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LA TRILOGIE
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)

Pierre-Isaïe Duc crée un univers très personnel dans les spectacles qu’il joue ou met en scène. Ceux qui se souviennent de son excellent one man show Le Chant du Bouquetin retrouveront son écriture drôle, allusive et poétique dans Le Pré ou les poèmes skilistiks, joué par la Compagnie Corsaire-Sanglot au Théâtre du Loup.
Soutenus par le travail sonore de Christophe Ryser, présent sur scène avec un autre musicien (Alexis Tremblay), les comédiens Vincent Fontannaz, Valérie Liengme, Léonard Betholet et Vincent Rime s’en donnent à cœur joie sur une partition chorale, libre et fertile.
Comme le titre l’indique, le fil rouge de la pièce, c’est un pré en montagne. Le lieu est d’abord une sorte d’Eden où les enfants apprennent à skier en tapant la piste. L’exercice est exigeant: une longue montée, quelques secondes de descente.
Puis les clients arrivent, et les infrastructures pour les accueillir se développent. Golf en été, ski en hiver. Télésiège où on drague.
Le ski prend une autre dimension. Les marques, le fart. Les compétitions de descente qu’on suit à la télévision. Roland Collombin, les centièmes d’avances aux temps intermédiaires, les jeux olympiques...
Le monde change, la montagne se bétonne. Des promoteurs avides achètent, construisent, vendent, se font élire, les billets de mille tombent. Les paysans laissent d’abord partir les prés d’en haut, qui ne valent rien, puis ceux d’en bas, puis le mayen, et ils se retrouvent finalement concierges de bâtiments luxueux vides toute l’année.
La charge est précise, renforcée par une exposition dans le hall du théâtre qui explique le mitage progressif du territoire montagnard. Précise mais pas ennuyeuse. Pour dénoncer, Pierre-Isaïe Duc utilise l’arme de l’humour. On rit beaucoup en assistant à cette suite de sketches déjantés qui résument l’histoire du Valais dans les cinquante dernières années.
Le Pré ou les poèmes skilistiks, de Pierre-Isaïe Duc. Compagnie Corsaire-Sanglot, création. Du 2 au 18 décembre 201. Théâtre du Loup, 10, chemin de la Gravière - 1227 Les Acacias, Genève, Suisse. Réservations : tél. +41 22 301 31 00
Publié par Alain Bagnoud à 10:46:09 dans Théâtre | Commentaires (0) | Permaliens
Un spectacle à ne pas rater: Le Misanthrope de La Fusterie, par le Théâtre du Saule rieur, mis en scène par Cyril Kaiser.
Ses atouts: un environnement exceptionnel, un a-priori esthétique fertile, d’excellents acteurs, du mouvement, de la fantaisie, de la vie et une lecture attentive du texte qui fait se déployer la langue de Molière dans un lieu bâti pour accueillir celle, plus austère, de la Bible.
L’Espace Fusterie, ou le Temple de la Fusterie, comme vous voulez, est un bel endroit classique: colonnades, orgue monumental, solennité des lieux. Le scénographe Roland Deville a imaginé de construire dans son chœur un petit théâtre, le théâtre de Célimène, fermé d’un côté par une image du douanier Rousseau, ouvert de l’autre sur une jungle de plantes.
La tension entre les styles évoque celle qui oppose les deux personnages principaux de Molière. Alceste, rude, sévère dans sa névrose de pureté, de sincérité, vise à la vérité, à l’explication, à l’isolement fusionnel des amants. Célimène, pleine de joie de vivre, coquette, comédienne, attache à elle tous les cœurs et en jouit.
Alceste, c’est l’excellent Vincent Babel, qui joue avec maîtrise des facettes de son grand talent, campe un personnage écorché vif et subtilement comique. Ce n’est pas la moindre réussite de cette mise en scène que d’avoir réussi à réinsuffler de la drôlerie dans ce personnage que Molière jouait en faisant rire, mais qui est devenu, ensuite, l’archétype du romantique pathétique.
Célimène, elle, est incarnée par Julie Kazuko Rahir. C’est une Célimène comme vous ne l’avez jamais vue. On connaissait le personnage coquet, manipulateur, elle lui rajoute une joie de vivre, un goût de l’amusement, de la fantaisie, et de la clownerie aussi, quand il s’agit d’amuser la galerie des petits marquis. Cette Célimène est très contemporaine: elle utilise son capital sexuel pour ses plaisirs et ses procès. Elle est bouleversante d’intensité et de force quand, face à la prude Arsinoé, elle défend sa soif de bonheur, et poignante à la fin, lorsque les Marquis qui dénoncent sa rouerie l’exécutent socialement.
