
Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
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Quand
on ouvre le livre, tout est fait. « Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un
matin, au sortir de rêves agités, il se trouva dans son lit
métamorphosé en un monstrueux insecte. »Publié par Alain Bagnoud à 11:18:01 dans Republication | Commentaires (1) | Permaliens
J'ai un peu parlé ici du début
de Millénium. Prière de s'y référer
si on ne sait pas de quoi il s'agit. Le sujet du jour est en effet
seulement sur les tomes 2 et 3 de la trilogie.Publié par Alain Bagnoud à 10:45:18 dans Republication | Commentaires (0) | Permaliens
Retour
sur des lectures. Saint-Simon. Pendant plusieurs années, j'avais un
rite quotidien : en lire quelques pages. Cette langue magnifique
m'aidait à respirer. C'était une forte implication, à cause de
l'amplitude et de la forme de l'œuvre. On n'entreprend pas les Mémoires
du duc comme le dernier Mickey. S'attaquer à la gigantesque épaisseur
de ce texte avec l'objectif de le lire comme un roman, c'est se
retrouver très vite épuisé, perdu dans cette langue charriante,
suffoquant comme le poisson sorti de l'eau. L'exercice, exigeant,
demande une croyante à toute épreuve aux vertus de la littérature, et
il récompense ceux qui le pratiquent par le cadeau d'une langue rare et
la saveur virile d'un des plus grands prosateurs français.
Louis
de Rouvroy, duc de Saint-Simon, né en 1675 à Paris, mort dans le même
lieu quatre-vingt ans plus tard, a eu très tôt comme ambition de rendre
compte de toute la société de son temps. C'est ce qui explique que,
dans les armées, il ait pris prétexte du premier avancement où il ne
figurait pas pour abandonner la carrière des armes et revenir à la
cour, au risque de se brouiller définitivement avec Louis XIV, qui
pardonnait difficilement à ses gentilshommes les plus en vue de ne pas
avoir envie de se faire tuer pour lui.
En
réalité, le duc de Saint-Simon ne manquait pas de courage. Mais, tout
habité par son projet d'écriture, il a fait un raisonnement simple : à
l'armée, on a des renseignements de première main sur les campagnes,
mais on ne sait rien de ce qui se passe à la cour. A la cour, au
contraire, on est aux premières loges en ce qui concerne les intrigues
et les événements de palais, et on en sait finalement autant sur les
guerres que si on est sur place.
Mais
à la cour, justement, le monarque visait et réussissait à mettre la
noblesse de son royaume à ses pieds, en supprimant tout son pouvoir
effectif et en lui distribuant uniquement des charges honorifiques.
Imbu de son titre de duc et pair, Saint-Simon va, toute sa vie, prendre
la tête de la noblesse dont on supprime les prérogatives et réclamer de
tous ses vœux et de toutes ses actions, contre la noblesse de robe qui
envahit les ministères et les postes importants.
Pour
ça, il place ses oeufs dans plusieurs paniers. D'abord le petit-fils de
Louis XIV, le duc de Bourgogne, intelligent, cultivé, réactionnaire et
pieux. Quand le père de ce dernier meurt avant le roi, Saint-Simon,
jubilant, est assuré de jouer un rôle important dans la politique du
petit-fils. Hélas, celui-ci, sa femme et son héritier disparaissent à
quelques jours d'intervalle, peut-être empoisonnés, laissant pour toute
lignée un seul petit garçon : le futur Louis XV.
Saint-Simon a plus de chance avec son joker : Philippe
d'Orléans, le neveu de Louis XIV, un libertin accompli qui prend le
pouvoir par intérim et devient le Régent. Mais sous son règne, les
expériences politiques du duc se soldent par un échec qui laissera le
champ libre à la bourgeoisie.
Libéré
de ses ambitions politiques, il ne reste plus au à Saint-Simon qu'à se
retirer et à utiliser son impressionnante documentation pour accomplir
enfin ce à quoi il a toujours aspiré. Alors, d'un trait dit-on naissent
ces « Mémoires », un monument d'écriture et de subjectivité. D'autres
diront : de partialité, d'injustice. Cette gigantesque fresque, ces
portraits fameux, guidés par des sentiments de ferveur et d'aversion,
dessinent une comédie humaine dans une langue fulgurante, vive,
elliptique qui en fait une des choses les plus fortes jamais écrites en
français.
Publié par Alain Bagnoud à 19:16:53 dans Republication | Commentaires (2) | Permaliens
sont constituées au
pire de pourris, au mieux d'incapables. Un discours populiste qui revient
partout, jusque parmi les élites (intellectuelles, culturelles,
administratives, politiques). J'en connais qui... Ils se reconnaîtront.
Publié par Alain Bagnoud à 18:19:11 dans Republication | Commentaires (2) | Permaliens
Céline n'aimait pas l'école. Ramuz non plus. Pas plus Queneau, et Cendrars, et les anarcho-syndicalistes de
l'époque. Ils se méfiaient parce qu'elle avait pour rôle,
pensaient-ils, d'intégrer le peuple dans la République. Mais pas
n'importe comment. En remplaçant la langue et la culture des enfants du
peuple par celles de la bourgeoisie cultivée.
L'école,
pour eux, c'était un « appareil idéologique d'Etat, voué à former et
réformer les structures mentales du peuple, à travers notamment
l'apprentissage d'un français national standard qui doit se substituer,
dans les couches populaires principalement, aux premières expériences
vécues de la langue familièrement parlée. » (Je sors cette citation de
la thèse de Jérôme Meizoz sur Ramuz, qui parle notamment de ces
questions : L'Âge du roman parlant 1919-1939, préface de Pierre Bourdieu, Librairie Droz, 2001.)
S'opposant
à ça, Ramuz, Céline et autres chantres de l'oral voulaient représenter
littérairement les gens de peu. Pour eux, l'écrivain avait comme
mission profonde de se dépouiller de la grammaire et du vocabulaire
scolaires, de transgresser les interdits, de renouer avec une langue
vivante. D'accepter la langue de la rue ou des champs, de la valoriser
et de travailler sur ses niveaux. Une manière de mettre le peuple dans
le champ de la culture.
Ce
qui m'amuse dans cette histoire, en fait, c'est qu'il y a le même débat
aujourd'hui, mais à l'envers. Les pédagogies d'après mai 68 suivaient
un chemin vaguement inspiré par les mêmes idées que celles de Ramuz ou
Céline. Leur but : faire entrer dans l'école d'autres langages,
d'autres cultures que celles de la bourgeoisie dominante incarnée dans
l'Etat.
Mais
cette époque est finie. Nous sommes maintenant en pleine réaction. Dans
le retour à l'autorité, au savoir, à la culture bourgeoises, à la
norme. Qui vise à imposer un seul modèle de comportement, une seule
culture, une seule langue. Celle des maîtres. Celle qu'ils dominent
mieux que tout le monde et qui leur assure un surcroît de pouvoir.
Pas étonnant que certains n'aiment pas l'école !
Publié par Alain Bagnoud à 12:29:50 dans Republication | Commentaires (2) | Permaliens
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