Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Emmanuel Carrère, Limonov | 30 septembre 2011

Emmanuel CarrrèreCarrère (1957- ) écrit sur Limonov (1943- ).

Ils se sont connus dans les années 80 à Paris après que Limonov a publié Les poètes russes préfèrent les grands nègres, quand il était un jeune écrivain branché qui collaborait à L’Idiot international de Jean-Edern Hallier, passait chez Ardisson, s’habillait avec des vareuses de l’armée rouge...

Il a eu une trajectoire agitée, Edouard Limonov. Fils de tchékiste du KGB, successivement petit voyou russe, poète, star de l’underground soviétique, clochard à New York, valet de chambre, écrivain branché parisien, guerrier pro-serbe, fondateur et directeur d’un parti d’extrême-droite russe, le Parti national-bolchévique.

Carrère l’a choisi comme sujet de cette biographie-roman parce qu’il pense que son destin révèle quelque chose sur l’Histoire. Il a raison.

Limonov, hanté par l’idée de devenir un héros, s’est collé à beaucoup d’événements importants du dernier demi-siècle. Dans le livre, il sert d'illustration à plusieurs moments historiques. Sa vie éclaire le communisme soviétique, le libéralisme US, la guerre des Balkans, la Russie elstinienne ou le système Poutine.

C’est cette fonction de révélateur, les anecdotes autour de cette trajectoire, l’écriture de Carrère aussi, vivante et maîtrisée, qui rendent le livre palpitant. Il est ambigu aussi.

En le lisant, on ne peut qu’admirer l’énergie d’Edouard Limonov, sa vitalité, son désir accompli d’être toujours du côté des plus faibles, pas par Edouard Limonovcompassion, plutôt par une sorte de haine contre ceux qui sont au-dessus de lui, qui lui bouchent le passage, lui qui voudrait être tout en haut. Carrère lui-même montre de la fascination et une sorte de jalousie pour ce destin, sentiments qui refluent parfois devant une horreur de bien-pensant pour les positions et les actes de son héros. Mais de manière générale, il suspend son jugement, dit-il, ne tranche pas la question de savoir si Edouard est un salaud ou un type admirable. Malgré tout, on est amené globalement à trouver que Limonov est un grand homme.

Mais il y les vidéos sur youtube. Je vous mets ci-dessous celle où on voit notre Russe écouter respectueusement Karadzic devant Sarajevo. Le moment intéressant, qui a d’ailleurs fasciné Carrère, est celui où Limonov tourne autour d’une mitraillette et finalement s’installe pour lâcher des rafales sur Sarajevo. Qu’il ait visé des civils ou qu’il ait tiré en l’air, comme il se justifiera plus tard, a certes une importance cruciale.

Mais ce qui ressort surtout de ces images, c’est que ce type qui s’est voulu un héros toute sa vie, un surhomme, un dominant, donne l’image d’un petit gamin admiratif fasciné par la puissance et les outils de morts: un type finalement assez minable.

Emmanuel Carrère, Limonov, P.O.L.

Publié par Alain Bagnoud à 10:08:31 dans Lectures | Commentaires (0) |

Ballast, par Jean-Jacques Bonvin | 27 septembre 2011

Jean-Jacques Bonvin, BallastJack, Allen, Neal, William sont dans Ballast. Un petit livre habité de Jean-Jacques Bonvin, fiévreux, rythmé, dense, survolté et désespéré, paru aux éditions Allia.

Le ballast, c’est un mélange de sable et de gravier qui maintient les traverses d'une voie ferrée. Le 3 février 1968, Neal Cassady tombe le long du ballast mexicain, à presque 42 ans, bourré de Secorbital, vêtu d’un simple jean et d’un T-shirt dans la pluie froide, après avoir dansé toute la nuit à l’occasion d’un mariage à San Miguel de Allende. On l’emmène à l’hôpital, il meurt quelques heures plus tard, le premier des quatre, lui qui a été un formidable déclencheur, un inspirateur, un bouffeur de vie et un raté magnifique.

La beat genération. L’alcool, les amphétamines, l’écriture, le sexe avec les femmes de l’un ou l’autre, ou entre eux. Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Neal Cassady, William Burroughs. Quatre auteurs, trois accomplis, un débutant éternel (Neal Cassady Jean-Jacques Bonvina à son actif quelques poèmes, des lettres pillées par ses amis et un roman autobiographique ébauché, The First Third). Quatre légendes.

Il est inutile de détailler leurs vies, elles sont dans Wikipédia et partout, avec tous les ornements et toutes les précisions nécessaires, les trajets, les cartes, les stupéfiants, bière, tequilla, herbe, LSD.