Il faudrait citer tous les acteurs, Nicole Bachmann en Arsinoé puissante, orgueilleuse et fragile, Joël Waefler en Oronte irrésistible et touchant, les deux marquis Blaise Granget et Miguel Fraga, beaux, drôles et vifs, les jeunes Jeremy Perruchoud et Frédéric Eberhard en valets amoureux de leur maîtresse.
Et Philinte (Marc Zucchello), et Eliante (Héloïse Chaubert), très humains tous deux, qui sont les deux seules personnes de l’entourage de Célimène finalement épargnés par la bourrasque, même si Molière ne condamne personne.
Pour Cyril Kaiser, il n’y a pas dans cette pièce de vertueux purs et de salauds définitifs, à part peut-être les Marquis. Le metteur en scène n’aime pas les parti-pris monolithiques. Dans un travail fin sur les personnages, il donne une chance à chacun, démontre que Molière, finalement, voit dans chacun la médaille et le revers, l’apparence et l’intérieur, et englobe dans son humanité chaque caractère. Kaiser intègre aussi à la pièce tout l’espace de la Füsterie, ses galeries, ses colonnes, son orgue, rythme les actes de morceaux classiques ou de musiques plus contemporaines.
La mise en scène, baroque, très attachée au texte, recherche le contraste, le mouvement, la fantaisie, dans un retour aux sources de l’esprit de Molière. On passe rapidement du rire aux larmes, du solennel au lazzi, du distrayant au tragique. Une réussite.
Espace Fusterie, 18, place de la Fusterie, Genève, jusqu’au 23 octobre 2011, par le Théâtre du Saule Rieur. 19h mercredi, samedi; 20h30 jeudi, vendredi; 17h dimanche; Relâche lundi et scolaires les mardis. Réservations: 079 759 94 28.
Publié par Alain Bagnoud à 10:51:54 dans Théâtre | Commentaires (2) | Permaliens
Quand Molière jouait Alceste, le public riait. Grâce peut-être aux mimiques irrésistibles du grand comédien, qui roulait des yeux, bougeait ses sourcils noirs, hoquetait, etc.
Grâce aussi au ressort comique de la pièce qui est basé sur un oxymore. Le misanthrope amoureux. L'opposition violente entre cet homme que les simagrées mondaines révulsent, et cet amoureux qui est le jouet de Célimène, les deux dans un même personnage.
Pour amuser, il faut accentuer la contradiction. C’est ce qu’on a fait longtemps.
On riait encore en 1840, mais plus seulement. « Lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer » écrit Musset après avoir assisté à une représentation.
De nos jours, plus aucun metteur en scène ne rend Alceste risible. Ce serait difficile. Il faudrait le rendre ridicule par des procédés de cirque. Ce n'est plus possible à cause de plusieurs raisons:
La vénération qu'on a pour Molière.
La beauté du texte et le respect qu'il entraîne.
L’évolution historique du personnage d'Alceste, plus particulièrement depuis que Jean-Jacques Rousseau en a parlé.
Une autre sensibilité globale. Le conflit entre la comédie amoureuse, la grimace, le rôle qui est demandé par la séduction d’une part, et le besoin de sincérité, la volonté de se présenter en entier et d'agir avec franchise d’autre part est devenu tragique.
Le Misanthrope sera joué du 30 septembre au 23 octobre à l'Espace Fusterie, mis en scène par Cyril Kaiser.
Publié par Alain Bagnoud à 11:32:51 dans Théâtre | Commentaires (0) | Permaliens

Comédie crue, dit l’affiche. C’est vrai. Crue, drôle et également, oui, transcendante.
Ils sont vilains, solitaires, pauvres et brûlants, Yakich et Poupatchée. Un marieur réussit tout de même à les accoler. Enfin, à les faire s’épouser. Mais le cornichon de Yakich refuse de devenir dur (c’est le langage de la pièce), tellement Poupatchée est laide.
Les familles hurlent: il faut consommer. Du coup, tout le monde se retrouve au bordel, où une putain devrait exciter le pauvre Yakich et le mettre en état d’accomplir la chose. Raté.
