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Hugo, Quatre-vingt-treize | 09 février 2012

Victor Hugo93, d'après Hugo, c'est la grande année de la Révolution. Guerre contre tous les pays frontières, guerre civile en Vendée, Danton Robespierre et Marat se disputant le pouvoir à Paris.

Du coup, se saississant de ce sujet, Hugo fait un brassage comme il en a le secret. La grande Histoire, la petite, les grands principes et les grands sentiments, le suspense, les émotions, les drames dans les consciences.

C'est virtuose, visionnaire, palpitant. Il y a des conspirations, des passages secrets, la guillotine, des enfants menacés, des personnages singuliers. Une famille concentre tout ça. Le grand-oncle, prince de Bretagne, est expédié par les émigrés et les Anglais pour diriger l'insurrection vendéenne, soulever le pays, préparer le débarquement anglais. En face de lui le petit-neveu, acquis aux vertus révolutionnaires, commande les bleus et fait la guerre à l'aïeul. Son ancien précepteur, qui lui a lu Voltaire, Rousseau, etc, un prêtre défroqué depuis, est expédié par la convention avec plein pouvoirs, pour contenir son élève, trop généreux, ayant trop tendance à pardonner...

On passe dans tous les milieux sociaux, on pénètre dans tous les cercles importants, on va des plus bas paysans misérables aux plus puissants de l'époque. C'est un brassage magnifique, une construction splendide, avec du pittoresque, du sublime, de l'intrigue, des idées. C'est grand, c'est presque trop. C'est Hugo.

Publié par Alain Bagnoud à 08:56:24 dans Balzac | Commentaires (0) |

Inauguration de la Maison de Rousseau & de la Littérature, ce soir, Grand-Rue 40, 1204 Genève | 31 janvier 2012

Soirée d'inauguration de la MRL

Mardi 31 janvier
Inauguration de la MRL - Grand-Rue 40 - Genève

Inauguration de l’Arcade dès 18h avec la présence de:

Soirée d’inauguration dès 20h à l'Espace Rousseau
Lecture d’un texte inédit par les cinq écrivains invités : Pierre-Alain Tâche, Catherine Safonoff, Ruth Schweikert, Alberto Nessi, Iso Camartin.
Performance de Heike Fiedler.

Puis le programme de la MLR est ici:

Vous pouvez télécharger ici le papillon de notre programmation de février (PDF).

Publié par Alain Bagnoud à 09:47:03 dans Balzac | Commentaires (0) |

Devine qui vient dîner | 26 janvier 2012

J'étais invité hier avec le metteur en scène Cyril Kaiser à l'émission

Devine qui vient dîner

du lundi au vendredi de 20h00 à 21h00
le lundi de 1h00 à 2h00

Michèle Durand-Vallade

Le lien est ici.

Publié par Alain Bagnoud à 10:17:16 dans Balzac | Commentaires (5) |

Dominique Wohlschlag, La Nuit épousée | 02 décembre 2011

Dominique Wohlschlag, La Nuit épousée, Editions de L’Aire

Ceux qui fréquentent les Lectures publiques, rue de l’Industrie, ont eu la chance de voir naître La Nuit épousée. C’est en effet à la Galerie, 13 rue de l’Industrie aux Grottes, à Genève (voir www.leslecturespubliques.ch) qu’ont retenti l’un après l’autre les textes qui composent ce recueil.

Dans ce lieu animé, les auteurs lisent leurs œuvres originales tous les mercredis à 19h00. Les curieux auraient tort de se priver d’y passer. On y fait de belles découvertes, et je connais des auteurs (François Beuchat par exemple), qui y ont trouvé un éditeur.  

Bref, j’avais entendu la plupart des textes de Dominique Wohlschlag. C’est un plaisir de les voir aujourd’hui édités. D’autant plus que, s’ils ont été faits d’abord pour être écoutés, la publication en permet une autre approche.

La clarté du style et la tension des histoires y jouent sur un arrière-fond parfois labyrinthique et délicieusement vertigineux que la lecture permet d’approfondir. Un exemple. Le premier texte présente un poème de Mallarmé proposé à ses élèves par un vieux professeur:

A trop d’une aile éphémère
Narguer l’effroyable orgueil
De l’aveugle victimaire

Choir, choir en l’amer cercueil...

Or on apprend ensuite que ce texte serait d’un élève de Mallarmé, Théodore Saint-Flour, qui aurait influencé son maître. Puis, à la suite d’une explication virtuose qui en décortique le style, les élèves comprennent que c’est encore quelqu’un d’autre qui a écrit le texte, quelqu’un qu’ils connaissent bien.

Ces jeux de miroir borgésiens sont fréquents dans le recueil. La lettre obscène d’un voyeur est en réalité un poème de l’Atharda-Veda. L’adversaire coriace d’un joueur d’échec se révèle être un poète bien connu que ses admirateurs auront reconnu à ses citations. Etc.

Ces dispositifs ne sont pas gratuits. Les nouvelles de Dominique Wohlschlag ont une unité intrinsèque: elles interrogent toutes l’alchimie littéraire. Agencées entre elles, couronnées par un texte final qui en fait la synthèse, elles tournent autour de la création et de ses mystères.

