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Claude-Inga Barbey, Merci pour tout | 23 janvier 2011

Claude-Inga BarbeyOn l'a vue samedi au Théâtre de Carouge, Salle Gérard-Carrat, fasciné par son talent, son humour, ses portraits piquants, touchants, et la détresse thématisée sur scène. Seule sur les planches. Une nouveauté pour Claude-Inga Barbey.

La comédienne expérimentée, star en Suisse romande grâce notamment à ses rôles dans Bergamote et Betty, se lance dans le one woman show. Ça s'appelle Merci pour tout.

Le décor et les accessoires sont minimalistes. Deux chaises, un caddie de supermarché, un coussin noir, un manteau rouge... Tout le reste dépend de l'actrice, qui crée une série de portraits de femmes dont les histoires s'entrecroisent: une assistante sociale, une femme médecin, une Portugaise femme de ménage, une Suisse allemande, une sans-papier camerounaise, et surtout la dame du neuvième qui vit avec son fils de huit ans, une folle, dit la Suisse allemande: on l'a vue donner cent francs suisses à un mendiant roumain.

Le don. C'est le thème général du spectacle. Comment savoir donner, comment procéder quand les autres vous disent qu'on se fait avoir, et qu'on le sait en fait très bien soi-même. C'est ce qui se passe avec la dame du neuvième. Elle a tendance à "aller trop loin". Elle recueille chez elle la sans-papier africaine et sa fille, fait tout ce qui est en son pouvoir pour que celles-ci obtiennent un permis de séjour, s'occupe de tout, s'attache trop fortement à la fillette...

Et peu à peu, le spectateur comprend que cette rage du don, chez elle, est l'envers d'un manque énorme. "Tu donnes ta vieille couverture bleue parce que tu n'en as plus besoin... d'accord" dit un personnage à la fin du spectacle, "mais donner vraiment, tu sais, donner vraiment, c'est donner ce qu'on n'a pas."

Observation fine, restitution virtuose de personnages en quelques traits, verve suggestive, auto-ironie, humour, tragédie, tendresse et déchirement: l'univers personnel de cette comédienne hors pair, brillante et attachante, mérite le déplacement.


Merci pour tout. Jusqu'au 30 janvier 2011 - Théâtre de Carouge, Salle Gérard-Carrat. ma/je/sa 19h - me/ve 20 h -di 17 h. 022 343 43 43

De et avec Claude-Inga Barbey. Mise en scène : Doris Ittig. Lumières : Jean-Michel Broillet. Son : Graham Broomfield. Costumes : Oana Stauffacher. Production : David Chassot.

Publié par Alain Bagnoud à 11:07:48 dans Théâtre | Commentaires (1) |

L'Ecole des Femmes de Molière au Théâtre de Carouge | 26 avril 2010

L'école des Femmes, photo Tribune de Genève

Il y a un arbre sur scène. Gigantesque. Un arbre sans feuilles, une sorte de souche.
De la Souche est, n'est-ce pas, le nouveau nom d'Arnolphe, qui s'est ennobli. Ce changement de classe sociale fait miroir avec celui d'Agnès, la jeune fille qu'il a quasiment achetée à quatre ans, pour l'élever à sa guise et l'épouser ensuite. Il veut ainsi éviter d'être cocu, sa grande hantise.
Agnès est une fille de paysanne, croit-on, Arnolphe lui apprend à quel point elle a de la chance qu'il veuille l'élever jusqu'à lui. Mais, comme on le sait, les jeunes filles sont faites pour aimer les jeunes hommes, l'amour va donner de l'esprit à Agnès, qui n'est pas celle qu'on croit, et le cinquième acte réserve au spectateur un coup de théâtre qui clôt tous les rebondissements et quiproquos de la pièce.
De quoi poser des questions aux passionnés de Molière. L'Ecole des femmes lui a en effet été inspiré, dit-on, par sa situation personnelle. A 40 ans, il a épousé Armand Béjart qui avait 19 ans, et qui aurait été soit la fille, soit la sœur de son ex-maîtresse Madeleine Béjart...
L'arbre, donc. Il soutient une cabane, merveilleuse construction jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'elle est en fait une cage à oiseaux, dans laquelle est enfermée Agnès. Sinon, quelques lumières et un rideau suffisent pour imager la déroute d'Arnolphe, qui croit maîtriser tout ce qui l'entoure, et qui se découvre finalement jouet des circonstances et de l'amour qui le ronge malgré lui.
Ce décor sobre est lié à la volonté du metteur en scène Jean Liermier de coller le plus possible au texte, de le faire entendre. La mise en scène sacrifie ainsi les facilités comiques à la lisibilité.
Tous les acteurs sont parfaits. Joan Mompart est un Horace naïf et enthousiaste. Lola Riccaboni en Agnès, compense la lourde tâche d'incarner le prototype théâtral de l'ingénue par un naturel ferme. Gilles Privat dans le rôle titre compose un personnage complexe, cynique, bien sûr égoïste, mais aussi fragile et qui suscite presque la compassion.
La fin en est une belle illustration. Arnolphe disparaît de la pièce. Chez Liermier, les parois de la scène, l'univers où il croyait triompher, s'effondrent, et le vieux macho s'éloigne lentement dans le brouillard lointain, s'efface peu à peu, guetté par Agnès qui semble prendre à ce moment la mesure du tragique du personnage.