C’est un autre visage de la femme qui arrive ensuite: une princesse compatissante dans son palais argenté. Trop splendide pour Yakich terrorisé.
« Quand elles sont laides, il s’évanouit, quand elles sont belles, il pleure. On va où, comme ça ? » Nulle part. Dans les gares et les terrains vagues.
Mais lorsque tout semble perdu, un tout petit moment de tendresse arrive, et de réussite, presque de fraternité. C’est déjà énorme dans ce monde théâtral très théâtral, désespéré, grotesque, décalé et drôle.
Humour juif. Hanoch Levin, l’auteur très prolifique et peu optimiste, est israélien, né en 43, mort à 55 ans ans après un cancer des os. Platchki et Ploutchki, les lieux imaginaires de la pièce évoquent irrésistiblement l’Europe de l’est avant la Shoah, les communautés ashkénazes, leurs personnages colorés, leurs accents, leurs rites, mariages et enterrements, leur enfermement aussi.
Si les personnages pénètrent fugacement dans un château, c’est pour s’apercevoir que cet endroit est exotique. Leur réalité, c’est Platchki et Ploutchki, où tout est laid, âpre, sans espoir.
Mais Platchki et Ploutchki sont partout, et nous sommes tous Yakich et Poupatchée. Même si, comme eux, nous sommes plus beaux à l’intérieur qu’à l’extérieur, ça ne se voit pas.
Mais le sommes-nous vraiment? Ce sera notre question de fin. Rédigez un paragraphe argumenté...
Yakich et Poupatchée, de Hanokh Levin, Texte français de Laurence Sendrowicz.
Une création du Théâtre du Loup. Mise en scène Frédéric Polier.
Du 22 mars au 10 avril 2011
Publié par Alain Bagnoud à 11:38:58 dans Théâtre | Commentaires (0) | Permaliens
On l'a vue samedi au Théâtre de Carouge, Salle Gérard-Carrat, fasciné par son talent, son humour, ses portraits piquants, touchants, et la détresse thématisée sur scène. Seule sur les planches. Une nouveauté pour Claude-Inga Barbey.
La comédienne expérimentée, star en Suisse romande grâce notamment à ses rôles dans Bergamote et Betty, se lance dans le one woman show. Ça s'appelle Merci pour tout.
Le décor et les accessoires sont minimalistes. Deux chaises, un caddie de supermarché, un coussin noir, un manteau rouge... Tout le reste dépend de l'actrice, qui crée une série de portraits de femmes dont les histoires s'entrecroisent: une assistante sociale, une femme médecin, une Portugaise femme de ménage, une Suisse allemande, une sans-papier camerounaise, et surtout la dame du neuvième qui vit avec son fils de huit ans, une folle, dit la Suisse allemande: on l'a vue donner cent francs suisses à un mendiant roumain.
Le don. C'est le thème général du spectacle. Comment savoir donner, comment procéder quand les autres vous disent qu'on se fait avoir, et qu'on le sait en fait très bien soi-même. C'est ce qui se passe avec la dame du neuvième. Elle a tendance à "aller trop loin". Elle recueille chez elle la sans-papier africaine et sa fille, fait tout ce qui est en son pouvoir pour que celles-ci obtiennent un permis de séjour, s'occupe de tout, s'attache trop fortement à la fillette...
Et peu à peu, le spectateur comprend que cette rage du don, chez elle, est l'envers d'un manque énorme. "Tu donnes ta vieille couverture bleue parce que tu n'en as plus besoin... d'accord" dit un personnage à la fin du spectacle, "mais donner vraiment, tu sais, donner vraiment, c'est donner ce qu'on n'a pas."
Observation fine, restitution virtuose de personnages en quelques traits, verve suggestive, auto-ironie, humour, tragédie, tendresse et déchirement: l'univers personnel de cette comédienne hors pair, brillante et attachante, mérite le déplacement.
Merci pour tout. Jusqu'au 30 janvier 2011 - Théâtre de Carouge, Salle Gérard-Carrat. ma/je/sa 19h - me/ve 20 h -di 17 h. 022 343 43 43
De et avec Claude-Inga Barbey. Mise en scène : Doris Ittig. Lumières : Jean-Michel Broillet. Son : Graham Broomfield. Costumes : Oana Stauffacher. Production : David Chassot.
Publié par Alain Bagnoud à 11:07:48 dans Théâtre | Commentaires (1) | Permaliens
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