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Chateaubriand et Charles X | 13 juin 2011

Charles X

C'est le magnifique orgueil de Chateaubriand qui l'a fait servir Charles X jusqu'au bout, malgré les rebuffades et les disgrâces, malgré le gouffre entre leurs conceptions politiques. En se proclamant fervent catholique, il se devait d’ailleurs d'être au service du roi figure de Dieu

Pourtant, politiquement, l'écrivain avait un programme finalement tout républicain, sinon qu'il soutenait la présence d'un roi légitime à l’exécutif, comme une sorte de transition vers une démocratie qu'il annonçait inéluctable.

Il est possible que cette fidélité soit due, autant qu'à son caractère, à la certitude que le vicomte avait de passer à la postérité. Ce tribunal le récompenserait mille fois d'une position si ferme. Il ne convenait pas de se dédire devant lui.

 

Publié par Alain Bagnoud à 22:43:30 dans Chateaubriand | Commentaires (0) |

Chateaubriand et les papes | 06 avril 2011

Léon XIIMémoires d'outre-tombe. Nous sommes en 1829. Après avoir été Ministre des affaires étrangères, Chateaubriand est ambassadeur de France à Rome. Le pape Léon XII meurt. A sa place, un conclave élit le cardinal Castiglioni, qui prend le nom de Pie VIII.

Pour relater tout ça, Chateaubriand recopie les dépêches qu'il expédiait à son ministre par intérim: le Comte Portalis.

Une élection papale, des courriers diplomatiques: vu comme ça, ça semble d'un ennui mortel. Et pourtant, c'est passionnant.

Pourquoi? Les intrigues, d'abord. La France et l'Autriche ont leurs candidats, et surtout des cardinaux qu'ils ne veulent pas à ce poste. La politique est omniprésente. Suspense, machinations.

Pie VIIILa mise en scène de Chateaubriand est aussi bougrement efficace. Cette manière de communiquer les informations à travers les dépêches, qui pourrait sembler de la paresse ou de la facilité, nous met au contraire au centre de l'action: à la place du ministre qui reçoit les nouvelles, les commentaires, pour qui on démêle les intrigues et les pressions.

Et cela se double d'un arrière-fond: le lecteur sait que Chateaubriand n'apprécie guère Portalis. La correspondance va se terminer d'ailleurs sur un billet rude. L’ambassadeur se plaint de n'avoir pas été considéré à sa juste valeur. La lettre du ministre lui semble avoir été « rédigée par un commis mal élevé des affaires étrangères » et surtout « on aurait dû un peu se souvenir de la personne à qui on l'adressait ». Car on a le sens de sa valeur.

Et puis Chateaubriand est grand écrivain partout. Même ses billets diplomatiques ont cette luminosité un peu voilée, cette chatoyance du reste de sa prose.

Publié par Alain Bagnoud à 10:58:31 dans Chateaubriand | Commentaires (0) |

Juliette Récamier | 02 mars 2011

Madame Récamier par David

Singulier destin que celui de Juliette Récamier (1777-1849). Elevée dans un couvent, mariée très jeune (15 ans) à un ami de ses parents dont elle était probablement la fille naturelle (ils n'eurent que des relations amicales et platoniques), elle entraîne autour d'elle toutes les personnalités de l'époque grâce à sa beauté, à sa générosité, à son esprit vif et profond.

C'est du moins ce que disent, entre autres, Chateaubriand et Benjamin Constant, deux de ses admirateurs. Le premier a été son ami intime pendant la deuxième moité de sa vie, depuis ses 40 ans.

Comme cet illustre amant qu'elle aima à la folie, elle passa du faîte de la fortune à la pauvreté, mais en conservant le cercle d'admirateurs qui fréquentait son salon et lui assurait une influence sur la vie de son époque.

C'était là que se rencontraient ceux qui comptaient pendant la Restauration. C'était là où se déterminaient et se répandaient les politiques, les modes littéraires et artistiques de l'époque. Les salons étaient à leur époque ce que sont aujourd’hui les talk-show et les émissions politiques ou culturelles qu’on peut voir à la télé.

