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Céline et les petites gens | 02 mai 2010

CélineCéline dans Le voyage est résolument anar. Il n'y a pas de trace chez lui de ce racisme ou de cet antisémitisme qu'il proclamera si hystériquement quelques années plus tard. Ou alors il faut bien chercher.
Une allusion aux musiques « judéo-négro-saxonnes » qu'on joue pendant la guerre et que Bardamu entend en permission, n'a pas échappé aux regards vigilants. Une allusion anachronique d'ailleurs d'après d'autres regards tout aussi vigilants, le jazz n'étant apparu qu'après la guerre, ce qu'une note de la Pléiade signale en convoquant Paul Morand.
Anar, donc, Bardamu, relayé par Pinchard qu'il rencontre dans un asile de fous où on observe les soldats perturbés pour savoir s'il faut les fusiller ou les renvoyer au front (ou très éventuellement les réformer).
Pinchard, pour se faire expulser de l'armée, a commis l'ignominie suprême: voler des boîtes de conserve. Il y a pire, me direz-vous. Pas d'après lui. D'abord, explique-t-il, il n'y a que les pauvres pour voler de la nourriture. Or, être pauvre, c'est l'ignominie fondamentale, essentielle, la honte absolue, le rejet social assuré. Ensuite, qu'un pauvre vole pour se nourrir, ça remet en cause la société entière et ça, la société ne peut le pardonner. Elle va donc déclarer que Princhard est indigne d'être soldat.
On ne sait pas si Princhard réussit. Il disparaît du livre soudain. Mais au-delà de Princhard, c'est à tous les pauvres, à tous les faibles, les exploités, les humbles, que Céline accorde sa pitié.
C'est d'ailleurs eux qu'il utilisera pour sa défense, plus tard, quand il s'agira de justifier ses pamphlets. Suivez bien le raisonnement.
Avant le conflit, Céline ne veut pas de deuxième guerre mondiale, parce que c'est les pauvres qui s'y feront massacrer. Or, d'après lui, la guerre est la faute des juifs (oui, évidemment, ça nous semble complètement absurde, mais une certaine propagande l'assurait à l'époque). De plus, les juifs sont des puissants, des maîtres, détenteurs secrets de tous les leviers du pouvoir (la propagande de l'époque, toujours). Donc c'est son amour des petits et sa haine des possédants qui rend Céline antisémite.
Il aurait pu, notez bien, finir en face, chez les communistes, à brocarder les patrons et le capital. On hésitait à le classer, au début. Aragon et Elsa Triolet lui tendaient les bras. Mais peut-être que tout compte fait, s'il a rejoint un bord plutôt que l'autre, c'est que son écriture avait plus besoin de véhémence solitaire amère et vindicative que de principes collectifs vertueux.

Publié par Alain Bagnoud à 10:53:52 dans Céline | Commentaires (0) |

Céline, Voyage au bout de la nuit | 09 avril 2010

Illustration de Tardi pour Voyage au bout de la nuitJ'ai donc terminé une nouvelle fois Proust, ceux qui suivent un peu ce blog s'en sont probablement rendu compte. Puis j'ai rangé La Recherche dans ma bibliothèque. Officiellement pour cinq ans. C'est ma discipline. Ne pas le relire plus de deux fois par décennie. Sinon, je ne ferais rien d'autre. Ou peut-être, oui, quand même, rouvrir les livres de son grand concurrent.
C'est ce qu'il fallait faire, évidemment. Et, évidemment, on pouvait y aller pour le Voyage. « Notre vie est un voyage / Dans l'hiver et dans le froid ».
Ça commence par cet engagement si cocasse. Il fallait bien justifier que cet anar de Bardamu se retrouve sous les drapeaux. Destouches, le vrai nom de Céline, lui, en 14, y était depuis deux ans déjà. Il aurait dû être libéré en 15. Mais voilà. La guerre est arrivée, et toutes ces scènes du début du livre.
Cendrars dans La Main coupée s'entendait bien avec les gradés et pas avec les sergents. Bardamu , lui, c'est toute la hiérarchie qu'il débine. Des sadiques, des profiteurs, des égoïstes, des insensés, qui considèrent le soldat comme du bétail soumis aux corvées. Il est recru de fatigue, épuisé, avec l'envie de dormir sans cesse. Ne croyant plus à rien sinon à sauver sa peau, il doit encore en permission ou en convalescence jouer au patriote pour pouvoir tringler les infirmières américaines à cervelle de moineau.
Début du thème de l'Amérique. Elisabeth Craig n'est pas loin des pensées du lecteur, cette danseuse que rencontrera le docteur Destouches à Genève et qui vivra en union très libre avec lui quelques années, qui comptera tellement pour lui.
Mais je m'arrête ici. On va encore m'accuser de faire du Sainte-Beuvisme.

