• Scapin-Porras à Carouge: bonheurs

    ScapinLa jubilation qui me tenait lorsque je suis sorti de ce spectacle, cette jubilation qui m'avait tenu pendant tout le spectacle, elle a probablement des causes diverses, mais on peut les réunir dans un mot.
    Tout est heureux dans Les Fourberies de Scapin vu par Omar Porras. Ce qui fait que finalement, par contagion en quelque sorte, et de façon quasiment nécessaire, tout le monde est heureux.
    1) Les personnages de Molière: les amoureux se marient, les père et mère (Porras féminise Géronte) retrouvent leurs filles, les fourbes pardonnés se sont bien amusés et ont joui de leurs tours.
    2) Les acteurs: à cause du triomphe que rencontre la pièce, sans doute, mais plus fondamentalement aussi, sans doute. Il n'est pas souvent donné à de jeunes comédiens de pouvoir vivre le théâtre avec une telle intensité, et le bonheur qu'ils en éprouvent est contagieux.
    3) Les spectateurs: ravis, exultant, gonflés finalement d'énergie, d'amour de la vie et d'envie de théâtre. Encore, encore! Stupéfiés par l'inventivité de la mise en scène, les ressorts comiques exploités à plein, la langue de Molière servie, comme exposée et faisant mouche dans tous ses effets, par le décor, les masques et les costumes, l'ambiance parodique des années cinquante genre Deschiens de mauvais goût, cet intérieur d'un bistrot où se joue la comédie de la vie...
    On sait comment l'affaire s'est faite. Avide de renouveau et de jeunesse, Porras a fait courir le bruit qu'il cherchait des acteurs neufs, et 300 CV d'un peu partout en Europe ont afflué. Il en a gardé 100, puis a organisé des ateliers, et a finalement réuni 9 jeunes talents Enfin selon, paraît-il, la méthode habituelle du metteur en scène, tous ont appris tous les personnages, aucun rôle n'a été attribué pendant deux mois, et c'est tout à la fin que la distribution s'est faite.
    Ça c'est l'anecdote. On s'en fiche.
    L'important, c'est ce qu'on sait à la fin, quand on sort du spectacle: le théâtre, c'est magnifique, la vie vaut la peine d'être vécue, la joie peut être partout, le bonheur n'est pas réservé aux riches, aux beaux, aux forts, le bonheur n'est pas mièvre, dégoulinant, soporifique, mou, il est énergique, volontaire, actif, excitant. Et surtout, il est pour tous: les mal foutus, les pauvres, les ridicules, les avares, les maladroits, les coincés aussi. Bref: il est grand, le bonheur (et Porras est son prophète).

    Les Fourberies de Scapin, d'après Molière, Mise en scène d'Omar Porras
    Par le Teatro Malandro, Création, du 21 avril au 10 mai 2009, Théâtre de Carouge, Salle François-Simon (Rue ancienne 39)


  • Commentaires

    1
    ph.gérard
    Lundi 27 Avril 2009 à 21:16
    spectacle
    Oui, je suis d'accord avec vous, le spectacle est réussi, il y a de la vie et, le plus important, Porras ne tire pas la couverture à lui et fait entendre Molière...
    2
    jo
    Mardi 28 Avril 2009 à 08:51
    Théâtre
    Dis-donc, ces temps-ci, pour toi, c'est tout le temps "Au théâtre ce soir..."
    3
    Dorteau
    Mardi 28 Avril 2009 à 21:17
    fourberies
    Beau texte, bravo.
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