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Jane Eyre, Charlotte Brontë | 20 mai 2012

Charlotte Brontë

Jane Eyre enfant, c'est Cendrillon. Une méchante tante qui la persécute, des cousins gâtés, et l'héroïne battue, punie.

Elle finit par se révolter. On la met donc dans un pensionnat où les fillettes meurent de faim, de maladies et de mauvais traitements, sous couvert de religion. Nous sommes sur terre pour souffrir, n'est-ce pas ?

Mais Jane survit et devient institutrice. Elle est engagée pour s'occuper d'Adèle, protégée de Monsieur Rochester. Il est riche, plus âgé qu'elle. L'amour arrive. Mais le jour du mariage, coup de tonnerre : le fiancé est déjà marié.

Jane s'enfuit, erre trois jours, est recueillie par la famille Rivers, deux sœurs un frère. Celui-ci, pasteur fanatique, lui offre un poste d'institutrice.

Autre coup de théâtre : les Rivers sont ses cousins, et Jane apprend qu'elle hérite d'un oncle commun beaucoup d'argent qu'elle partage avec eux.

Péripéties encore avant qu'elle retrouve Rochester. Larmes, suspense, devoir, religion mortifère et ambiance gothique du manoir. On tremble, on pleure, on est soulagé. C'est du roman anglais du XIXème.

 

Jane Eyre, Charlotte Brontë

Publié par Alain Bagnoud à 21:31:24 dans Lectures | Commentaires (0) |

Stendhal, Racine et Shakespeare | 14 mai 2012

StendhalAvec ses ellipses, sa vivacité et ses effets, Stendhal défend dans cet essai ce qu'il appelle le romanticisme. C'est son romantisme à lui. Bien à lui. Personnel.

Notre auteur réclame avec brillant des drames historiques français. On doit refuser les conventions, écrit-il, et plus particulièrement la règle des trois unités ou l'alexandrin. Pour lui le théâtre ne doit plus provoquer l'admiration. Il faut qu'il vise à l'illusion du réel, et à l'émotion.

Mais bientôt, le théâtre romantique naîtra. Stendhal sera confronté aux grandes machines rimées d'Hugo et de Gautier. Du coup, on comprend pourquoi il deviendra vite anti-romantique!

Publié par Alain Bagnoud à 09:23:00 dans Lectures | Commentaires (0) |

Le Pierre Ménard de Borgès | 09 mai 2012

Don Quichotte par Gustave Doré

« Pierre Ménard, auteur du Quichotte », de Borgès est paru dans son recueil Fictions.

Un auteur, Ménard, y réécrit mot à mot les chapitres IX et XXXVIII de la première partie du Don Quichotte et un fragment du chapitre XXII. « Il ne  voulait pas composer un autre Quichotte - ce qui est facile - mais le Quichotte. Inutile d'ajouter qu'il n'envisagea jamais une transcription mécanique de l'original ; il ne se proposait pas de le copier. Son admirable ambition était de reproduire quelques pages qui coïncideraient - mot à mot et ligne à ligne - avec celles de Miguel de Cervantès. »

Mais pas en s'identifiant à Cervantès: en restant lui-même, Pierre Ménard.

Du coup, on ne lit pas le texte de Cervantès et le texte de Ménard de la même façon, même s'ils sont identiques. Le style de l'un est contemporain à son époque, celui de l'autre archaïque. Les intentions sont différentes: critique des romans de chevaleries, ou roman historique. Etc.

La moralité que j'en tire: chaque lecteur réécrit le livre qu'il lit, d'après l'époque où il le lit, d’après ses connaissances, sa culture, etc.

On le sait bien quand on parle d'un roman qu'on a aimé à quelqu'un qui l'a aimé aussi: il semble souvent que ce ne soit pas le même.

Publié par Alain Bagnoud à 13:07:16 dans Lectures | Commentaires (0) |

L'Enfer de Barbusse | 07 mai 2012

Henri BarbusseHenri Barbusse (1873-1935) est un écrivain bien oublié aujourd'hui. Pourtant, une foule énorme a assisté à ses funérailles.