Chacun peut ainsi apprendre que: “ à 24 ans, Kerouac renoue avec une vie dissolue, fréquentant chaque nuit les bars de la ville, en compagnie de ses deux amis, Ginsberg et Burroughs. Ils fréquentent aussi la pègre. L'état physique de Kerouac se dégrade à vue d'œil et, dès lors, il est incapable de faire du sport."

Une des forces du livre de Jean-Jacques Bonvin est justement de ne pas détailler. Il préfère restituer, évoquer, hanter.

On est avec lui dans les courts-circuits que produisent les interactions entre membres de la bande des quatre. Trois se connaissent depuis plusieurs années avant qu’apparaisse Neal Cassady, véritable ligne à haute tension, sur qui se concentre ce livre intense.

Jean-Jacques Bonvin, qui a tout lu, est également l'auteur d'un autre très bon livre, La Résistance des matériaux (édition Melchior), et le fondateur et l'éditeur de la revue en ligne Coaltar, dont on peut user sans modération. C’est ici.

Publié par Alain Bagnoud à 09:48:44 dans Lectures | Commentaires (2) |

Jacques Périer, Le Sourire de Pan | 23 septembre 2011

Le dieu Pan, le saviez-vous, n’est pas mort.

Dieu de la nature, protecteur des bergers, des troupeaux, dieu unique de l’orphisme, il hante encore les campagnes, court le monde et habite le roman de Jacques Périer, Le Sourire de Pan (Editions de l’Aire).

« Musicien ultime », « dieu de la vie », il est le fil rouge de ce livre d’aventures, libre, imprévu, érudit, qui raconte finalement une quête musicale vers le son ultime, l’harmonie complète, la « musique des sphères » dont parlent Platon, Cicéron et Pline l’Ancien.

Georges Safran, jeune chercheur américain, arrive dans un monastère perdu au nord de la Grèce pour y poursuivre ses études de musicologie. Il prépare une thèse sur la genèse de la musique sacrée byzantine et ses relations hypothétiques avec les musiques hellénistiques et antiques. Les anciens manuscrits du monastère doivent lui fournir de la matière.

Tout ça serait très sérieux si le dieu Pan ne le repérait pas, et ne le lançait pas vers la fraternité humaine, le charnel et le spirituel.

Dans Le Sourire de Pan, on suit donc Safran en Grèce, puis à la bibliothèque du Vatican, puis aux confins de la Chine, à travers le Triangle d’Or à la recherche d’un monastère perdu dans les montagnes, dont les moines, flûtistes comme Pan, cherchent justement cette musique des sphères.

Jacques PérierA cette histoire s’en mêle une autre.

Safran découvre et traduit le manuscrit d’un aventurier byzantin du XIIème siècle, Michel Panourianos, qui est capturé par des pirates maures, gagne leur confiance, entreprend des expéditions à Oman et Yaman, visite Constantinople, Trézibonde... Le texte de Panourianos fascine Safran parce que, hanté aussi par une quête de sagesse, le byzantin évoque également l’harmonie, et notamment un chantre qui cherchait lui aussi la note ultime, autre indice utile à notre chercheur.

Constituant un puzzle à la narration souple, Jacques Périer, grand voyageur, passionné de musique, unit tous les éléments dans une quête qu’on devine autant personnelle que littéraire.

Malgré ses nombreux éléments, le Sourire de Pan est tout à fait homogène. Certes, j'avoue m'être quand même un peu perdu à la fin, dans les montagnes de la Chine, mais ne boudons pas notre plaisir. Ce n’est pas si souvent qu’on rencontre un livre original, bien documenté, suivi, en plus, par une bibliographie costaude et une discographie qui permettra aux amateurs de s’initier à la musique traditionnelle byzantine, grecque, balkanique, tzigane ou chinoise.

 

Jacques Périer, Le Sourire de Pan, L’Aire

 

Yves Uzureau, Le Grand Pan, Intégrale Brassens 2010. Accompagné par Gilles Qutin et Anne Gouraud, dimanche 24 octobre 2010,

Publié par Alain Bagnoud à 08:54:16 dans Lectures | Commentaires (0) |

Nina Berbevora, C'est moi qui souligne. | 20 septembre 2011

Nina Berberova, C'est moi qui souligneCette Russe, née en 1901 et morte en 1993, était une poétesse précoce. Elle a quitté sa patrie en 1921 avant son amant-homme de lettres Khodassévitch pour fuir l'étouffement qu'imposaient les Bolchéviques à la littérature.

