JUSTE PARU
Voir ici 
Articles de presse
LA TRILOGIE
Voir ici
Articles de presse
Articles de presse
Articles de presse
Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
Il est intéressant de voir aussi combien Rousseau, si ombrageux, si attaché à sa liberté, est mené, par d'autres ou par une idée qu'il se fait de lui.
Même sa grande réforme « romaine » qui le fait quitter sa place de caissier, ses vêtements de cour et se marginaliser, même ce suicide social est une sorte de comédie sincère et exaltée à la fois, liée au succès de ses premiers écrits. Il s'agit de se mettre en conformité avec eux.
Publié par Alain Bagnoud à 13:35:42 dans Rousseau | Commentaires (0) | Permaliens
L’ambition de Rousseau étant de montrer en quoi il est différent, on peut s’attacher à ses singularités. Sa relation avec Madame de Warens, par exemple est effectivement peu commune.
Son amour avec maman n’est pas filial. Il l’aime comme on aime une maîtresse, mais sans les emportements de la passion, même sensuelle.
Quand ils deviennent amants, c’est raisonnablement, parce qu’elle l’a décidé, parce qu’il est en âge (22 ans si je me souviens biens), toujours puceau, et que quelques agaceries faites par une dame ont laissé craindre à Mme de Warens qu’il allait se faire déniaiser – et donc, peut-être, lui échapper en se fixant sur sa maîtresse.
Elle l’aime sincèrement. Elle le protège, le nourrit, a de grands projets pour lui. C’est pour le préserver qu’elle se donne à lui.
Peu sensuelle, dit Rousseau, elle ne voit pas d’autre intérêt au sexe que celui de s’attacher ses amis, renforcer une relation. Sa facilité à prendre des amants vient paradoxalement du fait qu’elle est froide.
Publié par Alain Bagnoud à 13:29:54 dans Rousseau | Commentaires (0) | Permaliens

L’année Rousseau a donc été lancée officiellement avant-hier. Ce qui nous donne un bon prétexte pour lire ou relire cet auteur genevois.
Je conseille évidemment Les Confessions, qui est un récit éminemment vivant. Ce livre autobiographique, qui nous fait connaître la vie de Jean-Jacques, a un aspect qui intéressera surtout notre époque. Rousseau est le premier sans doute qui a parlé clairement de sa sexualité.
Il y avant bien avant lui les romans lestes du XVIIIème, mais ils appartenaient à des catégories convenues qui mènent en droite ligne à ces productions actuelles que sont la pornographie et l’érotisme. Lui, Jean-Jacques a parlé de sa sexualité propre avec ce que celle-ci avait de personnel, de spécifique - et a révélé aussi en passant la vie intime de ceux qui l’entouraient, Mme de Warens, Mme de Larnage, par exemple.
C’est ça qui choquait si fort Chateaubriand. Lui, grand séducteur pourtant – ce que Rousseau n’était assurément pas – glisse sur ses amours dans ses Mémoires d’outre-tombe, lâche parfois une allusion, garde le plus souvent le silence. Ce n’est pas le cas de Jean-Jacques qui s’attache à tout dire.
Et pour l’irruption de l’intime, dans la littérature, c’est une irruption explosive. L’auteur ne cache rien. Sur Thérèse: « je n’ai jamais senti la moindre étincelle d’amour pour elle, [...] je n’ai pas plus désiré de la posséder que Mme de Warens et [...] les besoins des sens, que j’ai satisfaits auprès d’elle, ont uniquement été pour moi ceux du sexe, sans avoir rien de propre à l’individu. » Il a tout de même connu l’exaltation charnelle grâce à Mme de Larnage, qui avait vingt ans de plus que lui, et était mère d’une fillette de quinze ans, dont elle lui avait promis qu’il serait fort caressé. Ce qui plongeait Jean-Jacques, qui en avait 26, dans des rêveries délicieuses et coupables...
Plus choquant, on apprend tout sur son masochisme, son exhibitionnisme, son goût du plaisir solitaire. Ce qui est surtout moderne dans cet étalement, c’est qu’en bon analyste, Rousseau, après avoir dévoilé ses goûts, tente de remonter à leur source.
Mlle Lambercier, sœur du pasteur chez qui il était en pension enfant, serait ainsi à l’origine de son attirance pour un amusement qu’il a pratiqué seulement avec la petite Goton de la rue de Coutance, faute d’oser le demander à ses autres partenaires, parce qu’il était trop honteux pour le faire. La fessée. C’est ainsi qu’elle l’a puni à deux reprises. Voici la cause et voici l’effet.
