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Le début de D'un château l'autre: la barque à Charon | 17 novembre 2011

Céline, D'un château l'autreOn a vu que dans le début de D'un château l'autre, Céline noue emmène à Sigmaringen (Siegmaringen dans le roman).

Pour y arriver, il faut une transition efficace. Ce sera une hallucination due à la fièvre.

Le narrateur, en visite chez une de ses rares malades, voit un bateau mouche amarré sur la Seine. Des morts essaient d'y entrer, sont refoulés implacablement s'ils ne peuvent pas verser leur obole. Le propriétaire s'appelle Caron. L'acteur Le Vigan, ami de Céline qui l'a suivi à Sigmaringen et qui l'a défendu pendant son procès avant de se réfugier en Argentine, est chargé d'encaisser le droit de passage.

Ce délire permet l'ouverture. On avait, dans les premières pages, une situation bloquée. L'après-guerre (la prison au Danemark, le pavillon de Meudon) et la fin de la guerre en France, symbolisée par les vols dont Céline a été victime: il affirme qu'on a vidé son appartement rue Girardon et volé ses manuscrits.

Entre deux, un trou. Grâce à la barque de Charon, on va enfin pouvoir passer de l'autre côté. En Allemagne, avec le gouvernement français en exil. Chez les futurs morts. Et on va pouvoir comparer.

D'une part les vertueux qui pillent les affaires des absents, de l'autre les infâmes confinés par les nazis dans une petite ville et en attente de leur destin.

Et on verra bien, c'est ce que semble suggérer Céline, qui sont les plus monstrueux.

Publié par Alain Bagnoud à 09:02:28 dans Céline | Commentaires (0) |

Le début de D'un château l'autre | 11 novembre 2011

Le château de SigmaringenAu début de D'un château l'autre, Céline se trouve dans une situation où se reconnaîtront pas mal de ceux qui se piquent d'écrire.

Son dernier livre, Normance, a été, de son propre aveu, un four. Les lecteurs n'en aiment ni le fond (le bombardement sur Paris raconté dans Normance n'a pas existé), ni la forme (les lecteurs s'ennuient). On lui parle toujours du Voyage au bout de la nuit, qui date d'une vingtaine d'années, qui est son premier livre et son dernier grand succès. Les pamphlets, bien sûr, entre deux, ont été un triomphe, mais il s'agit pour tout le monde de les oublier.

Du coup, Céline accuse son éditeur, Gallimard, Achille Brottin dans le roman: il ne fait rien pour faire connaître ses textes, il ne les pousse pas, il les oublie dans sa cave. Achille accuse notre auteur d'avoir perdu sa verve. On ne s'amuse plus en le lisant, alors que, pourtant, il fait toujours rire en parlant.

Voici ce que développe Céline, avec quelques descriptions de la banlieue où il vit désormais, célinequelques rappels de ses prisons au Danemark, quelques considérations sur son métier de médecin, qui sont une manière aussi d'attirer la sympathie: il pratique gratuitement, sans demander d'honoraire, ce qui d'ailleurs ne suffit pas pour lui attirer une clientèle.

La solution, il va la trouver. Elle vient lentement, on la voit accoucher. Pour la forme, encore plus d'oralité, de trouvailles comiques et de rythme. Pour le fond, puisqu'on lui reproche d'être infâme, il va parler de l'endroit où on considère qu'il l'a été le plus. Sigmaringen.

Publié par Alain Bagnoud à 10:33:16 dans Céline | Commentaires (0) |

Céline, l'entretien de 1961 | 02 mai 2011



Publié par Alain Bagnoud à 09:29:26 dans Céline | Commentaires (0) |

Céline et l'amour | 25 mars 2011

Fin du Voyage au bout de la nuit. Robinson, le double de Bardamu, meurt, assassiné par Madelon. Assassiné par la sentimentalité plutôt.

On a là une scène intéressante. Deux couples à la fête foraine. Du côté de Bardamu et Sophie, il n'y a pas de sentiments, mais du désir et du vice. Ils projettent une partie carrée avec Robinson et Madelon, puis quand ils voient que ça ne fonctionne pas, rêvent d'aller tous au bordel.

De l'autre, Madelon qui ne rechignait pas à la bagatelle non plus quand elle était une fille saine. Elle a cédé tout de suite à Bardamu, la première fois qu'il l'a vue, dans le caveau qu'elle lui faisait visiter, puis ils ont gentiment cocufié Robinson pendant tout le séjour du narrateur.

Seulement, voilà le problème, elle ne veut plus s'amuser, elle est devenue sentimentale. Ecoutez ses discours à son fiancé. Tu m'as volé mon cœur. Je suis une fille propre, moi, vous, vous êtes une bande de cochons, ne comprenez rien à ce qui est propre et beau.

Bref, elle veut Robinson pour elle toute seule et lui est décidé à ne rien entendre, fatigué. Du coup, pan, elle l'assassine d'un coup de revolver.

On voit bien où est la santé mentale, pour Céline. L'amour est un frottement d'épiderme, et pas une rêverie au clair de lune. Il se déploie dans la satisfaction des instincts et la sexualité même un peu tordue. Dans la vérité de l'intime, des fantasmes et de besoins.

Et où est la perversion: dans le romantisme, les grands sentiments, les discours théâtraux affectés, joués, repris, la soumission à la norme sociale, collective.

 

Publié par Alain Bagnoud à 09:14:38 dans Céline | Commentaires (0) |

Les tons du Voyage | 14 février 2011

Holbein, danse macabre

Il y a plusieurs tons dans le Voyage au bout de la nuit. Un ton désabusé, triste, qui prend en compte la mort qui hante Bardamu. Notre héros, depuis la guerre, se sent en sursis. Sa vie est une longue agonie. Le ton lié à ce thème allie la nostalgie des espoirs déçus, le cynisme conséquent et le chagrin.

Un deuxième ton, joyeux, bouffon, se moque de la comédie sociale, des croyances et des conventions. Il prend de l'importance à la fin du livre, principalement quand Bardamu se retrouve dans la maison de fous.

Les longs discours de Baryton, le directeur, tiraillé entre la gestion économique de sa maison de santé, sa seule passion, et une envie de découverte, d'initiation vagabonde, suscitée par l'anglais qu'il a appris avec Bardamu, sont de ce genre. Tout comme, par exemple, le récit que fait Robinson de la fin de ses amours avec Madelon.

Il y aurait un troisième ton, visionnaire, délirant, plus diffus, moins concentré. On le trouve à plein dans la somptueuse sarabande mortuaire que Bardamu imagine, dans un café de la Place du Tertre.

Il attend près de Tania, sa copine danseuse polonaise du Tarapouk, dont l'amant vient de mourir de la grippe à Berlin. Bardamu l'a accompagnée à la gare, mais comme il n'y a plus de train possible, ils ont échoué dans un bistrot. Là, Bardamu touche le prix de son dévouement pendant que, au-dessus d'eux, dans le ciel, passe une danse macabre.

Ecoutez plutôt: « Tania me laissait pour la consolation et la reconnaissance l'embrasser où je voulais. » Non, là, on a changé de ton.

Publié par Alain Bagnoud à 09:05:20 dans Céline | Commentaires (0) |

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