Berlin, Prague, l'Italie, Paris: parcours d'une immigrée classique, point d'une constellation d'auteurs, d'artistes, dont Gorki, Prokoviev, Victor Serge, Nabokov... Les petits métiers littéraires se succèdent. La pauvreté, la misère sont constantes. Les amours se défont et le monde est sans lecteurs.

Dans ce milieu sans influence, coupé de tout et livré aux querelles intestines, Nina Berberova se peint comme une grande figure qui refuse la résignation, l'exclusion, le désespoir et cherche non pas le bonheur mais l'approfondissement, avec une énergie, une solidité, une constance rare.

Peu d'épanchements sur son œuvre, à peine citée et confidentielle longtemps, répandue seulement dans les milieux russes immigrés à l'époque où elle écrivait cette autobiographie (1960-1966).

Il aura fallu encore 20 ans pour que l'éditeur français Hubert Nyssen d'Actes Sud la découvre, la traduise, fasse de ses romans écrits 50 ou 60 ans plus tôt des succès de librairie. C’était dans les années 80 et 90.Nina Berberova

Nina Berberova est alors devenue une star en France et une vieille dame très recherchée en URSS, et bientôt en Russie, où elle est retournée, pérestroïka oblige, et où la convoitait pour les souvenirs sur son enfance pétersbourgeoises et sur les gens qu'elle avait connus.

Dans son livre, très discret sur sa vie privée, évoquant à peine son intimité, décrivant un peu plus complaisamment les milieux littéraires russes immigrés qu'elle a traversés, elle cherche surtout, par l'écriture, à trouver le sens de son existence, à dégager une dynamique. On la perçoit qui s'interroge: mais qu'est-ce qui m'a poussée vers l'avant, qui m'a fait libre, qui m'a aidée à trancher des liens étouffants, à rebondir souvent, solitaire, dure, forte et compatissante?

 

Nina Berbevora, C'est moi qui souligne, J'ai lu

Publié par Alain Bagnoud à 09:17:09 dans Lectures | Commentaires (0) |

Ian McEwan, Expiation | 16 septembre 2011

Ian McEwan ExpiationC’est un roman victorien, a-t-on dit. A l’esthétique victorienne. Paru en 2001, il raconte en trois volets la formation d’une romancière, ses manipulations et les distorsions qu’elle apporte à la réalité.

C’est elle qui écrit le livre, ce que l’on comprend à la fin – le récit est à la troisième personne.

En 1935, durant la canicule, la jeune Briony, 13 ans, décidée à devenir écrivain, surprend sa sœur Cécilia avec Robbie, le fils de l’employée de la maison. C’est une scène qu’elle ne parvient pas tout à fait à s’expliquer.

Mais mêlant le snobisme social, la crainte de la sexualité, le désir d’interpréter le monde, elle dénonce faussement Robbie comme l’auteur d’un viol qui a lieu le soir même.

Deuxième partie: au début de la guerre. Robbie sorti de prison est devenu soldat en retraite vers Dunkerke, Cécilia a coupé les ponts avec sa famille et travaille comme infirmière. Briony la retrouve et annonce qu’elle veut retirer son témoignage, ce qui, comprend-on, sera quasiment sans effet.

Ian McEwan La troisième partie est une sorte de post-scriptum aux deux premières. En 1999, Briony explique qu’elle vient de terminer ce roman, lui donne une conclusion, évoque ce qui est arrivé postérieurement aux personnages et explique quels gauchissements de la réalité elle a assumés et pourquoi.

C’est du beau boulot, mais à la pâte un peu épaisse à mon goût. Je préfère le McEwan plus vif, plus tourné vers l’humour noir de Solaire, par exemple, ou plus contemporain de Samedi.

 Ian McEwan, Expiation, folio

Publié par Alain Bagnoud à 09:16:16 dans Lectures | Commentaires (0) |

<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| 22| 23| 24| 25| 26| 27| 28| 29| 30| 31| 32| 33| 34| 35| 36| 37| 38| 39| 40| 41| 42| 43| 44| 45| 46| 47| 48| 49| 50| 51| 52| 53| 54| 55| 56| 57| 58| 59| 60| 61| 62| 63| 64| 65| 66| 67| 68| 69| 70| 71| 72| 73| 74| 75| 76| 77| 78| >>

Rechercher

Archives

Mai

DiLuMaMeJeVeSa
  12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Compteur

Depuis le 14-09-2006 :
6223613 visiteurs
Depuis le début du mois :
43772 visiteurs
Billets :
1230 billets

FreeCompteur Live

libstat


statistiques

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03