
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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Encore un qui nous parle de sa mère. Un héros de polar, je veux dire.
Nous avons vu ce qu'en faisait Michael Conelly dans Le dernier coyote. Son personnage
, Hiéronimus Bosch y découvrait finalement l'assassin de sa mère, une prostituée dont on avait défoncé le crâne et qu'on avait étranglée avec sa ceinture.
La maman de Dave Robicheaux, le flic de James Lee Burke, s'appelait Mae et avait fui la maison en laissant derrière elle Dave enfant et son mari alcoolique. Puis avait suivi une destinée proche de celle de la mère de Bosch, mais en plus sordide encore. Serveuse dans une boîte de Purple Cane Road, considérée comme une fille facile et vénale, elle avait été assassinée pas très loin de son lieu de travail.
Donc, bien des années plus tard, il y a le meurtre d'un petit maquereau nommé Zipper Clum. Et une histoire où se mêlent l'ancien bourreau de l'Etat, assassiné par l'une des deux jumelles dont il aurait abusé quand elles étaient gamines, un tueur à gages, une ancienne star de cinéma, l'épouse de Robicheaux qui a été la maîtresse d'un autre personnage du roman...
Ça se passe en Louisiane, dans le bayou, où notre héros possède aussi une buvette qui vend du matériel de pêche. C'est âpre, rude, détaillé, complexe, avec des accélérations vertigineuses dans les dialogues et une manière très sereine de poser ses décors. Très fort.
James Lee Bucke, Purple Cane road, Rivages
Publié par Alain Bagnoud à 09:14:33 dans Polars, etc | Commentaires (2) | Permaliens
L'inspecteur Bosch se penche sur son enfance et sur la mort de sa mère, une prostituée dont on a défoncé le crâne et qu'on a étranglée avec sa ceinture. On n'a jamais retrouvé l'assassin. Hiéronymus Bosch veut résoudre cette affaire.
Enfin, ce n'est pas exactement par choix. Il y est quasiment obligé. Il vient de s'énerver contre son supérieur, il l'a fait passer par la porte en verre de son bureau. A la suite de cet exploit, on le met en congé d'office, on l'oblige à aller voir une psychologue, de qui dépendra sa réintégration. Une
réintégration que Bosch veut absolument, et le plus rapidement possible.
Elle diagnostique en lui une violence anormale, un stress post-traumatique, elle lui demande de s'interroger sur le sens de sa mission. Du coup ça remonte. La mort de sa mère, jamais élucidée.
Il rouvre le dossier, découvre que des pièces ont disparu. Retrouve des témoins : l'amie de la morte, une call-girl, un ancien policier qui s'était occupé de l'enquête. Cherche à reconstituer ce qui s'est passé la nuit du meurtre, après une soirée donnée par un jeune loup de la justice, meneur d'une croisade morale contre le vice.
Du coup, Bosch, combatif, violent, tenace et impulsif, fait irruption dans le monde de la politique, des élections, des leveurs de fonds pour les candidats au sénat. Des gens qui sont devenus très puissants depuis l'affaire, et qui se révèlent de sacrées ordures. Que Bosch terrasse, avant de découvrir, surprise finale, que l'assassin était quelqu'un d'autre.
Documentation impeccable, enquête minutieuse, procédures reconstituées : tout ce qui fait le charme des romans de Conelly. Avec en plus ce personnage solitaire, décalé, perdu, ultime rejeton d'une race en train de disparaître. Comme le coyote qu'il aperçoit de temps à autre sur les collines de Los Angeles, qui se bat pour survivre dans un monde hostile. Son animal totem.
Michael Conelly, Le dernier coyote, Seuil Policiers
Publié par Alain Bagnoud à 09:11:01 dans Polars, etc | Commentaires (2) | Permaliens
Quand l'armée japonaise a envahi Nankin, la capitale de la Chine continentale, en 1937, il s'es
t passé des choses effrayantes et abominables. La perte de toutes règles et de tout repère. Un mois de fureur, de déchaînement, de viols, de tortures, de meurtres systématiques commis avec une variété de procédés qui rendent hommage à l'imagination humaine. 300'000 cadavres civils.
