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L'homme à l'autographe, par Zadie Smith | 08 février 2007

J'avais bien aimé le Zadie Smith. L'homme à l'autographe. Drôle, vif.
Et puis au moment d'en parler, je ne m'en souviens plus. Pourtant, j'ai terminé le livre avant-hier. Mais non. Envolé. Presque aucune trace. Il faut faire un effort de mémoire. Je reprends le quatrième de couverture.
 Un héros, Alex-Li Tandem, double comme son nom l'indique, chinois par son père, juif par sa mère, vit dans un milieu multiculturel. Il est courtier en autographes, traque ceux des célébrités et obtient celui d'une « obscure starlette hollywoodienne des années cinquante » qui vit recluse et, ne signant rien, est devenue mythique pour ça. Voilà, c'est l'histoire. Et puis ?
Une sorte de comparaison, il me semble, entre la quête de la religion et celle des célébrités. Le fan est un ersatz du chercheur d'absolu.
Je me souviens mieux de son premier roman, celui qui l'a rendue célèbre et a fait d'elle une figure people de l'Angleterre. Sourire de loup. Multiculturel aussi. Ça parlait de l'intégration et des liens avec le passé et du rapport des cultures et des problèmes liés à tout ça.
Bon, ne boudons pas notre plaisir. Finalement, j'ai passé des heures plaisantes avec L'homme à l'autographe. C'est léger. Fugace. Un peu show biz. Un roman habile, adroit, agréable. Distrayant.

Publié par Alain Bagnoud à 08:52:06 dans Lectures | Commentaires (0) |

Archimondain jolipunk, par Camille de Toledo | 06 février 2007

toledoCamille de Toledo est devenu, semble-t-il, l'emblème de toute une génération. Ces gens qui ont un peu moins que la trentaine, que l'ordre des choses suffoque, qui cherchent une manière de lutter - et un combat.
C'est Jérôme qui me l'a fait connaître. Il vient de terminer son université avec un mémoire sur Yves Velan (voir le 16.10). J'avais moi-même travaillé sur cet auteur voici plus de vingt ans, dans les mêmes circonstances. Nous sommes entrés ainsi en contact. Deux Velaniens. Des happy few. Il y en a d'autres. Une petite secte que je salue en passant.
Jérône Tonetti. Retenez ce nom. Ceux qui s'intéressent à la littérature en entendront probablement parler. Jérôme, donc, m'a offert le premier essai de Camille de Toledo (un pseudonyme, bien évidemment, qu'il explique en fin de livre : on n'en dit rien ici...). Archimondain jolipunk (chez Calman-Lévy et en Livre de Poche), sous-titré Confessions d'un jeune homme à contretemps. C'est un essai doublé d'une autobiographie qui colle à celle d'une génération dont l'éducation s'est faite entre la chute du mur de Berlin et les attentats du 11 septembre 2001.
De Toledo a de la culture (beaucoup, et il l'étale parfois : un côté « j'ai tout lu » qui peut agacer), de l'intelligence, un grand talent littéraire. Servi par ses lectures, il analyse avec précision les mouvements de l'époque : la fin de la dialectique, la déréalisation du monde par l'image, l'homme-flux, l'altermondialisme (je n'en cite que quelques-uns, il est beaucoup plus précis) et leur incidence sur l'individu : la résignation, le dandysme de masse, le scheeze, pour finalement prôner un « romantisme aux yeux ouverts ». Salutaire et porteur d'espoir. Si de tels garçons existent...

Publié par Alain Bagnoud à 16:15:05 dans Lectures | Commentaires (0) |

Cave, par Pascal Praplan | 31 janvier 2007


Pascal Praplan a vécu une belle histoire. Celle dont rêvent tous les auteurs qui expédient leur manuscrit par la poste.
Ce n'est pas un débutant. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages impertinents sur la politique, notamment Le bal des eunuques qui traite de l'impuissance parlementaire  à Genève (avec Renaud Gautier) et il a publié en 1998 un premier roman policier dont le héros est le Poulpe. Ça s'appelle Légitime défonce (sous le pseudonyme de Paul Milan, aux éditions Baleine).
Je l'ai connu à Genève, Pascal Praplan, il y a quelques années. Elégant globe-trotter, journaliste indépendant, dans tous les sens du terme. Féru d'écriture et de romans noirs. Il vit maintenant à Ayent, je crois. Salut, Pascal ! (Si tu me lis.)
Donc, Pascal Praplan a écrit Cave. Il en a fait dix copies, les a envoyées à cinq grandes et cinq petites maisons d'édition parisienne. Là-dessus, trois réponses personnalisées. Une lui annonçait que l'on avait détesté son texte. Les deux autres étaient positives.
C'est chez Belfond qu'il publie aujourd'hui son roman. Cet éditeur le lui a pris tel quel, sans corrections, en gardant le même titre.
On comprend en lisant Cave ce qui a tenté la maison. C'est un thriller. Un thriller en forme de huis-clos. Deux personnages principaux, une mère et une fille, S., qui approche la quarantaine. La mère est tyrannique, oppressive, elle a dirigé sa fille jusqu'à ce moment. Mais la fille rencontre un homme, découvre la passion, se révolte, ne veut plus de ce regard qui la juge, qui la dirige, qui l'emprisonne sous des années d'éducation et de mensonge. Elle agit. Un plan tordu, évidemment (le titre vous donne un indice).
Le principe du thriller veut qu'on ne révèle pas ce qu'il se passe, puisque c'est l'avancée des informations qui crée l'envie d'en savoir plus. Ici, c'est très bien fait. Ambiance tendue, étouffante, cruelle. Evénements d'autant plus accusés qu'ils sont dits sur un ton glacé, au présent, avec des phrases simples. Avec deux points de vue sur l'histoire, l'un donné par les écrits de la mère. Et un retournement final... Si vous êtes curieux...