Ecriture de l'Ile de Pâques (rongorongo)On peut citer là-dessus la postface qui dit cela mieux que nous ne saurions le faire: « La figure récurrente de l’interprète, du traducteur, de l’exégète, du philologue voire du pasticheur ou du policier, est celle de l’alchimiste dans son travail sur la materia prima, substance infiniment précieuse et pourtant partout présente, chérie de l’Artiste, méprisée du vulgaire et qui pour l’écrivain n’est autre que la langue. »

Mais nulle monotonie là-dedans: on est séduit par la variété des personnages, des temps, des lieux et des cultures, par la vivacité des histoires, la relecture des symboles et l’érudition des thèmes (le mythe de la Genèse, La Divine comédie, le poète Horace, les liens entre l’écriture de l’Ile de Pâques et celle de l’antique civilisation de Mohenjo-Daro, etc.).

Avec La Nuit épousée, Dominique Wohlschlag, traducteur du sanscrit, professeur de latin, collaborateur du Musée d’ethnologie, féru de littérature ésotérique, plus particulièrement alchimiste, et de plus antiquaire (on peut le trouver régulièrement sur son stand du marché aux puces de Plainpalais), rajoute donc une corde à son arc. Un arc apollonien.

 

Dominique Wohlschlag, La Nuit épousée, Editions de L’Aire

Publié par Alain Bagnoud à 09:46:08 dans Balzac | Commentaires (0) |

Victor Hugo, Novembre (Les orientales) | 28 novembre 2011

Novembre.

« Je lui dis : La rose du jardin, comme tu sais, dure peu ;
Et la saison des roses est bien vite écoulée. »

Saadi (Gulistan ou Le jardin des roses.)



Quand l'Automne, abrégeant les jours qu'elle dévore,
Éteint leurs soirs de flamme et glace leur aurore,
Quand Novembre de brume inonde le ciel bleu,
Que le bois tourbillonne et qu'il neige des feuilles,
Ô ma muse ! en mon âme alors tu te recueilles,
Comme un enfant transi qui s'approche du feu.

Devant le sombre hiver de Paris qui bourdonne,
Ton soleil d'orient s'éclipse, et t'abandonne,
Ton beau rêve d'Asie avorte, et tu ne vois
Sous tes yeux que la rue au bruit accoutumée,
Brouillard à ta fenêtre, et longs flots de fumée
Qui baignent en fuyant l'angle noirci des toits.

Alors s'en vont en foule et sultans et sultanes,
Pyramides, palmiers, galères capitanes,
Et le tigre vorace et le chameau frugal,
Djinns au vol furieux, danses des bayadères,
L'Arabe qui se penche au cou des dromadaires,
Et la fauve girafe au galop inégal !

Alors, éléphants blancs chargés de femmes brunes,
Cités aux dômes d'or où les mois sont des lunes,
Imans de Mahomet, mages, prêtres de Bel,
Tout fuit, tout disparaît : — plus de minaret maure,
Plus de sérail fleuri, plus d'ardente Gomorrhe
Qui jette un reflet rouge au front noir de Babel !

C'est Paris, c'est l'hiver. — À ta chanson confuse
Odalisques, émirs, pachas, tout se refuse.
Dans ce vaste Paris le klephte est à l'étroit ;
Le Nil déborderait ; les roses du Bengale
Frissonnent dans ces champs où se tait la cigale ;
A ce soleil brumeux les Péris auraient froid.

Pleurant ton Orient, alors, muse ingénue,
Tu viens à moi, honteuse, et seule, et presque nue.
— N'as-tu pas, me dis-tu, dans ton coeur jeune encor
Quelque chose à chanter, ami ? car je m'ennuie
A voir ta blanche vitre où ruisselle la pluie,
Moi qui dans mes vitraux avais un soleil d'or !

Puis, tu prends mes deux mains dans tes mains diaphanes ;
Et nous nous asseyons, et, loin des yeux profanes,
Entre mes souvenirs je t'offre les plus doux,
Mon jeune âge, et ses jeux, et l'école mutine,
Et les serments sans fin de la vierge enfantine,
Aujourd'hui mère heureuse aux bras d'un autre époux.

Je te raconte aussi comment, aux Feuillantines,
Jadis tintaient pour moi les cloches argentines ;
Comment, jeune et sauvage, errait ma liberté,
Et qu'à dix ans, parfois, resté seul à la brune,
Rêveur, mes yeux cherchaient les deux yeux de la lune,
Comme la fleur qui s'ouvre aux tièdes nuits d'été.

Puis tu me vois du pied pressant l'escarpolette
Qui d'un vieux marronnier fait crier le squelette,
Et vole, de ma mère éternelle terreur !
Puis je te dis les noms de mes amis d'Espagne,
Madrid, et son collège où l'ennui t'accompagne,
Et nos combats d'enfants pour le grand Empereur !

Puis encor mon bon père, ou quelque jeune fille
Morte à quinze ans, à l'âge où l'oeil s'allume et brille.
Mais surtout tu te plais aux premières amours,
Frais papillons dont l'aile, en fuyant rajeunie,
Sous le doigt qui la fixe est si vite ternie,
Essaim doré qui n'a qu'un jour dans tous nos jours.


                                               Le 15 novembre 1828.

                                                  Victor Hugo

Publié par Alain Bagnoud à 09:08:25 dans Balzac | Commentaires (0) |

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