Publié par Alain Bagnoud à 10:55:48 dans Céline | Commentaires (1) |

Céline acteur | 16 février 2010

C'est la République des livres qui signale (le 12 février) cet extrait de film où on voit Céline, ou plutôt le docteur Destouches, figurant dans un film de Jacques Deval, Tovarich, de 1935. Il sort d'une épicerie.

                Céline ACTEUR FIGURANT dans Tovaritch 1935

Publié par Alain Bagnoud à 11:34:53 dans Céline | Commentaires (2) |

Nuit d'Amérique | 20 janvier 2010

Annonce à toutes les céliniennes et à tous les céliniens:
Nuit d'Amérique, Un spectacle d'après les chapitres américains du "Voyage au bout de la nuit" de L. F. Céline, sera joué du 17 au 28 février à Paris, au Théâtre du Temps, 9 rue de Morva ( 01 43 55 10 88)
Version scénique / Mise en scène :  Julien Bal
Avec : Guillaume Paulette, Valentina Sanges, Giulio Serafini, Julien Ratel, Renaud Amalbert, David Augerot.
Musique : Paul Anka
Chorégraphies : d'après Gene Kelly
Lumières : Renaud Amalbert
décor : lightcorner

Publié par Alain Bagnoud à 11:17:49 dans Céline | Commentaires (0) |

Céline, le style et l'idéologie | 15 décembre 2009

Céline, le VoyageCéline a passé sa vie à dire qu'il ne republierait plus le Voyage au bout de la nuit, qu'il lui devait tous ses ennuis, qu'on ne lui pardonnerait jamais l'innovation décisive qu'il avait introduite dans la littérature, l'oral dans l'écrit. Innovation relative semble-t-il. Vallès avait osé, 50 ans avant l'auteur du Voyage, un récit oralisé du même type qui a d'ailleurs inspiré Céline, d'après Jérôme Meizoz qui travaille actuellement là-dessus.
Quoi qu'il en soit, c'est dans ce côté seul contre tous qu'on peut voir la certitude que Celine avait d'avoir imposé une voix nouvelle, un style dont il était fier.
Le style: un mot qui connote la droite: le styliste est privilégié, élitaire. A gauche, les auteurs parlent de langue, terme plus collectif: la langue englobe tout. Le style est l'apanage de quelques êtres supérieurs.
Il est probablement possible de trouver un lien entre la langue d'un écrivain et son idéologie. On peut voir dans le style de Céline quelque chose du tribun qui impose sa parole aux autres: il ne s'agirait pas pour lui de la partager mais de l'imposer.
Il est vrai que Céline infuse son écriture dans l'oral, et particulièrement l'oral populaire du petit Paris. Mais les fascismes sont populistes et il n'est pas si étonnant qu'un auteur finalement proche de cette idéologie crée un tel lien.
Le paradoxe serait donc dans le contraste entre l'élitaire réclamé du style dont Céline écrivain fait grand cas, et le matériau langagier de la rue qui lui sert de base. C'est peut-être cette tension qui rend son écriture si intéressante.

Publié par Alain Bagnoud à 12:55:29 dans Céline | Commentaires (4) |

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