Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Le blog d'Alain Bagnoud...

fonctionne au ralenti pendant l'été

Alain Bagnoud

Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)

DERNIERS LIVRES PARUS (CLIQUEZ POUR COMMANDER)

 Alain Bagnoud, La leçon de choses en un jour


Alain Bagnoud, Saint Farinet


Alain Bagnoud, La proie du lynx

Compteur

Depuis le 14-09-2006 :
495950 visiteurs
Depuis le début du mois :
29740 visiteurs
Billets :
546 billets

Rechercher dans ce blog

Juillet

DiLuMaMeJeVeSa
  12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

FreeCompteur Live

libstat


statistiques

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03

Quoi de neuf, par Pierre-Marie Pouget | 16 juillet 2008

Le 4ème de couverture de Quoi de neuf parle de « nouvelles ». Les guillemets sont de l'auteur mais ils étaient inutiles, tant on s'aperçoit vite qu'il s'agit ici plutôt de tranches de vies, sans aucune mise en forme.
Pourtant Pierre-Marie Pouget devrait bien savoir, en tant qu'ancien enseignant, que la nouvelle se caractérise notamment par sa construction.
Il n'y en a pas ici, pas plus que de style. Ces histoires banales sont racontées dans une prose de collégien besogneux qui n'aurait pas encore appris la concordance des temps (« Le siège à côté du chauffeur avait été prévu pour la guide qui accompagnera (sic) le groupe... » p.23)
Tout ça serait simplement inexistant si la pose de l'auteur ne donnait à ce recueil un caractère agaçant. Ces choses lâchées à la va-vite ont la prétention de se montrer comme « des expériences révélant nos parts d'ombre et de lumière ».
Lisez plutôt: « La « nouvelle » annonce alors que la chair, loin d'être synonyme de vallée de larmes, intensifie son éclat quand bien même la décrépitude nous atteint. »
Et Pouget n'a même pas l'excuse de la jeunesse ou du défaut d'expérience des débutants: Quoi de neuf est son dix-huitième livre.

Pierre-Marie Pouget, Quoi de neuf, Editions du Madrier

Publié par Alain Bagnoud à 10:27:01 dans Lectures | Commentaires (1) |

J.M. Coetze, Disgrâce | 03 juillet 2008

Si je me souviens bien, d'après un sondage fait parmi les écrivains anglais, le roman anglophone que ces spécialistes de l'écriture estiment le plus est celui de Disgrâce, par J.M. CoetzeJ.M. Coetzee, Disgrâce.
Mais je tiens à signaler tout de suite que ce n'est par pour ça que je l'ai acheté. Non, non, je ne suis pas sensible aux sirènes médiatiques. (C'est en tout cas ce que je voudrais vertueusement faire croire.)
J'ai lu cet auteur parce qu'un ami dont j'apprécie les goûts me l'avait conseillé. Le bouche à oreille. C'est ce qui, paraît-il, fait le mieux vendre les livres. Dans le cas de Coetzee, il y a quand même aussi le Prix Nobel de littérature 2003.
Disgrâce raconte celle d'un professeur d'université de 52 ans qui enseigne au Cap. Il couche avec une étudiante pour s'offrir une petite aventure et y trouve finalement, à sa grande surprise, un peu de feu.
Ça se termine mal. L'étudiante le dénonce, des irrégularités sont mises à jour, il refuse de montrer de la fausse culpabilité, donne sa démission et va rendre visite à sa fille, dans une ferme.
Là aussi ça se passe mal. Trois Noirs les dévalisent avec une brutalité inouïe, violent la fille et tentent de brûler vif le père. Pour pouvoir rester dans sa maison, la fille accepte finalement les offres de son copropriétaire noir, qui a peut-être manigancé le coup.
Il était entré comme « boy » à ses ordres, avait acheté une partie des terres. Il obtient le reste en échange de sa protection. Quant au père, qui était d'un égoïsme parfait (jamais il ne se demande par exemple ce que ressent l'étudiante qu'il a séduite), il finit par aider bénévolement la SPA locale. Il euthanasie avec compassion les chiens dont personne ne veut.
C'est le monde d'après l'apartheid. L'ordre ancien, patriarcal, injuste et brutal, est remplacé par un autre, pas moins patriarcal, pas moins injuste ni brutal. Un roman lucide, pessimiste, cynique, froid et dur. « J.M. Coetzee jette une lumière glacée et crépusculaire sur la nation arc-en-ciel » affirme le 4ème de couverture. On ne peut mieux dire.

