JUSTE PARU
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
La Bâtarde, de Violette Leduc, est donc un chef-d'œuvre autobiographique.
Qui raconte une existence peu banale. Violette Leduc est née bâtarde, d'une domestique engrossée par le fils du maître. Traitée durement par sa mère pour qui elle incarne la faute et le mépris social qui la suit, elle vit à Valenciennes avec sa grand-mère qui, elle, lui donne de l'affection et restera pour Violette un souvenir tendre et réconfortant. Elle connaît ses premières amours saphiques en internat. Puis elle monte à Paris.
Elle fait de petits boulots dans l'édition, le cinéma et le journalisme, tourne autour de l'écriture, jusqu'à ce que Maurice Sachs la lance définitivement dans la rédaction de romans - et accessoirement dans le marché noir : c'est la guerre.
Violette Leduc, avec un corps élégant mais un visage peu conforme à la beauté classique. Simone de Beauvoir, son amie, son soutien, son mentor, parlera à son propos de « brutale laideur ». Violette Leduc bisexuelle, commençant par des femmes, se mariant ensuite avec un homme dont elle exige une profuse activité sexuelle, tombant amoureuse régulièrement d'homosexuels avec qui rien n'est possible : elle refuserait leurs avances s'ils lui en faisaient, puisqu'elle n'est pas un garçon. Si, c'est très logique. Violette Leduc éprouvant des passions pour des femmes inaccessibles, comme Simone de Beauvoir par exemple.
Bref, Violette Leduc n'est pas simple. Violette Leduc est même violemment perturbée. Elle a des tendances maniaco-dépressives, connaît les asiles psychiatriques et n'est pas facile à vivre.
Dans La Bâtarde, l'auteur se fait un devoir de dire tout ça ou au moins de l'évoquer. Ce qui a fait scandale lors de la publication du livre (1964). Elle parle de sa sexualité, évoque ses crises, ses difficultés, sa vitalité, sa rudesse, sa laideur. C'est un portrait d'elle-même qui est fort, troublant, attachant.
Et puis le contexte intéresse aussi. Les anecdotes, l'époque, les gens. La mode, par quoi elle est fascinée. Les couturiers les plus cèlèbres de l'époque. Les écrivains de Plon où elle est échotière. Les acteurs et des mondains chez Synops, une boîte qui s'occupe de cinéma. Maurice Sachs, avec qui elle vit quelques mois.
Et cette écriture !
Violette Leduc, La bâtarde, L'Imaginaire Gallimard
Publié par Alain Bagnoud à 09:30:41 dans ___PANTHEON | Commentaires (0) | Permaliens
Visionnaire, Huxley, dans cette fable de science-fiction utopique qu'est le Meilleur des mondes? Evidemment. Il a prévu toutes sortes de choses qui sont arrivées. La consommation à outrance et les objets comme principale jouissance. Le jeunisme et ses avatars : infantilisme, refus de la dégradation du corps à tout prix, évacuation de la mort. Un système de castes satisfaites de leur sort. Comme nous le sommes. Bien contents de ne pas être plus bas et qui ne contestons pas ceux qui sont plus haut.
Ou encore le sexe considéré seulement comme une distraction.
Quoique là, non ! Il y a encore du travail. Nous n'arrivons pas, décidément, à mettre dans trois cases distinctes les sentiments, la sexualité récréative et la reproduction. Mais nous y travaillons.
Seulement, Huxley était encore un peu aveuglé par sa vieille société. Cette idée d'envoyer les déviants en exil...
Car à la fin de son livre, on règle le sort des inadaptés. De ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas s'intégrer à la société parfaite du loisir, de la distraction et de l'infantilisme. Qui s'obstinent à cultiver leur moi, à développer leur individualité, à réfléchir sur leur existence et sur la société dans laquelle ils vivent.
On les expédie dans des îles. L'Islande, les Falklands ou des paradis tropicaux, à choix. Une punition qui est en fait une récompense. Les marginaux se retrouvent avec des gens comme eux dans une petite société d'élite qui partage les mêmes préoccupations et peut s'interroger tant qu'elle veut sur Dieu, l'Art, la Création, la Science, la Littérature.
Nous avons résolu le problème à moins de frais. Chez nous, on les garde à l'intérieur. Bien au chaud, abolis, sans danger pour quiconque, puisque personne ne les écoute.
Et comme il faut garder les apparences et les faux-semblants, on fait passer à la télévision des marionnettes censées incarner ces gens : des fantoches inoffensifs généralement pourvus d'une ou deux idées générales, dont le rôle est d'incarner une fonction et de participer à la société du spectacle.
Vous voyez de qui je parle ? Non ? Moi non plus.
