
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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gigantesque hangar avec des lumières qui tournent en furie paraît-il. Une fête électronique, quelque part dans une grande discothèque de banlieue. Plusieurs pistes de danses avec des thèmes différents. Ils sont harnachés, dénudés, jeunes et clinquants, chemises ouvertes, T-shirts courts, mini-jupes. Publié par Alain Bagnoud à 09:15:02 dans Transports | Commentaires (1) | Permaliens
Sur le trottoir, des pigeons se pressent autour d'un banc vert d'où une jeune femme en
minijupe et collants noir leur jette des grains. Robert ne s'y intéresse pas.
Il explique que dans les nouvelles de Maupassant, il y a une Madame Loiseau, femme revêche, c'est dans Boule de Suif, et une Madame Loisel, sympathique et attirant la pitié, dans La Parure. Le son - eau, conclut-il, est vulgaire, le son - el élégant.
Puis il cherche des exemples.
Le centre administratif des affaires sociales est un bâtiment luxueux dans lequel les pauvres font encore plus pauvres. Devant sa porte, une affichette de journal annonce que selon une étude scientifique américaine, les orientations politiques seraient dues aux gènes. Mais quand j'ouvre ce quotidien gratuit, je tombe sur une réclame pour se faire raffermir les fesses.
Il y a dans le coin de la rue un restaurant portugais dans lequel j'entrerais bien si je n'étais pas attendu.
Un long corbillard passe. Sans cercueil. Mais il faut bien que les corbillards se déplacent aussi.
J'aime quand il y a de la lumière dans les cafés.
Publié par Alain Bagnoud à 09:24:22 dans Transports | Commentaires (0) | Permaliens
Est-ce que les choses nous dévoilent d'autres aspects si on les observe souvent ? Cet abri de bus aux parois de plastique transparent givrées. Ou l'immeuble Vacheron Constantin, en même temps sobre, réservé, mais bien conscient aussi de ce qu'il est, dont on sent qu'il vaut mieux ne pas lui manquer.
Place du Molard. Plus personne ne se demande d'où vient ce nom. Plus loin Rive
, qui n'est pas au bord de l'eau.
L'Outback Café sert des spécialités australiennes mais on n'y mange pas de kangourou. A côté de moi, une fille gorgée de bière raconte des histoires. Pour montrer sa stupéfaction face aux choses qui lui arrivent, elle dit : « Moi, j'étais là... » puis elle lève les yeux au ciel et dodeline de la tête.
J'ai rendez-vous ici avec un éditeur dont la maison a été sauvée par les ventes inattendues d'un gros roman historique sur un médecin au XVIIIème siècle. Un de ses auteurs est déjà là. Une dame bien habillée aux mèches grises peintes par un coiffeur de luxe. Très polie, très bourgeoise, très contrôlée, très salon de thé. Elle aussi a publié un roman historique, m'explique-t-elle. Puis elle s'étonne de tout ce que je fais. « Parce que quand même, soigner la forme, bien écrire... »
La fille gorgée de bière additionne les tickets. Elle affirme que ça l'énerve ce truc, qu'elle n'arrive pas à calculer. Que puisque c'est comme ça, elle va faire tout au bol.
Publié par Alain Bagnoud à 10:07:35 dans Transports | Commentaires (2) | Permaliens

Il se sent déclassé, parce que son père était un haut magistrat, m'explique-t-il en préparant un poulet marengo qu'il fait revenir dans de l'huile avec des tomates et des champignons. Attirée par la lumière, une phalène se cogne contre la vitre. Un grand papillon nocturne. Mais il est en embuscade, dit-il, pour un poste prometteur qui permet une rapide ascension.
Il a dans son salon de faux objets égyptiens, le masque doré d'un pharaon, la reproduction d'un nu au chat de Balthus, et une fiancée aux mensurations conséquentes. C'est une Polonaise qui parle au téléphone avec des compatriotes.
Il l'a connue par l'Internet et il doit rapidement l'épouser s'il veut qu'elle reste. Mais il hésite, il ne se sent pas prêt. Et que va dire son père ?
Dans le jardin, derrière la fenêtre, des ajoncs et des genêts bougent dans le petit vent. Puis la douane, la frontière, des maisons.
Il suffirait de traverser un ruisseau et je serais dans un autre pays.
Publié par Alain Bagnoud à 10:15:30 dans Transports | Commentaires (1) | Permaliens

Après la fête, les forains démontent les manèges. Même pour ceux qui détestent cette joie violente et primitive des Luna Park, il y a quelque chose de triste dans ce terrain vague rendu à lui-même, où les camions chargés attendent le départ, les carrousels repliés imbriqués sur les ponts.
Un train fantôme non démonté, tout seul, est encore dressé au milieu de la boue et des passages piétinés. Sur son fronton, des mannequins représentent la créature de Frankenstein brandissant une tête coupée, un fantôme en suaire et un monstre verdâtre. Peintes sur les façades, observées par des incubes qu'on dirait tirés du Cauchemar de Füssli, des femmes à demi-nues, dont une goule aux cheveux et aux yeux noirs, du sang coulant de sa bouche, accroupie en train de dévorer un cadavre. Bien plus loin, l'air oublié, un punching ball où on peut tester la force de son poing contre un peu de monnaie.
Des promeneurs avec leurs chiens passent au milieu de cette fin d'époque. Une jeune fille tout en noir, avec une longue écharpe qui dépasse sous son blouson de cuir. Elle promène une levrette à tête fine. Un homosexuel maniéré pousse la caricature jusqu'à son minuscule chihuahua.
Il y a aussi le fils de voisins de quartier. Un jeune homme qui veut entrer dans la police. En attendant, il travaille dans une boîte de vigiles privés. Il porte des chaînes en or autour du cou, des ray-bans, ils se rase le crâne avec une houppette sur le front. Pour compléter sa panoplie, il s'est acheté un Pitbull.
Publié par Alain Bagnoud à 09:41:52 dans Transports | Commentaires (3) | Permaliens
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