• Un peu de Balzac dans Proust

    Cabourg (Balbec)
    Réminiscences balzaciennes chez Proust. Ecoutez ces deux phrases :
    « Une après-midi de grande chaleur, j'étais dans la salle à manger de l'hôtel qu'on avait laissée à demi dans l'obscurité pour la protéger du soleil en tirant des rideaux qu'il jaunissait et qui par leurs interstices laissaient clignoter le bleu de la mer, quand, dans la travée centrale qui allait de la plage à la route, je vis, grand, mince, le cou dégagé, la tête haute et fièrement portée, passer un jeune homme aux yeux pénétrants et dont la peau était aussi blonde et les cheveux aussi dorés que s'ils avaient absorbé tous les rayons du soleil. Vêtu d'une étoffe souple et blanchâtre comme je n'aurais jamais cru qu'un homme eût osé en porter, et dont la minceur n'évoquait pas moins que le frais de la salle à manger, la chaleur et le beau temps du dehors, il marchait vite. » (A l'ombre des jeunes filles en fleur)
    Ça pourrait être du Balzac tout cru. L'inflexion de la phrase. La description des lieux. Les caractéristiques du personnage, sa description, de l'apparence générale aux détails caractéristiques saisis avec une rapidité exceptionnelle, depuis la silhouette mince jusqu'aux « yeux pénétrants ». Le « quand » qui introduit dans l'état général un fait exceptionnel, qui accélère soudain le récit et transforme une situation coutumière, paresseuse, habituelle, sans intérêt, en un moment exceptionnel où on comprend qu'il va se passer quelque chose d'extraordinaire...
    Bon, la deuxième phrase est déjà un brin plus proustienne. La minceur de l'étoffe qui évoque métonymiquement le frais de la salle à manger... Un jeu de liaisons dont on trouve de nombreux autres exemples dans La Recherche...
    Et autre rapport sur laquelle je tombe sans avoir le temps de l'examiner en détail, qui concerne deux scènes entières, deux tentatives de séduction d'un jeune homme par un homme plus âgé. La rencontre du narrateur avec Charlus, à comparer avec la rencontre de Lucien de Rubempré et de Vautrin déguisé en abbé Carlos Herrera dans Les illusions perdues, qui a bien pu lui servir de modèle...


  • Commentaires

    1
    Vendredi 12 Octobre 2007 à 12:44
    Bravo
    Superbe encore que cette lecture. Bravo, Alain! C'est un régal de lire les articles sur ce blog.
    2
    Anthropia
    Vendredi 12 Octobre 2007 à 15:24
    Oui passionnant
    quand on entre dans le style, qu'on s'y promène, la moindre nuance apparaît. Le fin du vêtement par exemple. Comme dans cette scène antologique de Flaubert, dans Mme Bovary, la promenade du fiacre dans Paris et les accélérations et cahots, métaphore de l'acte amoureux qu'on devine dans le fiacre.
    3
    Samedi 13 Octobre 2007 à 02:14
    Palzac dans Broust
    Salut Anthropia, ça s'écrit anthologique, parce que anthos en grec est la fleur. Mais oui, je sais que c'est une faute de frappe!Pas de quoi se fâcher! Alain, enfin , tu nous prépares le manuel de littérature comparée dont tous les profs rêvent!!
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