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 08:41:50 dans ___PANTHEON | Commentaires (3) | Permaliens

Publié par Alain Bagnoud à 08:29:23 dans ___PANTHEON | Commentaires (1) | Permaliens
Il ne fait de cadeau à personne, Marcel Aymé. Travelingue est un catalogue raisonné des ridicules sociaux, écrit dans une langue classique au pouvoir d'ironie et de mise à plat exceptionnel. Tout le monde y passe.
En haut, la famille Lasquin, riche et industrielle. Le père meurt, la femme découvre avec délices qu'il avait une maîtresse, ce qui rend enfin sa vie à elle intéressante. La fille juste mariée finit dans des hôtels louches, alcoolisée et baisée par un boxeur brutal, après être tombée amoureuse du meilleur ami de son époux.
Dont la famille n'est pas triste non plus. Les Ancelot, bourgeois, pseudo-artistes, cinéphiles. Qui trouvent tout formidablement inouï et d'un primitivisme bouleversant !
Autour de tous ces gens gravitent un auteur à succès qui fait le grand écart entre la droite et la gauche pour ne se priver d'aucun lecteur, un homosexuel qui intéresse beaucoup parce qu'on chuchote qu'il aurait un anus artificiel, un coiffeur qui dirige les ministres, lesquels se pressent dans son petit appartement pour prendre ses directives, un imbécile d'extrême droite qui déteste les peintres cubistes, les alcooliques, les espions allemands, les communistes débraillés, les juifs, et campe chez lui pour attendre la racaille, son fusil dressé derrière une barricade de livres...
Tous imbéciles, égoïstes, grotesques. Tous renvoyés dos à dos dans cette période tourmentée du front populaire.
Le panthéon pour Marcel Aymé !
Publié par Alain Bagnoud à 08:57:07 dans ___PANTHEON | Commentaires (4) | Permaliens
J'avais un mauvais souvenir de Claude Simon, sans connaître son œuvre en fait. Par des rumeurs, des recoupements. Ça venait de l'université. Le Nouveau Roman, etc. Je liais Claude Simon à Robbe-Grillet que, lui, j'avais lu. Quel ennui ! Les Gommes, La Jalousie, Un Régicide... Il fallait se farcir tout ça, c'était obligé.
Du coup, Claude Simon avait été pris dans le sillage, soupçonné d'être accablant
Puis il y a une année ou deux, j'ai ouvert La route des Flandres. Par hasard. Parce qu'il n'y avait rien d'autre dans l'endroit où je séjournais (une chambre boisée avec aux murs deux chromos naïfs tirés au début du XXème siècle).
Il m'en est resté des images assez fortes pour que je m'attelle à une de ses œuvres maîtresses, paraît-il. Les Géorgiques, que je viens de terminer. Dont le titre, bien sûr, est une allusion à Virgile et aux travaux des champs qui rythment aussi ce livre.
E
t voilà, c'est fait, je tourne casaque. Je change de discours. Il s'agit de considérer dorénavant Claude Simon comme un très grand écrivain.
Les Géorgiques contient trois récits liés à la guerre, à l'Histoire, avec trois personnages principaux, qui au début ne sont pas très bien identifiés. Ça ressemble à une sorte de magma, mais un magma travaillé, un chaos organisé. On découvre l'existence d'un général qui sert la Révolution française et Napoléon, puis deux autres personnages s'insinuent dans les phrases courtes qui décrivent sa trajectoire de façon atemporelle. Leur histoire prend de l'ampleur, leurs trajectoires se séparent, pour se rejoindre à nouveau, plus ou moins, à la fin.
Ils sont anonymes, mais on les a identifiés. O., c'est Georges Orwell, engagé dans la guerre d'Espagne, pris dans les combats intestins entre les communistes et les anarchistes en 1936 à Barcelone. Il essaie ensuite désespérément d'expliquer les causes du conflit alors que, selon Simon, si j'ai bien compris, l'homme est un jouet qui ne peut rien saisir, dans sa vie mais surtout dans la guerre, ce cloaque insensé, traversé par des forces irrationnelles qui lui échappent.
Un autre personnage est Claude Simon lui-même, avec son expérience de la défaite de 40 pendant laquelle il était soldat dans la Meuse en tant que cavalier. Et le général est en fait son aïeul.
Il y a quelque chose de proustien dans ce texte. La phrase, peut-être, longue, ramifiée, suggestive, qui tire un univers immense du souvenir et l'impose durablement, de façon définitive. Claude Simon est un de ces auteurs qui demandent un effort pour qu'on les suive. Mais on en est récompensé au centuple. Puissance de la langue, force d'évocation, pouvoir de la mémoire et de ses embranchements. Tout ça crée le sens de ce montage spatio-temporel, et l'impose comme une révélation.
Publié par Alain Bagnoud à 09:08:32 dans ___PANTHEON | Commentaires (2) | Permaliens
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