John Maxwell Coetzee, Disgrâce, Points Seuil

Publié par Alain Bagnoud à 09:30:23 dans Lectures | Commentaires (1) |

Les 50 oeuvres qui comptent en Suisse romande | 27 juin 2008

 Saviez-vous qu'Alexandre Adler avait écrit un SAS ? Oui, Alexandre Adler lui-même, « l'ancien soviétologue diplômé de Libération, l'ex-éditorialiste associé au SASMonde ». Le titre de son polar est alléchant. Ça barde à Bandahar.
Un roman chroniqué dans Les 50 œuvres qui comptent en Suisse romande, publié par La distinction, revue de critique sociale, politique, littéraire, artistique, culturelle et culinaire fondée en 1987.
On y trouve d'autres livres qui ont passé parfois inaperçus. Par exemple le peu connu L'envers des choses, de Michel Tournier qui « nous relate les amours fraternellement incestueuses et les tribulations érotiques de deux jumeaux vrais de l'aristocratie éphésienne du IIème siècle après J.C. ». Ou un Dan Brown inconnu. L'auteur a en effet retrouvé dans ses tiroirs, après le succès du Da Vinci Code, un manuscrit plus ancien, Sous le mystère des flots, parlant de l'Atlantide. Ou un recueil des éditoriaux de Michel Danthe, lorsqu'il assumait la direction de Construire avant celle du Matin dimanche...
Non, là, vraiment, je le sens, vous n'y croyez plus. C'est trop. Vous ne vous laisserez pas piéger plus longtemps !
Bien sûr, ce sont des faux. Des recensions d'ouvrages qui n'ont pas existé. Ce dont se fait une spécialité La distinction, qui place dans chacun de ses numéros la chronique d'un livre imaginaire.
Se moquant de ces bibliothèques idéales, ces dix ouvrages les meilleurs de l'année, ces 100 livres qu'il faut avoir lus, brocardant ses têtes de turc avec un humour irrésistible, La distinction a fait l'œuvre salutaire de réunir 50 de ces lectures en recueil.
Ce qui vous permettra de tout savoir sur L'amant du Hei-Lung-Kiang de Marguerite Duras ou des traductions que l'éminent pissoir-poète Oskar Freisinger a fait de quelques articles de Paul Ricoeur, annotées par le médiatique curé François-Xavier Amherdt ( L'herméneutique philosophique de Paul Ricoeur et son importance pour l'exégèse biblique)... 

Les 50 œuvres qui comptent en Suisse romande, La distinction, Editions Faim de siècle & Cousu muche

Publié par Alain Bagnoud à 09:13:04 dans Lectures | Commentaires (4) |

Pierre de scandale, le Calvin de Nicolas Buri | 13 juin 2008

Jean CalvinIl y a quelque chose de paradoxal et de provocateur à choisir Jean Calvin comme sujet, pour un romancier, alors que la période dans laquelle nous vivons traîne ses principes dans la boue. Il n'aurait pas beaucoup aimé le foot et ses transes collectives, une chose à rappeler en ces jours où l'Euro envahit Genève. Il interdisait la danse et la musique (à part les psaumes), réprouvait la mode et codifiait les parures, couvrait ses fidèles de noir, réglementait la sexualité, fustigeait l'amusement, la fête et la joie sociale.
Il est vrai que dans l'économie, c'est autre chose, puisque les principes de Calvin ont créé le capitalisme, si on en croit Max Weber, et permis le libéralisme qui sévit aujourd'hui. Triomphe de Calvin dans ce domaine.
Bref, Nicolas Buri a choisi de raconter la vie de ce personnage magistral, de son enfance à sa fin. Nicolas Buri, scénariste.
On se doit de rappeler sa profession, tant le roman Pierre de scandale bénéficie des qualités que Buri a acquises dans l'exercice de ce métier. Le texte est très bien construit, composé de scènes courtes, imagées. Il cherche à donner « une vision panoramique de la vie du personnage en saisissant des instants saillants » (postface). Et ça marche. Les moments historiques, qui alternent avec les scènes plus intimes où on voit Calvin avec ses proches, établissent une image globale et pas si monolithique que ça du grand théologien.
Roman historique, donc, mais composition romanesque. Une figure d'inquisiteur est inventée, des scènes supposées, par exemple des rencontres avec Luther, ou avec Servet à Paris, dans la jeunesse de Calvin... Le résultat est passionnant, même si, parfois, il manque un peu de chair à l'écriture. Comme si le personnage principal avait glacé parfois la plume de Buri.
Malgré tout, il est difficile de lâcher ce livre quand on l'a commencé. Ceux qui ne connaissent pas Calvin y apprendront des choses qui les pousseront à voir plus loin, et les autres continueront à se poser des questions.
Par exemple pourquoi cet homme, qui a commencé sa protestation dans l'esprit de la Renaissance (Nicolas Buri le fait rencontrer plusieurs fois Rabelais), finit sa vie (dans le livre de Buri) en imposant à ses ennemis la torture et le bûcher médiévaux...

