
Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
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J'ai plusieurs raisons pour vous renvoyer à l'article que René-Claude Emery a publié sur son blog le premier novembre.
La première est que l'auteur est mon cousin. Ma mère, Yvette, et sa mère, Anna, sont soeurs. N'est-ce pas? Yvette et Anna. (Les autres soeurs s'appellent Alice, Nelly, Lydie, Georgette, et le frère Angel. Tout ça fait sens, non?)
La deuxième est que René-Claude est un excellent acteur. J'en ai parlé ici et ici. Il joue Oedipe roi de Sophocle au Théâtre des Osses jusqu'au 12 décembre. On le voit dans ses oeuvres sur la photo à droite.
La dernière raison, enfin, est tout à fait accessoire. Evidemment. Dans cet article, il parle de mon roman, La leçon de choses en un jour, et, disons, en un mot comme en cent, qu'il n'en dit pas grand mal...
Le début:
Voilà un auteur dont j'ai lu tous les ouvrages publiés. J'allais écrire publications mais ça aurait été abusif. Il participe à plusieurs blogs, là, dont le sien, là, à un site littéraire, ici, et je crois qu'il a contribué à en tout cas un livre d'art, sans parler des articles de journaux.. La suite ici.
Publié par Alain Bagnoud à 12:09:29 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
Les rentrées littéraires ont ceci de plaisant qu'elles nous offrent toutes sortes de productions d'amis dont il est agréable de parler. Vous vous en êtes aperçu, d'ailleurs, si vous lisez régulièrement ce blog.
Aujourd'hui, Eric Masserey. Bernard Campiche, qui sait faire bien les choses, republie en édition de poche un de ses livres paru primitivement aux Edition d'Autre Part, à quoi il adjoint des récits de voyage dont certains, si je ne m'abuse, avaient été pris par la revue Ecriture.
Le premier récit, Une si belle ignorance (généalogies), est tout ce qu'il y a de bouleversant. Adressé à un fils qui n'a pas survécu, il fait le lien entre les morts d'une famille, unit les générations dans cette mémoire qui reste d'eux. Dense, lacunaire, juste, riche, le court texte vaut une autobiographie complète et pose l'auteur au bord de l'indicible, comme sur un cap avancé, apaisé face aux ténèbres et à la tempête.
Les autres textes sont le résultat de vingt ans d'écriture, de voyages et d'expériences. Là aussi, écriture très maîtrisée, sensibilité à fleur de peau... Médecin (on l'entend beaucoup ces temps-ci dans la presse à propos du virus H1N1: il est le porte-parole du canton de Vaud sur le sujet), Eric Masserey a été chargé de mandats pour des organisations internationales. Il était par hasard à Beyrouth en guerre, à Mogadiscio, en Asie centrale, à Madagascar. Il a recueilli des documents familiaux sur l'immigration en Amérique du Sud. Et d'ailleurs, une bouteille de vin le fait autant voyager qu'un Boeing 747...
Qu'on ne s'attende pas à des reportages. Le livre est fait d'éclats. Ces moments où la sensibilité se ramasse autour d'une scène, d'un spectacle, d'une vue. Ces instants où le passé se noue avec le présent et donne le vertige.
Je vous vois venir. Vous pensez peut-être, à lire tous ces compliments, que j'enjolive, que l'amitié m'emporte? Mais attendez un peu: je publierai ici un de cet textes. Vous verrez, alors, si j'exagère.
Eric Masserey, Une si belle ignorance (généalogies) et autres histoires, Campoche
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Publié par Alain Bagnoud à 09:51:52 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Simenon en maître du roman psychologique. On sait bien que ce qu'aime notre auteur, ce ne sont pas les constructions logiques et les suspenses qui permettent de découvrir finalement des assassins, mais plutôt les mécanismes mentaux qui les font agir, et dont la découverte permet, par exemple, à Maigret de démasquer le coupable.
Ici, il est donné au départ. C'est Léon Labbé, un bourgeois de Concarneau, qui tient une boutique de chapeaux en face d'un tailleur d'origine arménienne, Kachoudas. Kachoudas, immigré récent, est fasciné par ce bourgeois issu d'une lignée de la ville, qui connaît et fréquente tous les notables depuis l'enfance, et il le suit comme son ombre, au bistrot, en promenade... C'est ainsi qu'il finit par le surprendre en train d'étrangler une vieille dame.
Et ce n'est pas la première: la région vit dans la psychose depuis depuis deux mois. Mais Kachoudas hésite à dénoncer son voisin, renonce, tombe malade et meurt. Labbé est très affligé par ce décès qui le prive d'un témoin devant lequel il pouvait se justifier: il a assassiné sa femme et, pour dissimuler son crime, il lui faut éliminer toutes les amies de son épouse qui lui rendaient visite, à chacun de ses anniversaires. Ceci, c'est l'explication logique, et le tueur aimerait démontrer à quelqu'un la nécessité de ces meurtres.
La vérité, c'est que Labbé, en suiveur résigné, a suivi les petites ornières de la vie, n'a pas réussi à se rendre libre, a repris le magasin de son père et épousé par résignation une femme qu'il n'aimait pas mais que sa mère lui destinait. Il est le jouet de lui-même, de ses frustrations, de ses pulsions, et il finit, en bon sérial killer, par étrangler sa bonne qu'il ne supportait plus, puis une prostituée aux côtés de laquelle il s'endort, se faisant prendre ainsi bêtement et lâchement par la police.
