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Manifestes du surréalisme, par André Breton | 03 septembre 2008

Les surréalistes, par Max Ernst

Mouvement mouvementé, le surréalisme. Les listes des noms d'exclus, de traîtres et d'enfants prodigues s'accumulent dans chacun des deux Manifestes, dans les Prolégomènes à un troisième Manifeste, etc. Ça, c'est le côté polémique. Car même si André Breton s'est toujours défendu d'être le chef de file du mouvement, il tenait ferme sur les principes, se voulait le gardien du temple et avait la condamnation lourde. Ce qui lui avait valu de la part de ses adversaires un titre peu flatteur: « le pape du surréalisme. »
Inutile d'entrer dans des querelles de personnes. Ce qui m'a intéressé, surtout, en lisant ces Manifestes, c'est le sérieux qu'ils donnent à des activités que nous avons tous pratiquées, surtout dans l'adolescence. L'écriture automatique. Le récit de rêve. Le cadavre exquis...
Des exercices importants pour Breton parce qu'ils révèlent ce qu'il a appelé le hasard objectif. C'est-à-dire la présence d'un ordre supérieur. Un ordre qui me semble difficile à définir.
Ce n'est pas Dieu, c'est une « forme de manifestation de la nécessité », comme disait Engels que Breton citait.
Je n'arrive pas très bien à le déterminer, cet ordre, et peut-être que les surréalistes non plus.
Si je me souviens bien des autres oeuvres de Breton, il y a chez lui une sorte d'émerveillement face aux coïncidences, aux collusions, aux synchronicités, plus qu'une réelle tentative de définir ce vers quoi elles mènent.
Qui peut bien être simplement ce que d'autres appellent la poésie, ou l'état de poésie...

André Breton, Manifestes du surréalisme, Idées Gallimard

Publié par Alain Bagnoud à 10:17:08 dans Lectures | Commentaires (10) |

Le cabaret de la belle femme, par Roland Dorgelès | 02 septembre 2008

                  Coucher de soleil sur l'Adriatique, par Boronali
                                Coucher de soleil sur l'Adriatique, par Boronali
Roland Dorgelès a gardé une certaine réputation. C'est lui qui, au Lapin agile jadis, a attaché un pinceau à la queue de l'âne du patron, qui a ainsi peint un tableau intitulé Coucher de soleil sur l'Adriatique signé Boronali (anagramme d'Aliboron) et exposé au Salon des indépendants de 1910.

Mais Dorg
elès a aussi écrit de nombreux livres. Il a notamment connu le succès avec un prix Fémina attribué à son roman Les croix de bois qui parle de la première guerre mondiale. Roman qui a obtenu également 4 voix au Goncourt, mais les jurés lui ont finalement préféré A l'ombre des jeunes filles en fleurs, de Marcel Proust.
Ce n'est pas ce texte Fémina que j'ai lu, mais Le cabaret de la belle femme, trouvé au hasard d'un séjour en montagne, dans une bibliothèque abandonnée.
Des souvenirs de guerre. Des épisodes un peu discontinus, où reviennent les mêmes personnages, avant qu'ils ne meurent dans une attaque. Un soldat ruse avec son officier pour ne pas se faire couper les cheveux. Les campagnardes et les commerçantes inspirent des rêves lubriques ou romantiques aux hommes de troupe. Le Cabaret de la belle femme suscite les vocations des volontaires chargés d'y aller en patrouille mais se révèle une ruine au toit crevé. Etc.
C'est un peu languissant, pas du tout contestataire. Les soldats se sont engagés avec passion, puis il tentent de survivre et de se planquer, la plupart d'entre eux meurent mais personne ne dénonce l'absurdité de cette boucherie. Ils regardent les étoiles pendant les gardes en rêvant à leurs petites copines et quand il s'agit de se battre, c'est une confusion brutale.
Dorgelès a du métier, du savoir-faire. Mais son livre est un peu décevant parce qu'on s'attend à ce qu'il tire de ce théâtre des scènes fortes. Ça reste en tonalité mineure. Nostalgique et sentimental.