L'école des femmes, de Molière. Mise en scène de Jean Liermier. Avec Gilles Privat Arnolphe Lola Riccaboni Agnès Joan Mompart Horace Jean-Jacques Chep Alain Rachel Cathoud Georgette Nicolas Rossier Chrysalde. Théâtre de Carouge, jusqu'au 8 mai 2010

Publié par Alain Bagnoud à 09:32:20 dans Théâtre | Commentaires (0) |

Gina, par Eugénie Rebetez | 21 mars 2010

Eugénie RebetezMy name is Gina.
I come from Jura.
Maybe one day I'll be a diva.


Sur scène, ça commence par une naissance à reculons, ça continue avec de l'accent jurassien dans un sketch qui évoque Zouc: «ben oui», «ben non», « salut »... Gina chante : «Je me sens la plus nulle, la plus bête…» Mais l'enfance dans le village de Mervelier mène au rêve des paillettes.
Gina veut devenir danseuse professionnelle mais son physique ne correspond pas aux critères admis. Elle aime manger, elle est rondelette. Elle cherche son identité, l'amour de soi et des autres. Le spectacle se termine devant un miroir entouré de lumières, un miroir vide où ne se reflète rien.
Le naturel, la sensualité, l'humour d'Eugénie Rebetez se conjuguent avec une technique maîtrisée et une présence étonnante. Elle parle un peu, joue de la trompette, chante, danse merveilleusement bien et fait ce qu'elle veut avec son corps.
Gracieuse ou grotesque, sensuelle ou balourde, superbe ou difforme à volonté, elle peut aussi à la manière des Mummenschanz se transformer en monstre ou en créature fabuleuse. Les sketchs sont surtout visuels, et ce qui doit être dit l'est dans des chansons irrésistibles en trois langues.
J'ai adoré et je n'étais pas le seul, samedi, à la Salle des Eaux-Vives, dans les locaux de l'ADC (Association pour la danse contemporaine). Allez, des adjectifs: émouvant, drôle, sincère, sensible, souvent bouleversant!
Je voudrais bien avoir quelques réticences pour donner un peu de poivre à ce commentaire, mais non: ce premier spectacle d'Eugénie Rebetez m'a paru une réussite parfaite.
Vous avez encore une chance de le voir ce soir, dimanche 21, à 18h, 82-84 Salle des Eaux-Vives (022 320 06 06).


(Tiré du site d'Eugénie Rebetez.)

