JUSTE PARU
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LA TRILOGIE
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)

Pourquoi Pierre Bezhoukov se marie-t-il avec la belle Hélène, qu'il trouve pourtant sotte? C'est que tout le monde pense qu'il va le faire. Petit à petit, l'idée s'inscrit en lui également. On la voit progresser.
Un bel exemple de ces décisions qui nous viennent du dehors, décortiqué ici par Tolstoï avec son talent habituel. La pression sociale, les regards des autres, le coup de force du futur beau-papa, le prince Basile, qui après l'avoir retenu chez lui longtemps et enveloppé d'affabilité fait semblant de croire un soir que Pierre s'est enfin déclaré.
Pierre d'ailleurs accepte de se faire piéger, il estime que c'est nécessaire.
Et puis tout de même, il y a quelque chose de plus pour lui. Le corps d'Hélène, qu'il entrevoit à une soirée quand elle se penche, ce corps magnifique sous la robe. Sensualité. Mais l'amour?
Il s'agit bien de ça quand on a tant d'argent, quand la fiancée est si belle, quand tout le monde vous pousse.
Publié par Alain Bagnoud à 09:06:56 dans Tolstoï | Commentaires (1) | Permaliens

Une des choses qui frappent le prince André Bolkonski lors de sa première campagne contre Napoléon, c'est l'attitude de Bagration, qui commande l'armée russe à la bataille de Schoengraben. Bagration ne maîtrise pas le cours des choses, mais il fait semblant.
Chaque opération que vient lui signaler un courrier, chaque manœuvre sur une des ailes, Bagration simule que c'est lui qui l'a résolu, que tout est conforme à ses plans, qu'il se passe exactement ce qu'il avait prévu et décidé.
C'est la première ébauche d'une idée que Tolstoï exposera plus tard, notamment pour diminuer le mérite de Napoléon. Ce ne sont pas les généraux qui gagnent les guerres, ce sont les soldats. Aucun stratège, si fin soit-il, ne peut décider de l'issue d'une bataille, quels que soient ses plans. Ce qui rend un camp vainqueur, c'est le moral des troupes.
Ainsi, Napoléon gagne parce qu'il est encore servi par le nationalisme issu de la Révolution française, qui pousse les Français vers l'avant. Il gagne aussi parce qu'on le croit invincible. La victoire changera de camp lorsque les Russes se seront forgé un nouveau moral, une nouvelle identité, lorsque le souffle de la Révolution sera tari dans le camp français et que des défaites auront montré que l'aigle est faillible.
Publié par Alain Bagnoud à 09:16:13 dans Tolstoï | Commentaires (0) | Permaliens
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La propriété du vieux prince Bolkonski, pour laquelle Tolstoï a utilisé ses souvenirs d'enfance, ressemble à la cour de Louis XIV. Grand lever, petit lever du prince, organisation millimétrée de la journée, étiquette, cérémonial, et terreur sacrée qu'inspire le souverain à sa cour. Ici, c'est une toute petite cour: une fille, une belle-fille, un fils, un architecte...
L'impression de retour en arrière est accentuée par la tenue du prince qui porte une perruque poudrée et surtout, peut-être, par ses idées. Tous les capitaines de 1805, d'après lui, ne sont que de petits garçons qui ne savent rien, à commencer par Napoléon, qu'il qualifie de mazette. Les vrais soldats étaient de son temps à lui.
Ce morceau de passé immuable contraste vivement avec ce qui précède: la vie mondaine de l'aristocratie, bien vivante quoique décrite par Tolstoï avec ironie, et ce qui va suivre: l'arrivée du prince André, le fils, dans l'armée russe, en Autriche, et la confrontation avec les troupes de Bonaparte.
Ce bloc immobile a une fonction narrative précise: dans la composition du récit, il sert à accentuer encore les effets de mouvement qui l'entourent. Du grand art.
Publié par Alain Bagnoud à 19:28:36 dans Tolstoï | Commentaires (0) | Permaliens
L
e prince Bézoukhov agonise. Son fils Pierre est un bâtard, donc exclu de la succession. Comme le prince n'a pas d'enfants légitimes, ses héritiers sont des collatéraux: trois princesses qui se sont occupées de lui et le prince Basile. Mis à l'écart dans le grand château, ne comprenant à peu près rien à ce qui se passe, Pierre attend pendant que les autres avancent leurs pions et isolent le vieillard.
Mais en recoupant leurs renseignements, ils apprennent que le mourant aurait fait un testament et une demande de légitimation qui instituerait Pierre son héritier unique. Les papiers sont dans un portefeuille sous l'oreiller de l'agonisant.
Ce qui se passe après est amené de façon magistrale. Tolstoï décrit la cérémonie d'extrême-onction du mourant dans toute sa solennité. De petites descriptions des mouvements des personnages font comprendre au lecteur que les héritiers légitimes volent le portefeuille pendant que le vieillard est éloigné du lit.
Par chance pour lui, Pierre qui ne comprend rien à tout ça (on suit la scène selon son point de vue) peut bénéficier de l'appui d'Anna Mikhaïlovna Droubetskoï, qui, dans le livre, représente le type de l'intrigante. Elle arrache le portefeuille des mains des ravisseurs et fait ainsi de Pierre l'héritier d'une énorme fortune.
Son objectif? Que Pierre, reconnaissant, et à qui elle assure faussement que son père lui avait promis son appui, soutienne de toute sa force son fils Boris, pour qui elle a déjà obtenu une place dans la garde en harcelant le prince Basile, celui-là même qu'elle dépouille maintenant au profit du bâtard.
Le lecteur, qui a tous les éléments pour comprendre ce qui se passe, se sent plus futé que Pierre, et a envie de secouer le héros pour le faire réagir. L'essentiel est en arrière-plan: une esthétique efficace. Toute cette scène dans la nuit est d'une étrange beauté, d'un mystère et d'un suspense réussi.
Publié par Alain Bagnoud à 10:41:54 dans Tolstoï | Commentaires (0) | Permaliens
La beuverie que Tostoï décrit presque au début de son roman, Guerre et Paix (entre les deux réceptions initiales), montre surtout quelque chose: que la jeunesse d'ailleurs n'a rien à envier à la jeunesse de ce temps ou du mien – et réciproquement.
A Pétersbourg, des jeunes gens ivres se lancent des défis aux petites heures de la nuit. L'un d'eux assis sur le rebord d'une fenêtre, jambes pendant à l'extérieur, fait le pari de boire une bouteille de rhum cul sec. Ensuite, ils sortent faire la fête dans les endroits mal famés. Agacés par un commissaire de police, ils l'attachent à un ourson qu'ils trimballaient avec eux et jettent tout le paquet dans la Moïka, où commissaire et animal manquent de se noyer.
Souvenez-vous. D'accord, le commissaire de police, l'ours et la Moïka, nous ne l'avons pas fait. Mais le reste?
Publié par Alain Bagnoud à 10:16:17 dans Tolstoï | Commentaires (2) | Permaliens
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