Publié par Alain Bagnoud à 08:59:21 dans Lectures | Commentaires (1) |

Millénium, de Stieg Larson (suite et fin) | 31 août 2008

Stieg LarsonJ'ai un peu parlé ici du début de Millénium. Prière de s'y référer si on ne sait pas de quoi il s'agit. Le sujet du jour est en effet seulement sur les tomes 2 et 3 de la trilogie.
Ceux-ci forment un ensemble, alors que le premier était autonome. Ils mettent en valeur Lisbeth Salander, cette hacker désormais milliardaire, révèlent son passé, ses ennuis avec une cellule clandestine des services secrets suédois, et son évolution vers un peu plus de sociabilité, aidée en cela par Super Blomqvist et toutes sortes de gens qui lui veulent du bien.
Comme dans le premier volume, toutes les ficelles du thriller sont utilisées.
Une héroïne qui semble à la merci de tous, et sur qui des forces énormes s'acharnent à commettre des injustices, menacée par des méchants qui veulent la déclarer folle et l'enfermer.
Ces méchants sont eux aussi des anti-héros très typés. Un transfuge sadique de l'ex-URSS. Un colosse blond qui ne ressent pas la douleur. Des agents secrets sans scrupules. De l'autre côté, les gentils nous tireraient des larmes tellement ils nous font croire à la bonté du monde.
Car l'intrigue est très moralisatrice, très bien-pensante : les héros baisent beaucoup mais ils éliminent les pédophiles, les anti-féministes, les anti-démocrates.
Millénium a donc beaucoup de qualités. Toutes les ressources des thrillers. Un calibrage pour plaire aux lectrices qui, on le sait, composent l'immense majorité des lecteurs. Une écriture qui court, qui suit plusieurs pistes en parallèle, ménage des suspenses, explique clairement les informations, les rappelle. Les gentils qui gagnent à la fin. Oui, j'ai bien aimé.

Stieg Larson, La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, La reine dans le palais des courants d'air (Millénium 2 et 3), Actes sud

Publié par Alain Bagnoud à 15:05:54 dans Lectures | Commentaires (8) |

Millénium, par Stieg Larson | 27 août 2008

Qu'est-ce que j'ai fait, donc, cet été? Eh bien, la même chose que des milliers de gens. J'ai lu Millénium.
Cette trilogie policière due à Stieg Larson, dont vous avez forcément entendu parlerMillénium, même si vous ne l'avez pas ouverte. Vous connaissez aussi sans doute la triste histoire de l'auteur. Journaliste d'investigation dans un magazine anti-fasciste qu'il a créé, Expo, il écrit ces polars et annonce triomphalement à son amie qu'il a assuré avec ça leur retraite. Il a à peine le temps de rendre les manuscrits à son éditeur qu'il fait une crise cardiaque et qu'il meurt.
Les livres sont des succès mondiaux, mais comme il n'a pas fait de testament en faveur de sa compagne, elle est censée ne rien toucher, tout devant aller à la famille de l'auteur ou, selon d'autres sources, à une fédération de travailleurs communistes. Bon, il y a des tractations en cours, je vous passe les détails, vous les trouverez sur internet et dans la presse.
Millénium, donc. Dans les trois gros livres (plus de 600 pages chacun), on trouve les mêmes personnages principaux. Un journaliste vedette, Blomqvist, la quarantaine, super fort, super intègre, super beau, qui plait super aux femmes et fait super peur aux méchants, et qui est surnommé d'ailleurs super Blomqvist. Il travaille dans un magazine appelé Millénium. Magazine dirigé par sa maîtresse, Erika, mariée à un artiste tout à fait partageur.
Blomqvist a pour co-vedette Lisbeth Salander. Elle aussi est super. En apparence, c'est une jeune femme tatouée, piercée, presque anorexique, qui semble avoir 15 ans même si elle en a plus de 20. Elle est quasiment autiste, semble retardée mentalement, est sous tutelle. Mais le lecteur ne tarde pas à apprendre qu'en fait, c'est une génie de l'informatique, une hacker de génie, qui à la fin du premier livre a détourné 2 milliards de dollars.
En faisant équipe avec le journaliste qui est dans une mauvaise passe, elle réussit également à démasquer un violeur et tueur en série et à retrouver une femme disparue depuis plus de quarante ans.
Pour le plus grand plaisir, il faut le dire, du lecteur captivé, qui peine à refermer le livre.

Stieg Larson, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, Millénium 1, Actes sud

Publié par Alain Bagnoud à 10:31:43 dans Lectures | Commentaires (2) |

Quoi de neuf, par Pierre-Marie Pouget | 16 juillet 2008

Le 4ème de couverture de Quoi de neuf parle de « nouvelles ». Les guillemets sont de l'auteur mais ils étaient inutiles, tant on s'aperçoit vite qu'il s'agit ici plutôt de tranches de vies, sans aucune mise en forme.
Pourtant Pierre-Marie Pouget devrait bien savoir, en tant qu'ancien enseignant, que la nouvelle se caractérise notamment par sa construction.
Il n'y en a pas ici, pas plus que de style. Ces histoires banales sont racontées dans une prose de collégien besogneux qui n'aurait pas encore appris la concordance des temps (« Le siège à côté du chauffeur avait été prévu pour la guide qui accompagnera (sic) le groupe... » p.23)
Tout ça serait simplement inexistant si la pose de l'auteur ne donnait à ce recueil un caractère agaçant. Ces choses lâchées à la va-vite ont la prétention de se montrer comme « des expériences révélant nos parts d'ombre et de lumière ».
Lisez plutôt: « La « nouvelle » annonce alors que la chair, loin d'être synonyme de vallée de larmes, intensifie son éclat quand bien même la décrépitude nous atteint. »
Et Pouget n'a même pas l'excuse de la jeunesse ou du défaut d'expérience des débutants: Quoi de neuf est son dix-huitième livre.

Pierre-Marie Pouget, Quoi de neuf, Editions du Madrier

Publié par Alain Bagnoud à 10:27:01 dans Lectures | Commentaires (1) |

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