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Léon Bloy, Le Mendiant ingrat | 27 février 2012

Léon BloyLe Mendiant ingrat. Journal de Léon Bloy.

Ce polémiste hors pair a une langue inventive, riche, des métaphores percutantes. C'est un furieux fâché contre tous et tout, intransigeant, haineux même parfois, sûr de détenir la vérité.

Misérable économiquement, sa vie est une hantise d'argent, une mendicité perpétuelle. Il espérait à chaque livre publié qu'il soit un succès, qu'il lui apporte de quoi améliorer son existence et qu'il lui procure la reconnaissance à laquelle il estimait avoir droit.

Mais chacun de ses livres sombrait dans le silence et l'indifférence. Son journal porte la marque de ses multiples déceptions.

Publié par Alain Bagnoud à 09:53:12 dans Lectures | Commentaires (0) |

Jean-Marc Lovay, Chute d'un bourdon | 23 février 2012

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Il y a une rumeur qui court, au sujet de Jean-Marc Lovay. Personne n'aurait jamais pu finir un seul de ses livres.

C'est un peu péremptoire. Moi-même qui vous parle...

Et même, d'accord, admettons que ce soit vrai. Les livres de Lovay ne sont pas des romans policiers où tous les éléments mis en place en cours de lecture ont un intérêt en fonction d'une fin. Ils fonctionnent différemment.

Par exemple, Lovay dit volontiers qu'il n'écrit qu'un seul grand livre. Chaque parution serait donc... quoi? un chapitre? Admettons. Mais on voit bien qu'il est possible d'entamer un texte sans avoir lu tout ce qui précède. Il y a d'ailleurs des thématiques propres à chacun des volumes qu'il laisse publier.

Dans Réverbération, il s’agissait de Krapotze, « ancien meilleur apprenti pleureur final », qui se présentait au poste de Grand Suicideur. Chute d'un bourdon, son dernier opus, sorti il y a quelques mois chez Zoé tourne autour de l'Accordéon, « conglomérat expérimental » dont « les bâtisses étaient serrées sous une immense toiture de façon à pouvoir se retenir de respirer comme l'accordéoniste qui bloquait le soufflet de son instrument chaque fois que les gaz se mélangeaient à l'innocence de l'air pour en faire une martiale atmosphère. »

Cet Accordéon est une représentation du travail, du travail douloureux, observé et perçu par un narrateur changeant. Autour de lui, on trouve quelques personnages, l’employeuse Pie-Ronde, un perroquet, un bourdon. On éprouve une présence de la nature, un rapport à la machine. Mais il est impossible évidemment de résumer une quelconque histoire qu'on y trouverait.

Tous ceux qui ont fait l'expérience de se plonger dans un texte de Lovay ont éprouvé que le sens, la logique, le rationnel, chez lui, s'effondrent au fur et à mesure de la lecture. Ça ne veut pas dire que cette lecture n'a pas d'intérêt, que le lecteur ne puisse goûter ces textes et en tirer un profit, le goût d’une certaine résistance, d’une ouverture, d’une liberté intérieure. jean%20marc%20lovay%20le%20chute%20d%27un%20bourdon--227x170.jpg

Parce que c'est très beau, Lovay. En tout cas, moi, je suis sensible à cette langue hypnotique, somptueuse, imagée, oxymorique.

Il y a deux manières de l'apprécier, me semble-t-il, qui dépendent de la vitesse qu'on adopte. Soit on lit assez rapidement, comme le fait Lovay lui-même (à la dix-huitième minute de l’émission Entre les lignes qui lui est consacrée et dans laquelle il répond à quelques questions) et on est capté par la longue phrase, ramifiée, rythmée par les oppositions sémantiques, souple mais charpentée. Soit on ralentit et on devient alors sensible aux éclatements de mots, aux surprises verbales, au surgissement des expressions et des images.

Et bien sûr, il y a encore un autre rythme à prendre, dans une macrostructure différente, si l'on veut démentir la rumeur. Ne pas tenter d'arriver au bout du livre en un après-midi, ou une nuit. Le poser dans un endroit de chevet, le reprendre régulièrement, à raison de quelques pages à chaque fois, et se laisser aspirer, enlacer, bercer. Jusqu'à la fin.

On n'aura peut-être pas appris alors qui est l'assassin de la vieille dame, mais on sera plus riche, et peut-être que la vie nous semblera plus large. Parce qu'on aura exploré une langue et une individualité singulière.

 

Jean-Marc Lovay, Chute d'un bourdon, Editions Zoé

 

Publié par Alain Bagnoud à 11:04:50 dans Lectures | Commentaires (0) |

Valéry sur Descartes (Variété) | 20 février 2012

Paul  Valéry Son essai, ou plutôt ses discours et fragments sur Descartes: quand un grand cerveau en regarde fonctionner un autre.