L'explication a le mérite d'exister. Mais on ne peut s'empêcher de penser que tous les enfants de l'époque se faisaient fouetter. Pourtant ils ne développaient pas systématiquement cette envie qu’avait Jean-Jacques d'être aux genoux d'une maîtresse impérieuse, d'en recevoir des ordres, d'obéir avec délices...
Publié par Alain Bagnoud à 09:39:20 dans Rousseau | Commentaires (0) | Permaliens
JEAN-JACQUES ROUSSEAU
CITOYEN DE GENEVE,
À M. D’ALEMBERT,
Sur son Article GENEVE,
Dans le Septieme Volume de l’ENCYCLOPEDIE,
ET PARTICULIEREMENT,
Sur le Projet d’établir un Théâtre de Comédie en cette Ville.
(extrait consacré à Molière)
"Ne nous prévalons, ni des irrégularités qui peuvent se trouver dans les ouvrages de sa jeunesse, ni de ce qu’il y a de moins bien dans ses autres Pieces, & passions tout d’un coup à celle qu’on reconnoît unanimement pour son chef- d’œuvre : je veux dire, le Misanthrope.
"Je trouve que cette Comédie nous découvre mieux qu’aucune autre la véritable vue dans laquelle Moliere à compose son Théâtre ; & nous peut mieux faire juger de ses vrais effets. Ayant à plaire au Public, il a consulte le goût le plus général de ceux qui le composent : sur ce goût il s’est forme un modele, & sur ce modele un tableau des défauts contraires, dans lequel il a pris ces caracteres comiques, & dont il a distribue les divers traits dans ses Pieces. Il n’a donc point prétendu former un honnête-homme, mais un homme du monde ; par conséquent, il n’a point voulu corriger les vices, mais les ridicules ; &, comme j’ai déjà dit, il a trouve, dans le vice même un instrument très-propre a y réussir. Ainsi voulant exposer à la risée publique tous les défauts opposes aux qualités de l’homme aimable, de l’homme de Société, après avoir joue tant d’autres ridicules, il lui restoit à jouer celui que le monde pardonne le moins, le ridicule de la vertu : ce qu’il a fait dans le Misanthrope.
"Vous ne sauriez me nier deux choses : l’une, qu’Alceste dans cette Piece est un homme droit, sincere, estimable, un véritable homme de bien ; l’autre, que l’Auteur lui donne un personnage ridicule. C’en est assez, ce me semble, pour rendre Moliere inexcusable. On pourroit dire qu’il a joue dans Alceste, non la vertu, mais un véritable défaut, qui est la haine des hommes. À cela je réponds qu’il n’est pas vrai qu’il ait donne cette haine à son personnage : il ne faut pas que ce nom de Misanthrope en impose, comme si celui qui le porte étoit ennemi du genre-humain. Une pareille haine ne seroit pas un défaut, mais une dépravation de la Nature & le plus grand de tous les vices. Le vrai Misanthrope est un monstre. S’il pouvoit exister, il ne feroit pas rire, il seroit horreur. Vous pouvez avoir vu à la Comédie Italienne une Piece intitulée, la vie est un songe. Si vous vous rappellez le Héros de cette Piece, voilà le vrai Misanthrope [...]"
Publié par Alain Bagnoud à 08:59:11 dans Rousseau | Commentaires (0) | Permaliens
Ce n'est pas seulement dans les sincérités de Rousseau, parfois effectivement très impudiques, qu'on se rend comte de sa singularité, mais surtout dans sa manière de présenter les choses, dans le poids qu'il met sur certaines d'entre elles.
Ainsi, le fait d'avoir mis sa progéniture aux enfants-trouvés, il l'appelle une faute, une erreur. Mais que ceux à qui il a confié ces abandons les aient répétés, c'est pour lui une bassesse d'âme, de la pure noirceur.
Ainsi, absolution: Vous voyez que mon péché est bien moins grand que le leur.
Publié par Alain Bagnoud à 09:02:09 dans Rousseau | Commentaires (0) | Permaliens
Depuis le 14-09-2006 :
6226021 visiteurs
Depuis le début du mois :
46180 visiteurs
Billets :
1230 billets
Commentaires