
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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Le
4ème de couverture de Quoi de neuf parle de
« nouvelles ». Les guillemets sont de l'auteur
mais ils étaient inutiles, tant on s'aperçoit vite
qu'il s'agit ici plutôt de tranches de vies, sans aucune mise
en forme.
Pourtant Pierre-Marie Pouget devrait bien savoir, en tant
qu'ancien enseignant, que la nouvelle se caractérise notamment par sa
construction.
Il n'y en a pas ici, pas plus que de style.
Ces histoires banales sont racontées dans une prose de
collégien besogneux qui n'aurait pas encore appris la
concordance des temps (« Le siège à côté
du chauffeur avait été prévu pour la guide qui
accompagnera (sic) le groupe... » p.23)
Tout
ça serait simplement inexistant si la pose de l'auteur ne
donnait à ce recueil un caractère agaçant. Ces
choses lâchées à la va-vite ont la prétention
de se montrer comme « des expériences révélant
nos parts d'ombre et de lumière ».
Lisez plutôt:
« La « nouvelle » annonce alors que
la chair, loin d'être synonyme de vallée de larmes,
intensifie son éclat quand bien même la décrépitude
nous atteint. »
Et Pouget n'a même pas l'excuse de
la jeunesse ou du défaut d'expérience des débutants:
Quoi de neuf est son dix-huitième livre.
Pierre-Marie Pouget, Quoi de neuf, Editions du Madrier
Publié par Alain Bagnoud à 10:27:01 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
J.M. Coetzee, Disgrâce. Publié par Alain Bagnoud à 09:30:23 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
Monde ». Le titre de son polar est alléchant. Ça barde à Bandahar. Publié par Alain Bagnoud à 09:13:04 dans Lectures | Commentaires (4) | Permaliens
Il y a quelque chose de paradoxal et de provocateur à choisir Jean Calvin comme sujet, pour un romancier, alors que la période dans laquelle nous vivons traîne ses principes dans la boue. Il n'aurait pas beaucoup aimé le foot et ses transes collectives, une chose à rappeler en ces jours où l'Euro envahit Genève. Il interdisait la danse et la musique (à part les psaumes), réprouvait la mode et codifiait les parures, couvrait ses fidèles de noir, réglementait la sexualité, fustigeait l'amusement, la fête et la joie sociale.
Il est vrai que dans l'économie, c'est autre chose, puisque les principes de Calvin ont créé le capitalisme, si on en croit Max Weber, et permis le libéralisme qui sévit aujourd'hui. Triomphe de Calvin dans ce domaine.
Bref, Nicolas Buri a choisi de raconter la vie de ce personnage magistral, de son enfance à sa fin. Nicolas Buri, scénariste.
On se doit de rappeler sa profession, tant le roman Pierre de scandale bénéficie des qualités que Buri a acquises dans l'exercice de ce métier. Le texte est très bien construit, composé de scènes courtes, imagées. Il cherche à donner « une vision panoramique de la vie du personnage en saisissant des instants saillants » (postface). Et ça marche. Les moments historiques, qui alternent avec les scènes plus intimes où on voit Calvin avec ses proches, établissent une image globale et pas si monolithique que ça du grand théologien.
Roman historique, donc, mais composition romanesque. Une figure d'inquisiteur est inventée, des scènes supposées, par exemple des rencontres avec Luther, ou avec Servet à Paris, dans la jeunesse de Calvin... Le résultat est passionnant, même si, parfois, il manque un peu de chair à l'écriture. Comme si le personnage principal avait glacé parfois la plume de Buri.
Malgré tout, il est difficile de lâcher ce livre quand on l'a commencé. Ceux qui ne connaissent pas Calvin y apprendront des choses qui les pousseront à voir plus loin, et les autres continueront à se poser des questions.
Par exemple pourquoi cet homme, qui a commencé sa protestation dans l'esprit de la Renaissance (Nicolas Buri le fait rencontrer plusieurs fois Rabelais), finit sa vie (dans le livre de Buri) en imposant à ses ennemis la torture et le bûcher médiévaux...
Pierre de Scandale, Nicolas Buri, Editions d'autre part
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 09:24:56 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
Au départ, c'est un fait-divers assez étonnant. Un type qui se fait passer pour un médecin pendant 12 an
s. Il prétend qu'il est chercheur à l'OMS, il trompe sa famille, manipule ses amis, vit en escroquant ses proches, en leur soutirant leurs économies qu'il placera, leur promet-il, à des taux exorbitants. Finalement, à la veille d'être démasqué, il tue sa femme, ses deux enfants, ses parents, essaie d'étrangler sa maîtresse, met le feu à sa maison au moment où la voirie passe et s'arrange pour être sauvé par les pompiers.
Le type s'appelle Jean-Claude Romand. C'est une histoire réelle, arrivée dans le pays de Gex.
Romand, sur lequel tout le monde avait mis de grandes espérances, qui était destiné à une belle carrière, qui est intelligent, qui s'est efforcé de toujours correspondre à l'image que projetaient de lui ses parents, ses proches. Qui aurait pu devenir ce médecin brillant qu'il feignait d'être s'il n'était pas resté au lit plutôt que de passer un examen de deuxième année à l'université.
Il était certes déjà un peu habitué au mensonge, mais depuis là, ça a pris des proportions énormes. Réinscrit pendant des années en deuxième année de médecine, il révisait avec ses amis et leur faisait croire qu'il poursuivait les mêmes études qu'eux. Puis qu'il enseignait à l'université de Dijon, qu'il avait un poste de maître de recherche à l'OMS.
Chaque matin, il se rendait au travail. Puis il attendait toute la journée dans sa voiture, sur un parking d'autoroute, dans la cafétéria de l'organisation, il se promenait dans des forêts. Pendant des années.
Fascinant, non ? Inconcevable ? Emmanuel Carrère essaie de comprendre. Il a contacté Romand en prison, il a sa bénédiction.
C'est que Romand essaie peut-être désormais de passer pour un grand criminel repenti, plongé dans la prière, à qui Dieu a pardonné. Carrère va l'aider dans cette voie, même s'il se méfie.
Il n'est pas psychologue. Il cerne bien la spirale du mensonge, cette peur de décevoir qui fait que Romand préfère tromper les gens et tuer plutôt que se montrer tel qu'il est. Il essaie de dresser un portrait sans complaisance du tueur.
Mais il ne peut s'empêcher d'éprouver de l'empathie pour le personnage, d'établir des corrélations entre eux, et il donne finalement une explication que Romand doit adorer : le faux médecin était en fait soumis à des forces démoniaques qui se jouaient de lui, qui le menaient, qui le contrôlaient.
C'est ce que dit le titre. L'Adversaire est en effet un autre nom de Satan.
Pourquoi pas ? Le Diable, c'est assez séduisant. Plus utile à dresser une statue que la faiblesse, la lâcheté, la difficulté à s'affirmer et à déplaire. Plus intéressant, en tout cas pour faire un livre qui, il faut bien le dire, fascine à cause de ce qu'il révèle sur cette imposture.
Emmanuel Carrère, L'Adversaire, Folio
Publié par Alain Bagnoud à 11:30:34 dans Lectures | Commentaires (5) | Permaliens
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