Une jeune Anglaise, obsédée par ce fait historique d'ailleurs mal établi, et plus particulièrement par une scène atroce qui est censée avoir eu lieu à Nankin, débarque en 1990 à Tokyo pour retrouver un film sur le sujet, dont elle a entendu parler.
Grey est folle, ou du moins on la tient comme telle. Elle est en tout cas imprévoyante. Elle se retrouve sans ressources dans la ville, s'attache à Jason, un jeune Américain ambigu qui la fait entrer dans un bar à hôtesses privé où elle rencontre des personnages bizarres : un vieil yakuza cruel et malade, sa nurse, une géante impitoyable... Le vénérable universitaire qui détient le film que Grey convoite passe un marché avec elle : elle doit lui fournir quelque chose que possède le yakuza si elle veut avoir accès aux images.
Un milieu que Mo Hayder (née en 1962) connaît bien si l'on en croit Wikipédia : « À 26 ans, après dix années de vie mouvementée sur fond de « sexe, drogue et rock'n'roll », elle décide, un aller simple en poche, de s'envoler pour l'empire du Soleil-Levant. Une fois arrivée à Tokyo, c'est la désillusion. Mo Hayder mène une existence austère, vit dans une seule pièce et n'en sort que pour aller travailler. Elle y exerce les métiers de barmaid, éducatrice et enfin professeur d'anglais... »
Tokyo est un thriller. Passé et présent qui font résonance, implication de tout dans la vie de personnages bien typés, coïncidences heureuses, impression que derrière le désordre apparent de l'existence, il y a une organisation cachée, inquiétante, un secret fondamental qui doit être révélé. Puis la fin est apaisée, même si elle reste pessimiste...
Tokyo a reçu le grand prix littéraire des lectrices de ELLE en 2006 et le prix SNCF du polar européen. C'est un livre qui est fait pour que le lecteur soit capturé et dévore l'histoire d'un trait, avide de mettre au jour la trame esquissée derrière l'éclatement des faits.
Et ça fonctionne très bien.
Publié par Alain Bagnoud à 12:12:52 dans Polars, etc | Commentaires (3) | Permaliens
Publié par Alain Bagnoud à 09:04:18 dans Polars, etc | Commentaires (1) | Permaliens

Ce qui m'a accroché dans ce gros livre (près de 500 pages dans la collection Points), c'est la minutie de l'enquête, la description précise de son déroulement qui commence par ce qui semble une overdose de junkie dans une canalisations d'écoulement d'eaux de pluie à Hollywood, et qui se déploie petit à petit, englobant toujours plus de gens, d'époques et de lieux, pour se terminer par la classique trahison de la partenaire-équipière-maîtresse-consolatrice du flic. Nécessairement, la femme perfide est la personne qui tire les ficelles. On connaît ça depuis Hammet et c'est un peu faible.
Mais le reste captive. Le policier s'appelle Hieronymus Bosch. Une première référence à la peinture. Une autre est la présence d'une toile d'Edward Hopper, Oiseaux de nuits.
Harry (on l'appelle comme ça, bien sûr - figurez-vous : Hieronymus...) est un ancien rat de tunnel du Vietnam. Il devait pénétrer dans les galeries occupées par les Vietcongs et les nettoyer.
Manque de pot pour les méchants, le junkie mort était un de ses anciens camarades. Il examine attentivement le cas, conclut que ce n'est pas un suicide, et c'est parti pour un large déploiement où on trouve des tunnels creusés sous des banques, des pourris du FBI, une manipulatrice qui veut venger son frère, des anciens dignitaires du Vietnam du Sud qui prenaient leur part sur tout ce qui se passait à Saigon en fait de filles, drogues, jeu, et qui sont arrivés aux USA avec des kilos de diamants...
Michael Conelly a été longtemps chroniqueur judiciaire au Los Angeles Times. Manifestement, il sait ce qu'est une enquête et également comment on peut être efficace quand on écrit un polar. Celui-ci a eu le Prix Calibre 38 en France et l'Edgar Awards aux USA.
Publié par Alain Bagnoud à 08:59:14 dans Polars, etc | Commentaires (7) | Permaliens
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