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Chauma, Delon et le Samourai | 07 avril 2007

Jean Chauma. Un braqueur de banque. Son roman, Bras cassés. Son entretien à la revue A contrario. J'ai parlé de tout ça. On y revient, à cet entretien, tellement la vision de Chauma me semble intéressante.
Sur l'argot par exemple. Ce parler, explique Chauma, est responsable de beaucoup de choses dans le milieu des voyous. Il permet et provoque le délit, parce qu'iI propose un nombre limité de mots. Il se compose d'images qui atténuent la brutalité des faits. « Il m'a allumé » pour « il m'a tiré dessus », par exemple. De périphrases, de termes qui permettent de s'entendre sans jamais formuler les crimes, la faute. Ce qui les rend possible en les masquant. On ne dit pas : « Tu lui diras que j'ai tué son ennemi d'une balle dans la alain delon dans le samouraitête », mais : « Tu lui dira qu'il n'a plus besoin d'avoir de souci. »
Ce langage est complété par des poses, des attitudes. Les voyous des années 70 trouvaient leur définition et leurs modèles dans le cinéma. Ils singeaient Lino Ventura, Gabin. Pour Chauma, c'était Delon dans Le Samouraï. Le film lui donnait ses postures et ses manières d'agir.
Ces références étaient partagées par ces gens qui vivaient entre eux, dans la nuit,  « de brasseries en dancings, de dancings en clandés, selon un rythme immuable. » Une vie de clan, répétitive. « Il s'agit en somme d'une virilité de groupe de type homosexuel, mais sans sexualité. » Parce que «  la féminité équivaut à la soumission ».
Justement la femme ? Elle est partout dans le milieu mais on ne lui parle pas. Avec la mère, les sœurs, il y a, d'après Chauma, un rapport incestueux. Symboliquement en tout cas. Il donne l'exemple du Parrain.
Quant aux compagnes, elles doivent faire des passes. C'est la seule activité honorable. L'échange est le suivant : la gagneuse donne tout son argent à son mac et en revanche, celui-ci est fidèle. Ce qui veut dire qu'il n'est pas question pour lui de monter avec une prostituée.
Mais mac, dit Chauma, c'est une vie étriquée qui singe la bourgeoisie. C'est du boulot. « Il faut protéger, punir ; sortir avec sa gagneuse ; compartimenter soigneusement sa vie si plusieurs femmes tapinent pour vous, éviter qu'elles ne viennent à se connaître entre elles, etc. »
Le braquage, au contraire, qui était son activité de jadis, c'est facile. Pour les paresseux. Une action pleine d'adrénaline, ponctuelle, rapide, favorisée par le fait que comme les voyous ne parlent pas, ils communiquent par les actes.  
C'est pour ça que le voyou se fiche de ses victimes. Puisque que les choses ne sont pas dites, explique Chauma, « elles n'ont pu être pensées, voilà tout. »
Et, donc, le reste du monde n'existe pas chez les voyous. Ils ne peuvent pas l'exprimer. Ils n'en ont pas le concept. 

Publié par Alain Bagnoud à 14:37:56 dans Lectures | Commentaires (3) |

L'éducation d'Alphonse, par Alphonse Boudard | 06 avril 2007

Boudard adore la vie. Il a de l'appétit. Il est truculent, popu, sympathique, proche de ses lecteurs. 
Dans L'éducation d'Alphonse, il raconte sa rencontre avec un professeur soûlard, renvoyé de partout à cause de son vice, et qui lui a ouvert par ses géniaux monologues de bistrot les chemins de la littérature.
Grâce à lui, le jeune Alphonse rencontre des personnages typiques, comme ce curé Gégenbach, défroqué pour rejoindre les surréalistes, puis de retour dans un couvent, puis sorti de nouveau pour verser dans le satanisme et se faAlphonse Boudardire entretenir par les femmes riches. Ou un poète soiffard d'une lignée noble à qui les habitués du bistrot réclament constamment les seuls 3 vers qu'il a jamais écrits - et qui les récite avec fierté sans se rendre compte qu'on se fout de lui. Ou un prince lié à toutes sortes de magouilles et qui finit par fabriquer de la fausse monnaie...
C'est une galerie de portraits pittoresques, disons, plus qu'une vision du monde noire et jouissive à la Céline, dont il est le disciple. Mais un bon divertissement, tonique et amusant.