Cet écrivain communiste est mort à Moscou en 1935, lors d'un voyage en URSS. Une belle preuve de fidélité à la cause. Sinon que selon des rumeurs qu'on trouvera notamment sur le site Wikipédia, il y aurait été empoisonné sur l'ordre de Staline, dont il avait pourtant rédigé la biographie. Staline était un ami difficile. On en a quelques preuves.

L'Enfer est le premier roman de Barbusse.

Le narrateur a loué une chambre d'hôtel. Le premier soir, il s'aperçoit qu'une ouverture, invisible de l'autre côté, lui donne une vision complète sur la chambre voisine.

Le voici transformé en voyeur. Ça devient la passion de sa vie. Il surprend une femme qui se déshabille, des amants, des enfants qui découvrent leur sexualité, des lesbiennes...

La langue de ce long monologue intérieur est inventive, souvent au présent. L'obsession du narrateur bien rendue. La détresse fondamentale des personnages qu'il observe frappe. Du bon boulot, même si cette suite d'épisode est, à la longue, un peu plaintive et lassante.

Publié par Alain Bagnoud à 08:40:32 dans Lectures | Commentaires (0) |

Les prochains de Pascal Rebetez | 04 mai 2012

Les prochains, Pascal RebetezIl y a Yves, enterré depuis trois ans, un acteur plein d’auto-dérision et de verve, drôle, provocateur, que la bouteille a conduit jusqu'au cimetière, en passant par quelques années tristes sur son divan à se soûler avec de mauvais alcools devant la télévision. Il y a Nicole, la Mamie blanche, venue à Ouagadougou pour enseigner la philosophie et qui, cinquante ans plus tard, veuve et sans enfants, fait vivre sur sa retraite une trentaine de personnes dans sa petite maison, famille adoptive qui l'adore et qu'elle adore. Il y a le Tcho, le fils des voisins d'enfance, le camarade en mal d'utopie, fraternel et chaleureux, qui finit volontairement asphyxié par le moteur de sa tondeuse à gazon...

Et bien d'autres. Vingt-cinq personnes que Pascal Rebetez a croisées ou connues et dont il parle avec empathie. Vingt-cinq portraits de quelques pages, pour dire l'amitié, la tendresse ou la compassion.

Les prochains. « Tout homme ou l'ensemble des hommes par rapport à l'un d'entre eux », dit le Larousse. « Personne, être humain considéré comme un semblable », dit le Petit Robert.

L'idée de semblable est ici essentielle. Épingler l'autre comme un papillon dont un entomologiste veut froidement exposer les caractéristiques n'intéresse pas Pascal Rebetez. Il s'attache à ce qui ressemble, ce qui rassemble. Ce qui fait qu'on est humain, difficilement parfois, dans la détresse, les différences, dans la dignité ou l'infortune.

Si on reconnaît ici ou là un personnage public (un écrivain, un acteur...) la plupart des modèles sont des humbles, de ceux qu'on croise sans toujours les remarquer, de ceux dont on parle rarement. Pour chacun d'eux, Rebetez cherche à suggérer l'intérêt et le mystère dans le tremblement de l'existence, quand la cuirasse se fissure et que l'humain surgit.Pascal Rebetez

Tout livre est bien sûr autobiographique. Celui-ci n'échappe pas à la règle. Il y a un vingt-sixième portrait en filigrane des textes. Non que Pascal Rebetez parle de lui-même, ou alors en passant, pour expliquer le rapport qu'il entretient avec l'un de ses prochains, pour définir les circonstances d'une rencontre ou le suivi d'une relation. Mais un portrait de l'auteur se dessine peu à peu : un homme curieux des individus, intéressé par les formes du monde et les manifestations du moi, de l'identité, du lien.

Un homme qui, pour écrire sur ses prochains trouve la bonne distance entre intérêt et respect, dans une langue travaillée par les rythmes de l'oralité, souple, coulante et expressive, qui colle au(x) sujet(s). Et ce n'est pas le moindre charme de ce recueil que l'adéquation de la forme et du fond.

 

Pascal Rebetez, Les prochains, vingt-cinq portraits, Editions d'autre part

Publié par Alain Bagnoud à 09:59:52 dans Lectures | Commentaires (0) |

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