• On chemine, on cause, on s'arrête aux auberges, on boit. On rencontre des voyageurs, on se raconte des histoires. Des aventures arrivent. On est volé, des chevaux nous conduisent à des gibets, on se bat à l'épée, on s'engage dans l'armée ou chez des brigands. Jacques consulte sa gourde comme un oracle et dans les fins de soirée, il a extrêmement peur que le fond des bouteilles ne s'évente. 
    Le lendemain, on repart, on erre dans la campagne française, vers un village obscur où le Maître a laissé en nourrice un enfant qui lui est attribué. Il s'ennuie. Il regarde l'heure à sa montre. Il prise du tabac. Le valet raconte des histoires. Celles de ses amours, lorsqu'un certain nombre de dames fort mariées se sont emparées de lui. Il était jeune homme, il jouait  le nigaud et l'innocent pour qu'elles croient avoir son pucelage - qu'il avait déjà perdu ! 
    Un roublard, ce Jacques ! Mais surtout, philosophe imperturbable. Fataliste, il croit fermement que chaque balle qui part d'un fusil a son billet, que ce qui doit arriver arrivera, que tout est écrit dans un grand rouleau. En même temps, ce sage est un devin qui déchiffre les signes et les présages. Car tout étant écrit, on peut deviner l'avenir mais pas l'éviter.
    En composant ce roman inspiré du Tristam Shandy  de Sterne, Diderot s'amuse, se délasse de ses responsabilités. Critique d'art, philosophe matérialiste. Responsable de l'Encyclopédie. Conseiller de la grande Catherine de Russie auquel il pinçait les cuisses avec enthousiasme en lui parlant.
     Il crée un  roman bizarre, avec une structure complètement folle et des niveaux d'écriture et de lecture variés, des récits enchâssés, des interventions de l'auteur, des digressions innombrables. Comme racines, une réflexion très profonde sur la liberté humaine et une mise en scène des problèmes de la création littéraire. Mais surtout, partout, la fantaisie et une étincelante vivacité.


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  • Ce lundi soir, je suis à peine de retour du Valais où j'ai fait les vendanges. Notamment dans mes vignes, héritées de mon père. Beau raisin, belle qualité, excellents sondages : une grande année !
    Puisqu'on en est à la famille et que le Valais, on le sait, est d'essence clanique, laissez-moi vous recommander les vins de Nicolas Bagnoud  (http://www.bagnoudvins.ch/). C'est mon cousin - assez éloigné, quand même ! Un excellent vigneron dont le web tout entier chante les louanges. Vérifiez si vous doutez. 

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  • Le récit d'Arthur Brutin, Le Saut, frappe le lecteur par sa vivacité. Le héros, un terne jeune homme, s'inscrit dans un stage de préparation au saut à l'élastique, désireux d'affronter ses limites et d'aller jusqu'au bout de lui-même. Il y rencontre Gabrielle, qui sera, comme l'écrit Arthur Brutin dans une formule heureuse: « une femme et toutes les femmes ». Mais, attiré par Gabrielle, le héros tergiverse. Faut-il l'aborder? Comment? Que lui dire? La description minutieuse de ces hésitations nous fait pénétrer dans une analyse précise des intermittences du coeur et de la peur de la femme, fascinant monologue intérieur d'une soixantaine de pages. Puis Gabrielle entraîne le personnage principal dans sa chambre et le séduit. Le récit tourne alors à l'érotisme torride chargé de mysticisme: le héros découvre Dieu dans le sexe féminin. Le lendemain, les deux amants illuminés se rendent sur le Pont du Diable (relevons encore l'onomastique) pour leur premier saut. Mais saisi par une vague de frousse, le héros ne parvient pas à se jeter dans le vide et regarde Gabrielle se lancer, prendre son envol « comme un Archange », lumineuse, harmonieuse, bras écartés. Mais l'élastique ne va-t-il pas se casser? Le roman se termine sur ce suspens lancinant. (Arthur Brutin, Le Saut, Editions de la Passerelle)

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  • Les Poupées du Froid
    de Jean Winiger parle d'avant, quand le Mur de Berlin était encore dressé, tel une cicatrice dans notre imaginaire. Le héros, un jeune orphelin, est chargé d'une mission dans un pays gelé. Il doit y récupérer une bouteille de gnôle et un bouc de lumière... Attendez, il semble que je confonde deux textes. Zut! (Jean Winiger, Les Poupées du Froid, Editions de L'Aire)


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