Publié par Alain Bagnoud à 15:16:56 dans Lectures | Commentaires (1) |

L'école des Absents, par Patrick Besson | 04 avril 2007

Je ne comprends absolument pas l'intérêt de ce roman. Si vous pouvez me l'indiquer...
Il commence avec des gens dans une île, qui ont fui la France où sévit une sorte de dictateur. On apprend peu à peu que presque tous ont été ses proches ou ses amoureuses.
Puis on se retrouve en France, forcément. Le dictateur, Clément Théroude, n'a même pas 20 ans. Il a décidé, plutôt que se suicider, de préparer la fin du monde. Un complice et lui ont inventé « l'Initiation » : ils repèrent des jeunes voûtés, négligemment vêtus et seuls, leur parlent de l'hypocrisie de vivre, leur lisent des passages du Précis de Décomposition, du Journal du Séducteur, de L'Innommable, leur font écouter des chansons très tristes et très sentimentales ou leur apprennent la masturbation.
(A mon avis, Besson ne parle pas des jeunes de la banlieue française !)
Patrick BessonCes initiés sont d'abord 70, chacun initie 10 par semaine, ils sont 777 770 en un mois. On les arme, on les entraîne, ils prennent le pouvoir. Tuent au fusil-mitrailleur ou à la guillotine les barbus : sociologues, psychanalystes, neuropsychiatres... Puis, par exemple, à la suite d'un rêve du dictateur, tous les Noirs aussi.
Bref, ils s'amusent. Exécutent 100 000 personnes. La jeunesse c'est bien, trouvent-ils, c'est la pourriture. Ça dure 4 mois, puis le dictateur ordonne à ses troupes de retourner au lycée avant que le pays ne soit envahi, et il se fait trancher la gorge.
L'éditeur Jean-Marc Roberts cite Queneau, Marcel Aymé, Boris Vian. Il estime que L'école des Absents est cocasse et désabusé. Mon opinion, franchement, entre nous, est très différente.
Je trouve ce livre nul.   

Publié par Alain Bagnoud à 00:01:46 dans Lectures | Commentaires (6) |

Un entretien avec Jean Chauma | 03 avril 2007

Jérome Meizoz, l'auteur du Rapport Amar, vient de lever un lièvre : l'antisémitisme de Cendrars. Il a retrouvé un projet de pamphlet de notre poète du transsibérien. L'article de Meizoz va paraître bientôt dans le Courrier. Pierre Assouline, qui l'a déjà lu, en a fait un compte-rendu dans La république des livres.
Je le signale en passant. Ce que je voulais dire surtout, c'est que Meizoz m'a averti d'un entretien avec Jean Chauma. L'auteur du très étrange Bras cassés.  Guiseppe Merrone et Ami-Jacques Rapin ont rencontré le voyou-écrivain pour la revue A contrario (vol.4 - Numéro 2). C'était le 14 juillet ( ! ) 2006 « à la terrasse d'une brasserie  située face au casino d'une petite ville thermale française. » Tout s'explique (sauf la date) lorsqu'on sait que l'ancien braqueur de banques est interdit de séjour sur le territoire helvétique.
Il parle de sa transformation. Ce voyou des années 70 s'est en effet extrait du mitan et est devenu un « causeur ».
Tout ça par la faute des livres. Bien sûr. Il était dans l'isolement au mitard, avec le droit de lire un volume par jour. Des SAS, des San-Antonio, puis Saint-Exupéry, Edgar Morin.  « La lecture me donnait soudain un but qui était celui de pouvoir côtoyer un milieu auquel je n'appartenais pas. » 
Et l'écriture ? « Une solution pour avancer ». « Pour intéresser le monde : les gonzesses, les baveux, le curieux. » Des termes du milieu. Les filles, les avocats, le juge d'instruction.
C'est l'argot, seul langage des voyous. 
D'ailleurs, selon Chauma, « Bras cassé est une expression argotique désignant un loser qui ne renonce pas à essayer de gagner, de réussir, d'être un winner, un bon, etc. Le voyou ne pense pas à s'en sortir, il aime être où il est, et comme il est, il voudrait juste être un tout bon. »
Jean Chauma en est devenu un. Par l'écriture. Un tout bon.
Son entretien est passionnant. Sur l'argot, les postures des voyous, la langue et ce qu'elle impose et permet. Il faudrait creuser. Je vais y revenir bientôt, tiens, quand j'aurai un peu plus de temps.

Publié par Alain Bagnoud à 00:03:50 dans Lectures | Commentaires (8) |

Bille en tête (à claques), par Alexandre Jardin | 28 mars 2007

Le personnage principal de Bille en tête, Virgile a 16 ans. C'est un jeune con issu de la bonne bourgeoisie, scolarisé dans une pension chic.
Il se croit révolté parce qu'il veut, je cite : « Des femmes, de l'argent, un nom qui sonne ». Il se prend aussi bien sûr pour Mozart et Christophe Colomb tout à la fois.
Son grand fait d'armes consiste à séduire ou à être séduit par une amie de son père, qui a 36 ans. Pour montrer comme il est poète et fou, il exécute toutes sortes d'excentricités devant elle : il rentre tout habillé dans la baignoire où  la dame se baigne, il l'oblige à lui offrir deux montres de luxe parce qu'il a deux poignets, et il est tout content parce Alexandre Jardinqu'elle l'emmène en Rolls avec chauffeur à Deauville pour baiser dans un hôtel prestigieux.
C'est un sale gosse gâté, odieux, qu'on rêve à chaque page de gifler. Alexandre Jardin, lui, trouve ce tête à claque génial. Il le donne en exemple, il le célèbre dans une langue convenue qui a tout de même la qualité d'être alerte.
Ouf, il y en a au moins une.

Publié par Alain Bagnoud à 10:56:18 dans Lectures | Commentaires (9) |

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