Publié par Alain Bagnoud à 17:08:34 dans Lectures | Commentaires (0) |

Cosmopolis, par Don DeLillo | 27 janvier 2007


Don DeLilloOn peut faire quelques reproches à Don DeLillo.
Cosmopolis a une intrigue bizarre : un maître du monde de 28 ans qui traverse New York en limousine blanche pleine d'électronique et d'écrans pour se faire couper les cheveux. Ça lui prend une journée. Il y a des obstacles, la visite du président des Etats-Unis, une manifestation anti-mondialiste, un happening filmé qui remplit une rue de gens nus, la procession mortuaire d'un rappeur mort dont le corps exposé est baladé dans toute la ville. C'est un peu carnavalesque.
Dans ce périple, Eric Packer rencontre trois fois sa femme, une riche poétesse suisse, héritière d'une immense fortune. Par hasard. A New York. Trois fois en une journée. Dans les situations les plus incongrues.
Des faiblesses psychologiques aussi. Des clichés. Packer est tout ce qu'on attend d'un impitoyable arriviste qui joue avec l'argent des autres. Arrogant, cruel, infatué, vulgaire, égoïste. On n'éprouve pas la moindre empathie pour lui. (Sauf peut-être quand il retrouve son vieux coiffeur et tout à la fin, quand il court vers sa mort.) Et sa femme ? Elle rit quand elle apprend qu'elle a tout perdu. Il y a plus important que l'argent. Vous avez deviné : la poésie.
Mettons que ça soit une fable. Quand le héros cherche à décoder les cours du yen, à saisir la logique derrière l'aléatoire, c'est DeLillo qui cherche à décoder la société de son temps, c'est l'écriture qui cherche à décoder le monde, à retrouver une humanité derrière le capitalisme et le virtuel, etc.
Puis c'est du DeLillo quand même. Il y a un style, une vision, une intelligence. Une économie de moyens. Un langage tendu, abstrait, une lenteur sourde, une volonté de lever le rideau sur la profondeur des choses. Et cet extraordinaire art des dialogues, tendus, révélateurs, armés, ferraillant comme des duels. D'ailleurs, les mauvais livres de DeLillo sont bien meilleurs que les plus aboutis de... de... Non, ne me le faites pas dire !

Publié par Alain Bagnoud à 10:25:26 dans Lectures | Commentaires (0) |

La pitie dangereuse, par Stefan Zweig | 16 janvier 2007

 Stefan Zweig, vous savez ? 1881-1942. L'ami et le pendant de Sigmund Freud. Tous deux juifs viennois, intéressés par l'esprit humain, sa structure et ses bizarreries. Freud lisait les nouvelles de Zweig avant publication, Zweig a écrit l'oraison funèbre de l'inventeur de la psychanalyse. Zweig, écrivain très connu, obligé de fuir l'Autriche à cause des nazis, suicidé avec sa femme au Brésil, à Pétropolis, à cause de la guerre qui avait détruit ses rêves de pacifisme et d'humanisme.
Il a écrit des dizaines de nouvelles, des biographies, du théâtre, et un seul roman. La pitié dangereuse. Un roman très influencé par le genre de la nouvelle. Une étude de cas avec un développement régulier et une chute brutale (c'est le cas de le dire : je ne veux pas faire de mauvais jeu de mot, mais l'héroïne handicapée finit par se jeter de sa terrasse). Un roman qui insère plusieurs histoires autonomes, comme de petites nouvelles : la transformation d'un petit juif misérable en noble hongrois, le dévouement du médecin Condor qui épouse sa patiente aveugle...
Un roman quand même, et sur un sujet intéressant : la pitié, et comment elle peut dans les êtres faibles détruire le sens de la responsabilité individuelle. C'est brillant, analytique et salutaire.
L'intrigue : un jeune officier pauvre est en garnison en province, juste avant la Première guerre mondiale. Le riche du coin le convie à une soirée. Un peu grisé, il invite après le repas la fille de la maison à danser. Une belle gaffe ! Elle est infirme. Pour se faire pardonner, il expédie des fleurs, y retourne, s'apitoie, ne se rend pas compte qu'elle tombe amoureuse de lui, se laisse emprisonner par irrésolution dans des promesses, commet finalement une belle lâcheté, veut tout rattraper en sacrifiant son existence à cette fille mais l'assassinat de Sarajevo empêche l'arrivée du télégramme. Irruption de la grande histoire dans la petite. Fin tragique. Guerre qui fait efface à peu près cette histoire. A peu près. Car « aucune faute n'est oubliée tant que la conscience s'en souvient. »
Et en plus de cette conclusion, je vous livre une analyse de Zweig, à méditer :
« Il y a deux sortes de pitié. L'une, molle et sentimentale, qui n'est en réalité que l'impatience du cœur de se débarrasser au plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d'autrui, cette pitié qui n'est pas du tout la compassion, mais un mouvement instinctif de défense de l'âme contre la souffrance étrangère. Et l'autre, la seule qui compte, la pitié non-sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu'elle veut et est décidée à persévérer avec patience et tolérance, jusqu'à la limite des forces humaines. »

Publié par Alain Bagnoud à 17:18:46 dans Lectures | Commentaires (0) |

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