    Puis les temps ont changé. Dans les années 80, on s’est rendu compte que ça fonctionnait mieux si on demandait aux employés de participer. Avec plus d’identification et plus d’illusion de démocratie, on obtenait plus de rendement.

    Mais quelque chose d’autre s’est passé ensuite, que relève aussi le Temps. «Depuis dix ans, on observe qu’un nombre croissant de gens ne sont pas attirés par le management, note Eric ­Davoine. Ils veulent faire carrière et bien gagner leur vie, mais sans faire d’encadrement.» Eric Davoine est professeur en ressources humaines et organisation à l’Université de Fribourg.

    Donc, l’individualisme a pourri le beau modèle de dévouement à l’entreprise. Plus personne ne veut assumer des responsabilités, sans doute parce qu’elles ne donnent pas de plus-value, c’est-à-dire, en gros, de prestige. L’unique grandeur qui compte désormais, c’est celle de la paie. Elle seule détermine la position sociale.

    D’où le recours à l’armée pour réintroduire les vraies valeurs. Ah, ça va valser dans les bureaux! Compagnie, marche, front ma main, direction les écrans d’ordinateur! Finis les horaires fantaisistes, tout le monde sera là à zéro huit cents et je ne veux voir qu’une tête.

    Non. On peut plaisanter, mais il y a effectivement deux avantages indéniables à l’initiative de l’Association suisse d’assurances. D’abord, il est plus facile de se rebeller ou de tirer au flanc dans un modèle hiérarchique plutôt que participatif. Ensuite, le nouveau fonctionnement permettra d’éduquer les travailleuses. Elles pourront enfin goûter aux joies de l’armée, dont elles sont injustement privées depuis toujours. Au sein d’une société qui se féminise toujours plus, la revalorisation des compétences militaires dans le civil est donc, comme on le voit, tout à fait pertinente.

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