Pierre de Scandale, Nicolas Buri, Editions d'autre part
(Publié aussi dans Blogres.)

Publié par Alain Bagnoud à 09:24:56 dans Lectures | Commentaires (1) |

L'Adversaire, par Emmanuel Carrère | 11 juin 2008

Au départ, c'est un fait-divers assez étonnant. Un type qui se fait passer pour un médecin pendant 12 anJean-Claude Romands. Il prétend qu'il est chercheur à l'OMS, il trompe sa famille, manipule ses amis, vit en escroquant ses proches, en leur soutirant leurs économies qu'il placera, leur promet-il, à des taux exorbitants. Finalement, à la veille d'être démasqué, il tue sa femme, ses deux enfants, ses parents, essaie d'étrangler sa maîtresse, met le feu à sa maison au moment où la voirie passe et s'arrange pour être sauvé par les pompiers.

Le type s'appelle Jean-Claude Romand. C'est une histoire réelle, arrivée dans le pays de Gex.

Romand, sur lequel tout le monde avait mis de grandes espérances, qui était destiné à une belle carrière, qui est intelligent, qui s'est efforcé de toujours correspondre à l'image que projetaient de lui ses parents, ses proches. Qui aurait pu devenir ce médecin brillant qu'il feignait d'être s'il n'était pas resté au lit plutôt que de passer un examen de deuxième année à l'université.

Il était certes déjà un peu habitué au mensonge, mais depuis là, ça a pris des proportions énormes. Réinscrit pendant des années en deuxième année de médecine, il révisait avec ses amis et leur faisait croire qu'il poursuivait les mêmes études qu'eux. Puis qu'il enseignait à l'université de Dijon, qu'il avait un poste de maître de recherche à l'OMS.

Chaque matin, il se rendait au travail. Puis il attendait toute la journée dans sa voiture, sur un parking d'autoroute, dans la cafétéria de l'organisation, il se promenait dans des forêts. Pendant des années.

Emmanuel CarrèreFascinant, non ? Inconcevable ? Emmanuel Carrère essaie de comprendre. Il a contacté Romand en prison, il a sa bénédiction.

C'est que Romand essaie peut-être désormais de passer pour un grand criminel repenti, plongé dans la prière, à qui Dieu a pardonné. Carrère va l'aider dans cette voie, même s'il se méfie.

Il n'est pas psychologue. Il cerne bien la spirale du mensonge, cette peur de décevoir qui fait que Romand préfère tromper les gens et tuer plutôt que se montrer tel qu'il est. Il essaie de dresser un portrait sans complaisance du tueur.

Mais il ne peut s'empêcher d'éprouver de l'empathie pour le personnage, d'établir des corrélations entre eux, et il donne finalement une explication que Romand doit adorer : le faux médecin était en fait soumis à des forces démoniaques qui se jouaient de lui, qui le menaient, qui le contrôlaient.

C'est ce que dit le titre. L'Adversaire est en effet un autre nom de Satan.

Pourquoi pas ? Le Diable, c'est assez séduisant. Plus utile à dresser une statue que la faiblesse, la lâcheté, la difficulté à s'affirmer et à déplaire. Plus intéressant, en tout cas pour faire un livre qui, il faut bien le dire, fascine à cause de ce qu'il révèle sur cette imposture.

 

Emmanuel Carrère, L'Adversaire, Folio

Publié par Alain Bagnoud à 11:30:34 dans Lectures | Commentaires (5) |

1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| 22| 23| 24| 25| 26| 27| 28| 29| >>