• Pâtres et cheval pie par Karel Dujardin (XVIIème siècle)Je trouve un plaisir énorme à lire les longues nouvelles de Tolstoï (une centaine de pages). Je vais ai déjà parlé ici du Père Serge, par exemple.
    Dans Le cheval, il s'agit d'un cheval. Un vieil hongre pie, ce qui donne aux fâcheux deux raisons de se moquer de lui. Le hongre est, comme tout amateur d'équitation le sait, un cheval castré, et le cheval pie a une robe majoritairement blanche avec des grosses taches d'une autre couleur, ce que nous trouvons très joli mais qui, pour une raison que j'ignore, déplaisait fort aux amateurs de chevaux, en tout cas dans la Russie de Tolstoï.
    Ce vieux cheval est en butte aux cruelles taquineries, aux vexations du troupeau auquel il appartient. Les jeunes se moquent de lui, le mordent, le chassent, le tourmentent, jusqu'au jour où soudain, la vieille jument qui dirige tout le reconnaît: elle l'a connu jouvenceau, mâle et triomphant dans un haras royal.
    Libéré par cette révélation, le hongre raconte son histoire, qui est celle d'une déchéance: castré à cause de ses appétits trop vifs, donné à cause de sa robe, il se révèle un trotteur d'exception mais que son maître affaiblit à force de mauvais traitements. Et la nouvelle touchante se termine par sa mort et son équarrissage.
    Tout ceci est doublé par l'histoire de son maître négligeant, jadis un gandin riche, mais désormais flasque, vieilli, ruiné, obligé de prendre une place d'officier pour survivre, qui ne reconnaît pas le vieil animal quand il le voit. Sic transit gloria mundi. Il reste à la fin la pitié, l'humanité et une réconciliation générale, due à l'inéluctabilité de la déchéance et de la mort.


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  • La tentation de Saint Antoine, par Brueghel

    En lisant Le Père Serge, une longue nouvelle de Tolstoï (70 pages en livre de poche), je repensais à un roman que j'ai parcouri il y a déjà plusieurs années, sur le même sujet. De François Weyerganz. Vous savez, il a eu le Goncourt il y a quelque temps, pour un livre qui n'était de loin pas son meilleur.
    Récompense d'une oeuvre, peut-être. Weyerganz a mérité de la patrie, notamment avec son Franz et François, où il règle ses comptes avec son père, écrivain aussi.
    Comme Le Père Serge, le roman de Weyerganz parlait d'un saint. Les époques étaient différentes. Les premiers siècles de la chrétienté pour celui-ci, les années 1840 à Pétersbourg pour celui-là. Mais il y a des similitudes fortes.
    Tous deux, par exemple, quittent le monde plus ou moins par orgueil, deviennent ermites, leur réputation croît, ils attirent petit à petit la foule et, piégés, doivent fuir, disparaître, changer d'identité. Puis ils effectuent un trajet personnel pour se dépouiller du monde, de l'orgueil, du moi, pour atteindre à l'humilité parfaite et à la dépossession radicale, qui rime avec l'ouverture et la transparence à Dieu.
    Avec quelque chose de plus âpre chez Weyerganz, de plus radical et qui frise l'inhumain, où il y a chez Tolstoï de l'effusion et un peu de douceur.
    Enfin, ce sont surtout des documents un peu inquiétants. Car qui rêverait de tout quitter et de devenir un saint aujourd'hui, dans nos sociétés? De cette manière?
    Ou, en tout cas, ces gens-là n'ont plus valeur d'exemple...


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