Ainsi on pourrait dire, pour expliquer son importance alors qu'elle n'a occupé aucun poste, laissé aucun texte, que Madame Récamier était... non, peut-être pas TF1. L’Arte de la Restauration.

Publié par Alain Bagnoud à 10:58:14 dans Chateaubriand | Commentaires (0) |

Chateaubriand funèbre | 20 décembre 2010

Hubert Robert, Tombeau de Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville, 1802

La mort est partout dans les Mémoires d'Outre-Tombe. Dans le titre même, et puis dans chaque page. Mort des hommes, des civilisations, des puissants, des rêves, des années.

Notre écrivain ne voit pas passer une jolie femme sans qu'il n'imagine le tombeau dans lequel sa poussière reposera. Il ne cite pas un roi ou un empereur sans se rappeler que la Roche Tarpéienne est près du Capitole.

Mais cette mort qui est l'arrière-fond du livre n'est pas horrible, monstrueuse, terrifiante. Très douce au contraire. Poétique. Une mort de ruines romaines, de sarcophages anciens, de pierres tombales usées par le temps dans des cimetières abandonnés. Ce n'est pas une mort qui arrache, qui blesse, mais sur laquelle on médite, qui relativise le présent, la vie, les souffrances, qui est le terme et l'achèvement.

Une mort littéraire. A moins que le christianisme de Chateaubriand, qui lui servait sans doute de consolation, l’assurait d’une survie, une récompense peut-être pour avoir contribué au rétablissement du culte avec Le Génie du christianisme.

C'est cette mort omniprésente qui contribue à donner au livre un peu de son charme. Parce qu'elle évite les réalités insupportables au profit des symboles. Une mort sans cadavres mais avec des tombeaux ornés.

Publié par Alain Bagnoud à 09:50:56 dans Chateaubriand | Commentaires (2) |

Chateaubriand: Encore Napoléon! | 27 septembre 2010

Napoléon Bonaparte, portrait inachevé, par DavidIl m’a donc semblé (voir ici et ici) que Chateaubriand montrait dans ses Mémoires d'outre tombe, pour son grand rival dans le siècle, Napoléon Bonaparte, de l'admiration et l'horreur. Mais à relire un peu tout ça, l’Empereur ne me semble évidemment pas le seul concerné dans ces pages.

Elles ont aussi pour fonction de faire par opposition le portrait de l’écrivain. Un portrait sublime.

Il a été l'un des seuls, effectivement, à s'opposer à l’ogre. Sa démission d'ambassadeur en Valais après l'exécution du duc d'Enghien, les articles par lesquels il a mécontenté l'Empereur ou la rédaction de De Napoléon et des Bourbons, qui pouvait lui valoir le peloton d'exécution, montrent que le vicomte était courageux quand il était seul contre tous.

Autres contrastes: la fidélité de Chateaubriand à une cause et à un idéal tranche avec le mépris de Napoléon pour toute doctrine, lui qui a confisqué la Révolution à son profit et qui ne se pare d'idées que quand elles le servent (voir les Cent-jours). La liberté de la presse qu'a toujours défendu Chateaubriand s'oppose au contrôle absolu des opinions que pratiquait l'Empereur. Etc.

Malgré tout, il me semble qu’il y a une nostalgie pour l’Empire dans les Mémoires, un regret pour une Europe qui aurait été française. On peut la partager aussi...

Eh oui, si Napoléon avait consolidé son œuvre au lieu de foncer suivant ses impulsions, on parlerait le français aujourd'hui, en tout cas comme langue des élites, de l'Atlantique au Pacifique.

Et s’il avait répondu aux demandes d’aide des insurgés, on parlerait français aussi aux USA...

Publié par Alain Bagnoud à 08:56:04 dans Chateaubriand | Commentaires (0) |

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