Il y a un portrait de la bourgeoisie provinciale là-dedans, mais aussi toutes ces ambiances de petite ville que Simenon sait si bien recréer, et cette mesure de l'étroitesse et du désir de grandeur et de reconnaissance que sont toutes les existences, la nôtre comprise.
Eh oui, le meurtre est un moyen d'en sortir, délicat cependant. Je ne le conseille pas trop. Mais si vous voulez quand même imiter Labbé, lisez attentivement ce livre pour connaître les rouages psychologiques qui risquent de vous faire commettre l'étranglement de trop...
Publié par Alain Bagnoud à 12:50:22 dans Lectures | Commentaires (3) | Permaliens
Un premier roman. Reynald Freudiger, La mort du prince bleu.
Reynald Freudiger, jeune auteur né en 1979, je l'ai rencontré. C'est lui qui animait le débat sur les journaux intimes (voyez ici et ici), au Palais de Rumine (une Aire de liberté). Comme il a bien géré l'affaire et qu'on sentait dans la présentation et ses questions un homme sérieux, littéraire, avec cette étoffe riche que donne un rapport indispensable aux textes, j'ai lu son livre.
Il est en trois parties. La première est dense, intéressante. On se trouve dans une petite ville d'Urugay, plus précisément dans un quartier de prostitution. Le héros, appelé Le Gringo parce que né d'un Européen totalement inconnu par ailleurs, et pourvu de cheveux blonds grâce à son ascendance paternelle, noue une histoire d'amour avec une photographe de bonne famille qui shoote les graffitis. Elle s'installe avec lui. Dans ce quartier, ce n'est pas facile: la bourgeoise ne maîtrise pas les codes et passe pour la voleuse du jeune Esteban, chouchou des putains, sur qui une d'entre elles mettrait bien le grappin.
Deuxième partie: on se retrouve en Suisse. La narration change. Il s'agit ici de lettres, mails. De nouveaux personnages apparaissent. La réceptionniste du journal. Une journaliste qui se ballade en Amérique du Sud et publie des chroniques dont un jeune homme devient avide.
Autant le dire tout de suite: j'ai moins aimé cette partie. Il y a là-dedans un côté un peu exercice de style, et l'intrigue se fait filandreuse.
Mais tout se renoue par la suite. Troisième partie. De nouveau un bon moment. Les personnages se rencontrent, il y a une surprise finale, Reynald Freudiger attache ses pousses comme une gerbe et se paie le luxe d'unifier sa narration dans un effet final. Impeccable construction. Bravo.
Vous découvrirez tout ça. Car je vous conseille le roman. La mort du prince bleu. N'hésitez pas. Il est toujours passionnant de lire un jeune auteur qui promet.
Reynald Freudiger, La mort du prince bleu, L'Aire
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Publié par Alain Bagnoud à 10:46:27 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens

Plus l'homme veut (s')oublier, plus il va vite.
Voici la théorie de Kundera. Pour l'illustrer, il enchâsse trois niveaux.
a) Lui et sa femme vont passer un week-end dans un château transformé en auberge.
b) Point de lendemain. La nouvelle désormais quasiment symbole du XVIIIème, écrite par Vivan Denon, et rappelée dans La Lenteur, commentée, thématisée, interrogée.
c) Un congrès d'entomologistes qui comprend un intellectuel célèbre par ses apparitions médiatiques, un jeune homme désireux de plaire à son mentor absent, désabusé et brillant, une dactylo délurée, un savant tchèque qui revient à la recherche après vingt ans d'interdiction communiste où il a travaillé dans le bâtiment...
Ces trois plans se rejoignent à la fin du roman. Kundera et sa femme, au matin, voient s'éloigner le jeune entomologiste qu'il connaissent et également le personnage principal de Point de lendemain, après qu'ils se soient croisés près du château. Celui dans lequel ils ont passé la nuit. Celui où s'est déroulé le congrès. Celui qui a servi de décor à la nouvelle de Vivan Denon.
On a déjà compris que tout était issu de l'imagination de Kundera (pas l'écrivain, le personnage du livre), qui a d'ailleurs contaminé grâce à elle les rêves de sa femme.
Donc, la lenteur. Elle était pratiquée au XVIIIème siècle. La nuit d'amour du chevalier en témoigne, déroulée, calculée, mise en scène, étalée, prenant une place importante. A l'opposé, la gesticulation moderne grinçante de personnages persuadés de leur rôle ne débouche que sur un simulacre de coït grotesque.
Tout le monde d'ailleurs joue un rôle dans le livre, les nobles du XVIIIème aussi. Mais eux, c'est en privé, chacun pour l'autre, dans une mise en scène codifiée qui permet le passage à l'acte, la volupté, l'épicurisme, la mise en abîme jouissive. Ceux du XXème, c'est pour tout le monde, sous le regard de tous, dans une gesticulation de mauvaise foi, chacun persuadé de sa propre importance.
Devinez ce que préfère Kundera et là où il pense qu'on peut trouver, sinon le bonheur, du moins le plaisir qui permet d'oublier la souffrance?
Milan Kundera, La Lenteur, Folio
Publié par Alain Bagnoud à 10:30:26 dans Lectures | Commentaires (2) | Permaliens
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