Publié par Alain Bagnoud à 10:55:21 dans Théâtre | Commentaires (0) |

Oedipe Roi au Théâtre des Osses | 08 décembre 2009

René- Claude EmeryOn peut lire d'une façon particulière Oedipe Roi de Sophocle, mis en scène par Gisèle Salin et magnifiquement interprété par René-Claude Emery, en même temps fort, innocent, exigeant et pur: comme une fable qui montre l'humiliation du mâle.
Le roi, campé au début comme un macho dominateur, dictateur paternaliste, perd peut à peu ses certitudes en même temps qu'il se découvre lui-même et que deviennent visibles à ses propres yeux les ressorts qui l'animent, le constituent, à mesure que le personnage public, social, historique qu'il s'est construit cède devant la vérité intime, oubliée ou niée.
Toute sa virilité cède alors petit à petit. Le doute la fissure, révélant ses côtés féminins, puis transformant finalement Oedipe en une larve rampante, à la fin de la pièce.
Il y a un deuxième volet à cette mise en scène, une deuxième pièce qui était jouée ensuite, le soir où j'étais à Sierre, aux Halles (le 5 décembre). Jocaste Reine, de Nancy Huston.
Je n'ai pas vu ça. Il me fallait rentrer et les horaires des chemins de fer sont plus implacables encore que les oracles des dieux grecs.
Mais je serais curieux de savoir si un point de vue complémentaire à celui que j'ai vu dans Oedipe Roi, un point de vue féminin ou féministe, s'y manifeste...

Théâtre des Osses, jusqu'au 12 décembre, supplémentaires 22 et 23 décembre à 19 h

Publié par Alain Bagnoud à 14:45:53 dans Théâtre | Commentaires (1) |

Tsimtsoum au Théâtre Le Poche | 06 décembre 2009

Tsimtsoum, Mariama SyllaJ'ai appris un nouveau mot. Tsimtsoum. Oui ça existe. C'est même très sérieux. Sa définition: « La théorie du Tsimtsoum dérive des enseignements de Isaac Louria et peut se résumer comme étant le phénomène de contraction divine dans le but de permettre à la Création de prendre place. » Pour le reste, je vous renvoie ici, à l'indispensable et pas toujours sûr Wikipédia - à propos, Wikipédia est-il masculin?)
Comment j'ai appris ce mot? Tsimtsoum est le titre d'une pièce jouée actuellement auThéâtre Le Poche à Genève. Une création.
Le texte de Sandra Korol parle de Dieu. Thème séduisant et peu à la mode. La situation aussi est singulière. La mère supérieure d'un couvent a découvert que des scientifiques ont démontré l'inexistence de Dieu. Quatre sœurs se réunissent pour prouver le contraire.
Le texte est circulaire, un peu tarabiscoté, parfois un peu répétitif, intéressant. On ne comprend pas tout mais on s'en fiche, ça fait souvent mouche.
Le décor représente des cellules en forme d'alvéoles. Dans cette ruche, quatre nonnes aux irrésistibles costumes qui les mettent entre abeilles et érudites. Elles se disputent, papotent, cherchent des arguments ou des preuves dans la raison ou le sentiment.
Tout est censé se passer dans la tête de la mère supérieure, qui est en train de mourir et dont on entend la voix de temps à autre. Option un peu obscure mais on s'en fiche aussi: une ambiance est là. Et les actrices sont magnifiques. Des bêtes de scène. La pièce a été écrite exprès pour elles.
Ça semble avoir un peu castré le metteur en scène, ici. Mettez-vous à sa place, face à quatre grandes comédiennes de théâtre: cette force, ce rayonnement, cet abattage!
C'est comme un conducteur de char romain derrière quatre pur-sangs. Comment ne pas se laisser emporter? L'aurige semble débordé par ces galops fougueux, ces puissances individuelles et ces effets bouillonnants, volant sur son char fragile, cramponné, tout content déjà de ne pas être éjecté dans un virage.
Oui, j'ai trouvé ça un peu débridé. Défaut de rodage sans doute, d'une création encore toute jeune (j'ai vu la quatrième), dont on peut parier, à voir son potentiel, que ça va s'épurer, se cadrer. Mais je conseille. Ne serait-ce que pour ses comédiennes. Ah, ces comédiennes!

TSIMTSOUM (SANDRA KOROL / GEORGES GUERREIRO) jusqu'au 27 décembre 2009 , avec Aline Gampert, Kathia Marquis, Brigitte Rosset, Mariama Sylla, Théâtre Le Poche

Publié par Alain Bagnoud à 11:04:33 dans Théâtre | Commentaires (1) |

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