• Une phrase poignante ouvre le livre trop méconnu d'André Barbon, Destin: « Et je me rendis compte alors que, depuis ma naissance, j'étais voué au malheur. » Cette autobiographie déguisée conte l'histoire d'un homme qui, après une existence tout à fait normale, d'une extrême banalité même, se retrouve soudain dans un état de crise inexplicable. Profondément seul, blessé par la vie, en proie aux affres du désenchantement, il se sent soudainement en marge. Quelque chose s'est brisé en lui, mais quoi? Il continue pourtant son existence d'employé modèle sans que quiconque ne se doute de sa profonde crise intérieure. En état de rupture cependant, il réfléchit longuement à sa vie, médite sur son passé, sur ses parents, lui pasteur, elle vouant une passion aux napperons crochetés - une clé peut-être qui explique la vocation artistique de leur enfant. Puis le héros se lance dans l'introspection et analyse avec la plus grande lucidité les humeurs qu'il éprouve au fil de ses journées, depuis le rasage du matin jusqu'à la prière du soir, depuis la rumination nocturne jusqu'au rasage du matin. On se rase en effet beaucoup, dans ce livre. Cet examen s'élargit et le protagoniste médite sur le monde des idées. Enfin, dégoûté de la réflexion, il décide de se lancer dans l'action, s'engage dans la fraternité humaine et va servir la soupe populaire du dimanche à la paroisse. (André Barbon, Destin, Editions du Barbier)

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