Il y a dans l'écriture de Valéry une intelligence qui semble élever la nôtre, faire travailler la meilleure partie de notre esprit. D'abord, grâce à des angles d'attaque imprévus, qui font se dire qu'on n'a pas, nous, assez de hauteur, qu'il faut pour saisir un problème le prendre de l'extérieur, alors que notre petitesse peine à se dégager et reste prise dans les replis des choses. Ensuite, sa langue se développe selon les inflexions d'une pensée souple, ramifiée, nette et profonde, qui font trouver par comparaison nos aperçus toujours un peu courts.

Où on comprend que la syntaxe de la pensée est celle de la langue.

Publié par Alain Bagnoud à 09:29:13 dans Lectures | Commentaires (0) |

Les carrefours sentimentaux de Georges Ottino | 17 février 2012

On se demande parfois à quoi servent les rencontres d’écrivains. Eh bien, justement, à rencontrer des écrivains. C’est ainsi qu’il y a déjà quelques jours, le 31 janvier exactement, lors de l’inauguration de la nouvelle MRL (Maison de Rousseau et de la Littérature), on m’a présenté pour la première fois à Georges Ottino dont j’avais déjà lu quelques textes et dont l’agréable conversation m’a donné envie d’ouvrir le dernier en date de ses ouvrages parus.

Né en 1925 à Genève, ancien professeur apprécié, Ottino est en effet l’auteur de 11 livres publiés en deux salves. Les trois premiers ont paru chez Gallimard entre 1955 et 1958. Les huit autres sont à L’Age d’Homme et s’échelonnent entre 1991 et aujourd’hui.

Son dernier recueil de nouvelles, Carrefours sentimentaux, date de 2010. Une définition tirée du Petit Robert et mise en exergue explicite ce titre: « Carrefour: Endroit où se croisent plusieurs voies ».

Souvent construites sur des monologues intérieurs qui permettent les analepses du souvenir, ces nouvelles tenues et légèrement ironiques parlent effectivement de croisements affectifs, à l’exception d’Opus 4, qui contient une dénonciation un peu convenue de certaines supercheries de l’art contemporain. Des nouvelles avec parfois des références délicieusement obsolètes. Les allusions à l’homosexualité à travers Gide et Rimbaud, par exemple, laisseraient pantois des personnages non lettrés.

C’est que le monde de Georges Ottino est un monde de culture: peinture, littérature, musique. Un bon exemple en est la nouvelle, Un virtuose, la plus longue du recueil, qui raconte une aventure amoureuse entre une amatrice de musique et un pianiste professionnel. Une histoire qui se finit mal.

C’est le cas en général dans ce recueil, quand les rencontres n’échouent pas tout simplement, par la faute des circonstances ou par la volonté délibérée d’un des partenaires. Une prise de contact sensuelle dans le train se conclut piteusement, un admirateur platonique provoque un drame involontaire, un musée fermé empêche un jeune garçon de retrouver sa surprenante amoureuse...

Ottino explore avec élégance ces moments où quelque chose peut se passer, changer notre vie, et s’interroge sur les circonstances de ces moments que nous ne maîtrisons pas. Pas de réponse définitive, bien sûr. Mais, comme le dit la dernière phrase du livre: L’enquête continue.

 

Georges Ottino, Carrefours sentimentaux, Nouvelles, Contemporains, L’Age d’Homme, 2010

 



Publié par Alain Bagnoud à 15:41:37 dans Lectures | Commentaires (0) |

Marie-Jeanne Urech, Le chat qu'il tenait en laisse comme un chien | 10 février 2012

César Bonvoyage cultive des roses. Mais le soleil disparaît. Pour le faire revenir, Bonvoyage place chaque jour un caillou peint en bleu sur un autel dédié à la vierge.

Quand la colline est devenue toute bleue sans aucun résultat, il se résout, lui le casanier, à partir en voyage jusqu’à la capitale, sur l’ancienne voie royale, pour rendre visite à Chrosostophe Oggre, fonctionnaire immortel qui est le seul à pouvoir l’aider. Son chat Bolivar l’accompagne, tenu en laisse et tout blanc.

En chemin, le cultivateur de roses affronte la violence et le deuil, et découvre finalement que la création est le moyen de donner un sens à l’absurde, de réenchanter le monde.

Cette histoire poétique donne un beau livre. Bel objet et beau contenu.

RédiMarie-Jeanne Urechgé lors d’un voyage en Amérique du Sud (le lieu mentionné est Quito, en Equateur), continent dont le réalisme magique a inspiré le récit. Ecrit par Marie-Jeanne Urech dont on avait déjà apprécié les derniers textes (voir ici, ici et ici).

Il a été imprimé par Aencrage & co, à Beaume-les-dames sur un papier ivoire 160 grammes, composé à partir de caractères mobiles en linotypie en Aster de corps 10, tiré sur une presse typographique et broché selon une technique artisanale. Sa couverture, sur papier vergé blanc 220 grammes, de S.P. & J.B.B, est inspirée par un tableau de Caspar David Friedrich, Le voyageur au-dessus de la mer de nuages. Pour en savoir plus: www.aencrages.com

 Marie-Jeanne Urech, Le chat qu’il tenait en laisse comme un chien, récit, Aencrages & co

Publié par Alain Bagnoud à 09:19:01 dans Lectures | Commentaires (0) |

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